La semaine écoulée a donné un caractère presque irréel aux efforts de médiation menés par l'Union africaine pour résoudre la crise, qui a déjà fait au moins 315 morts selon l'ONU et poussé des dizaines de milliers d'Ivoiriens à fuir le pays./Photo
Selon des habitants, les tirs avaient pratiquement cessé depuis vendredi mais "Bagdad", comme est désormais surnommé Abobo, gardait les traces de ces journées de feu et de sang.
"Ce matin j'ai vu des corps, des civils apparemment, que personne n'avait récupérés", a raconté à l'AFP un chauffeur, sans pouvoir préciser quand ils avaient été tués.
Un bilan des combats restait impossible à établir mais de nombreux témoins ont fait état d'affrontements très meurtriers.
"Le travail continue" à Abobo, a déclaré à des journalistes le général Philippe Mangou, chef d'état-major des Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales à M. Gbagbo.
Pendant ce temps, l'exode se poursuivait. "Le quartier se vide", a dit une habitante après une nuit sous couvre-feu, mesure instaurée pour le week-end par le régime Gbagbo dans toute la moitié sud du pays sous son contrôle.
"Les mini-cars ont pu entrer et sont pris d'assaut" par des mères et leurs enfants, a raconté cette jeune femme, elle-même partie rejoindre de la famille dans le quartier de Yopougon (ouest).
Baptisé par la presse locale "commando invisible", le groupe, armé notamment de lance-roquettes, qui a attaqué depuis janvier les FDS à Abobo avant de redoubler d'activité ces derniers jours, continue de susciter les interrogations.
Pour les FDS, il est composé d'éléments infiltrés de la "rébellion" des Forces nouvelles (FN), qui tient le nord du pays depuis son putsch manqué de 2002 et s'est alliée à Alassane Ouattara au commencement de la crise née du scrutin de novembre.
Mais dans le camp Ouattara on récuse toute implication, affirmant qu'il s'agit d'habitants ayant pris les armes ou de FDS ayant fait défection.
Dans la capitale politique Yamoussoukro, théâtre pour la première fois d'affrontements à l'arme lourde dans la nuit de jeudi à vendredi, le calme était revenu samedi.
La ville "reprend timidement ses activités, beaucoup de boutiques sont fermées et il y a peu d'affluence au marché", a raconté dans la matinée un journaliste local.
Dans le "Grand Ouest", région instable proche du Liberia, la situation était incertaine au lendemain de la prise par les FN de deux localités aux confins de la zone sud. Les FDS assuraient samedi en avoir chassé l'ennemi.
La semaine écoulée a donné un caractère presque irréel aux efforts de médiation menés par l'Union africaine pour résoudre la crise, qui a déjà fait au moins 315 morts selon l'ONU et poussé des dizaines de milliers d'Ivoiriens à fuir le pays.
Quatre chefs d'État - Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Idriss Deby Itno (Tchad) et Jakaya Kikwete (Tanzanie) - ont rencontré les rivaux ivoiriens en début de semaine à Abidjan.
Chargés au départ d'élaborer des solutions "contraignantes" pour les parties d'ici fin février, ils se concerteront de nouveau le 4 mars à Nouakchott. "Nous ne sommes pas au bout de nos peines", avait convenu le président mauritanien.

