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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Une heure chez le coiffeur

Une couleur. Une coupe. Un brushing. Une heure, voire deux. C'est le temps que les femmes passent généralement chez le coiffeur. Les hommes aussi, parfois. Quand ils décident de raccourcir leurs épis et, de temps en temps, sans l'avouer à personne, quand ils veulent se faire un high light bleuté pour cheveux grisonnants. Le papier alu sur les racines, le casque chauffant qui prend la tête, le fer à défriser qui brûle la mèche... c'est le perfect moment pour un instant détente. Un vrai guilty pleasure. Comme il faut. Vous savez, ce genre de petit plaisir quasiment interdit, comme une cuillère de Nutella ou l'écoute à tue-tête d'une chanson de Julio. Eh ben, chez le coiffeur, c'est quand on s'installe confortablement dans le fauteuil (pour dames) et qu'on demande à Rony les derniers magazines mondains. Et hop, soudain, le monde alentours disparaît. On n'entend plus rien des discussions des madaméts, ni le bruit du sèche-cheveux, ni même la musique inaudible qui passe sur radio déprime. C'est le kif total : une plongée voyeuriste dans le monde merveilleux d'un Liban qu'on croit connaître par cœur. Les magazines bien empilés devant nous nous attendent. Entre deux conseils sur «comment trouver le point G», «l'incontinence, comment vivre avec» ou «savoir séduire l'homme de votre vie», les pages people s'ouvrent à nous, telles des cavernes d'Ali Baba. Ça brille de partout. Les gens sourient. Les femmes apprêtées, les hommes bedonnants. Et on les connaît quasiment tous. Parce que ces magazines qui traquent en permanence la moindre soirée, le moindre déjeuner, sont l'équivalent d'un grand bottin de cette société libanaise du paraître. Un vrai annuaire. À force de les voir dans ces pages, on a fini par (re)connaître le nom de ces gens, leurs habitudes, leurs défauts, sans jamais avoir été présenté à eux. On sait qu'une telle, mariée à tel docteur, aime faire des soirées Saint-Valentin où tout le monde sera habillé de rouge, que cette fille, sa mère et sa grand-mère squattent toutes les revues de la ville, en ayant bien veillé à se faire retoucher sur Photoshop avant de «donner» leurs photos, que monsieur, qui aime l'art, vient de quitter sa énième conquête, qu'il adore pousser la chansonnette et qu'il fait un dîner par mois où se retrouvent tous les habitués des pages suivantes. C'est ahurissant de tout savoir ou presque sur des gens qu'on ne connaît pas. Et notre voyeurisme est conforté par cet exhibitionnisme sans pudeur. Je baptise ma petite-fille? C'est dans la presse. J'invite la femme de tel ministre? C'est dans la presse. Je me marie, me fiance, festoie, célèbre mes 20, mes 30, mes 70 ans? C'est dans la presse. Je fais une conférence, je réunis les membres de mon association/succursale Jounieh, j'ouvre une boutique? C'est dans la presse. Et le volume des pages gonfle, proportionnellement à la silicone et au botox injectés dans les corps des acteurs et actrices de ce grand cirque superficiel. La double page de tel dîner est sous nos yeux. Le jeu peut commencer. 35 femmes photographiées. 28 nez refaits. De la même façon. Petit nez retroussé avec boule sur le bout. 35 femmes photographiées. 24 pommettes soulevées. C'est bien d'être libanaise, mais si on pouvait avoir le physique d'une slave, c'est encore mieux. Le cheveu est crêpé, teint (exactement comme nous au même moment, chez le coiffeur), le sourcil noirci, le maquillage outrancier, le sein gonflé. Tellement gonflé qu'il faut l'exhiber. On bombe le torse et on pose. La main est placée «naturellement» sous le menton, l'auriculaire est légèrement dressé, la moue est boudeuse et le profil est pris de trois quarts. Une technique que ces femmes maîtrisent à la perfection. Et on tourne ces pages. Les femmes se ressemblent. Qu'elles aient 30 ou 60 ans, ce sont toutes les mêmes, décolleté plongeant (qui en dit long sur l'âge de ses artères) et fard à paupière scintillant. Copy/paste. Les hommes sont souvent hilares, la moustache luisante et le cigare haut placé. Tiens. Madame L. a porté deux fois la même robe, à deux dîners différents, à 48 pages d'intervalle. Aïe aïe aïe. Faute! Pourtant Madame L. a de sacrés moyens, à en croire le nombre de soirées où elle se pavane toute pailletée. Qu'est-il arrivé? Comment a-t-elle pu commettre une erreur pareille? Tiens Madame C. s'est faite ravaler la façade. Elle a l'air plus jeune que sa tendre progéniture - 38 ans et toujours pas mariée... Laaaaa, une photo de moi! C'était quand? À un événement professionnel? Merde...
Une couleur. Une coupe. Un brushing. Une heure, voire deux. C'est le temps que les femmes passent généralement chez le coiffeur. Les hommes aussi, parfois. Quand ils décident de raccourcir leurs épis et, de temps en temps, sans l'avouer à personne, quand ils veulent se faire un high light bleuté pour cheveux grisonnants. Le papier alu sur les racines, le casque chauffant qui prend la tête, le fer à défriser qui brûle la mèche... c'est le perfect moment pour un instant détente. Un vrai guilty pleasure. Comme il faut. Vous savez, ce genre de petit plaisir quasiment interdit, comme une cuillère de Nutella ou l'écoute à tue-tête d'une chanson de Julio. Eh ben, chez le coiffeur, c'est quand on s'installe confortablement dans le fauteuil (pour dames) et qu'on demande à Rony les derniers magazines mondains. Et hop, soudain, le...
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