Désormais, cette question est tranchée et Nagib Mikati devra revenir à l'option initiale : un gouvernement formé de personnalités proches du 8 Mars et du centre, en essayant d'éviter ce que les milieux qui lui sont proches appellent « les personnalités jugées provocatrices par le camp de l'opposition ». Mais le grand dilemme qu'il doit affronter est la façon de répartir la part (dix ministres) qui aurait pu revenir au 14 Mars. Le général Michel Aoun, avec le reste de la majorité, estime que cette part doit revenir à ce camp, alors que les proches du chef de l'État préfèrent que ces ministres soient répartis entre toutes les composantes participant au gouvernement et qu'il serait préférable, pour ne pas braquer encore plus le 14 Mars, que le cabinet comporte un grand nombre de figures centristes acceptées par toutes les parties. À quoi les proches du CPL rétorquent que les figures centristes ne sont pas nécessaires, puisqu'avant même d'être formé, le gouvernement est déjà accusé d'être monochrome. Selon eux, les centristes sont en général choisis pour faire pencher la balance en cas de conflit entre les représentants des deux camps. Leur présence est donc inutile dans le prochain gouvernement, dans lequel il ne devrait pas y avoir de représentants du 14 Mars, ajoutent-ils. Ainsi, si le rôle consensuel du président d'entente reste indispensable à l'échelle nationale, il ne serait ainsi plus nécessaire au sein d'un tel gouvernement.
Le chef de l'État ne partage pas ce point de vue et, en définitive, c'est lui qui doit signer le décret de la formation du gouvernement et son approbation est donc indispensable. Le débat est donc ouvert, mais en dépit de la violence des propos, le conflit ne devrait pas dépasser certaines limites ni atteindre le stade de la remise en cause de la légalité de l'élection présidentielle du 25 mai 2008, d'autant que le délai d'un recours contre la constitutionnalité de cette élection a été largement dépassé.
Dans la formation du gouvernement, un problème chasse l'autre, en somme, mais le Premier ministre ne pense pas que les obstacles sont insurmontables. Il annonce avoir plusieurs options et ses proches précisent que la formule qu'il devrait annoncer dans un proche avenir pourrait surprendre positivement les Libanais. Les tentatives pour concilier les positions du président de la République et du chef du bloc du Changement et de la Réforme devraient d'ailleurs s'accélérer dans le courant de la semaine.
En attendant leur concrétisation, le paysage politique se résume comme suit : la nouvelle opposition prépare son grand rendez-vous du 14 mars en s'apprêtant à scander, inspirée par les grandes manifestations dans les pays arabes : « Le peuple veut se débarrasser des armes » alors que le camp adverse brandit le slogan contraire : « Le peuple veut protéger les armes » (Il s'agit bien sûr des armes du Hezbollah). Désormais, la nouvelle opposition ne veut plus faire de cadeaux au Premier ministre, ni de compromis, et il n'est plus question pour elle d'accepter l'équation qui avait figuré dans la déclaration gouvernementale du précédent cabinet, qui consistait à appuyer l'armée, la population et la résistance, dans la lutte pour la libération du territoire. La nouvelle opposition devrait donc axer son action sur deux thèmes principaux : les armes du Hezbollah et le TSL, tout en essayant de profiter du vent de soulèvement des jeunes qui souffle actuellement dans plusieurs pays arabes pour mobiliser un maximum de partisans.
Face au regain de dynamisme dans le camp du 14 Mars qui va même jusqu'à annoncer, en plus du retour aux sources prôné par Saad Hariri, une « révolution du Cèdre 2 », la nouvelle majorité affiche une certaine sérénité. Selon elle, le principal appui et moteur du 14 Mars est la communauté internationale, en particulier les États-Unis, l'Égypte de Hosni Moubarak et l'Arabie saoudite. Or, l'Égypte de Moubarak n'existe plus, alors que les États-Unis et le roi Abdallah ont pour l'instant d'autres priorités. Les États-Unis cherchent à tirer parti des changements en cours dans le monde arabe et tentent de récupérer ce qui peut l'être en établissant des liens avec les nouveaux acteurs et en fixant des lignes rouges, alors que le roi Abdallah doit s'atteler à reprendre le contrôle dans son pays après deux mois d'absence forcée et alors que les pays voisins, à savoir le Yémen et Bahreïn, pour ne citer que ceux-là, sont en pleine déstabilisation. C'est donc au 14 Mars d'assumer ses responsabilités seul, estiment les sources de la nouvelle majorité, qui ajoutent qu'au mieux, il peut miser sur une parution prochaine de l'acte d'accusation du TSL. Mais l'impact de son contenu a déjà été atténué par la campagne de discrédit menée par le Hezbollah contre le TSL en général. De plus, sur le plan interne, une éventuelle accusation de membres du Hezbollah ne devrait rien changer : ceux qui appuient la nouvelle majorité n'y croiront pas et les autres ont déjà accusé le Hezbollah. Pour le reste du monde par contre, notamment dans les pays arabes, d'autres problèmes sont bien plus urgents...


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