« Mort à Moussavi, mort à Karoubi », a scandé la foule qui brandissait des portraits de Ali Khamenei, hier à Téhéran. Atta Kenare/AFP
« Mort à Moussavi, mort à Karoubi », ou « Moussavi et Karoubi doivent être pendus », a réclamé la foule lors de la prière du vendredi à Téhéran. « Nous demandons le châtiment le plus sévère contre les chefs de la sédition, et à la justice de juger sans délai Moussavi et Karoubi, qui n'ont d'autre but que d'affaiblir la République islamique et de servir les oppresseurs » (les États-Unis, NDLR), a affirmé la déclaration finale de la manifestation progouvernementale.
Dans son prêche aux fidèles, l'ayatollah ultraconservateur Ahmad Janati s'est montré plus prudent, réclamant que les deux opposants soient soumis à un régime de résidence surveillée sévère. « Certains disent qu'ils doivent être exécutés. Mais ils sont déjà exécutés (politiquement, NDLR), ils n'ont plus aucune réputation. Certains demandent qu'ils soient jugés, la justice agira en tenant compte des intérêts » du pouvoir, a répondu M. Janati aux manifestants. « Mais ce qu'elle doit faire et est en train de faire, c'est de couper tout leur contact avec la population. Il faut limiter leurs allées et venues, les empêcher d'envoyer et recevoir des messages. Il faut couper leur téléphone, leur Internet. Il faut qu'ils soient emprisonnés dans leur propre maison », a-t-il ajouté. Jeudi, le chef de l'autorité judiciaire, l'ayatollah Sadegh Larijani, a accusé MM. Karoubi et Moussavi de « trahison », affirmant que la justice les empêcherait désormais de « publier des déclarations ». Karoubi, dans un communiqué sur son site Internet Sahamnews, a déclaré qu'il n'avait rien à craindre d'un procès à condition que les débats soient publics.
Les attaques des conservateurs au pouvoir contre les deux leaders réformateurs ont pris une nouvelle ampleur après une manifestation antigouvernementale lundi, la première depuis un an. À leur appel, des milliers de personnes s'étaient rassemblées à Téhéran en dépit d'une interdiction et d'un déploiement policier massif. Les appels à un procès rapide et un « châtiment sévère », voire à « la pendaison » de MM. Karoubi et Moussavi, accusés de faire le jeu des États-Unis et d'Israël, ennemis jurés de l'Iran, se sont multipliés au sein de la classe politique et du clergé, et jusque parmi les conservateurs modérés et certains réformateurs.
Jusqu'à présent, les autorités se sont abstenues d'arrêter les deux dirigeants pour ne pas en faire des « saints » aux yeux de leurs partisans, avait expliqué la semaine dernière le chef du pouvoir judiciaire.

