Il est manifeste que la décision américaine contre la banque libanaise en cause n'est pas d'ordre purement technique, économique ou financier. Car, dans ce cas, des mesures de boycott auraient été prises tout de suite, sans octroi de ce délai d'un mois qui a été accordé pour une réponse aux injonctions de remise en ordre. D'autant que le compte sujet des accusations de blanchiment d'argent et de soutien à une organisation classée terroriste n'a pas bougé depuis cinq ans, ce qui réfute totalement les allégations US. Le gouverneur de la Banque centrale libanaise, Riad Salamé, a pu ainsi assurer, dans un communiqué, que la banque pointée du doigt se conforme aux préceptes internationaux ainsi qu'aux circulaires émanant de la BCL. Il n'empêche que dans les cercles concernés, on craint que Washington n'accentue ses pressions en ciblant d'autres banques libanaises encore, le secteur bancaire restant l'un des meilleurs remparts de ce pays.
Mais pourquoi cette action US ? Les observateurs répondent qu'elle reflète la crainte de voir le Hezbollah mettre la main sur le pouvoir au Liban à travers le nouveau gouvernement. En contrôlant les institutions, le Hezb mettrait par terre les relations extérieures usuelles du Liban, tous ses engagements, ses protocoles et ses accords. En le détachant des résolutions internationales, pour l'isoler.
À ce propos, des sources sécuritaires confirment que les Occidentaux, et plus particulièrement les Américains, ont prévenu Beyrouth qu'ils seraient obligés de réviser à la baisse, ou même d'annuler, les programmes d'assistance militaire ou sécuritaire, les dons d'équipements ou les cycles de formation, au cas où les portefeuilles de la Défense et de l'Intérieur iraient, cette fois, à des membres du 8 Mars.
Partant de là, le Premier ministre désigné souhaite, selon une source ministérielle généralement bien informée, confier ces deux départements à des personnalités que le chef de l'État lui désignerait. Autrement dit, ce secteur resterait l'apanage du président de la République, ce qui permettrait le respect, et même la promotion, des accords d'assistance aux forces armées de ce pays.
Mais il y a là un obstacle. Car le général Michel Aoun exige avec insistance le ministère de l'Intérieur, refusant qu'il soit de nouveau dévolu à Ziyad Baroud ou à un ministre du président. Et précisant qu'un maroquin ne doit en tout cas pas aller à un titulaire originaire du Mont-Liban qui ne relève pas du CPL.
Le général ne veut même pas concéder le poste à son allié Sleimane Frangié, qui voudrait en disposer de nouveau, comme jadis. Une obstination qu'explique la perspective des législatives de 2013, que l'Intérieur doit organiser en base d'une nouvelle loi électorale. Il faut également compter sur la mise en chantier de la loi de la décentralisation susceptible de renforcer le contrôle des municipalités et des commissariats par le ministre. Un dirigeant puissant dont le regretté Kamal Joumblatt, lui-même brillant titulaire, disait déjà qu'il est le vrai gouverneur administratif du Liban.
Autre raison de Aoun, selon des cadres du 14 Mars : forcer Mikati, qui n'est pas très chaud à ce sujet, à reprendre son gendre, Gebran Bassil. Donc à l'Intérieur, à la place de Baroud, du moment que le retour à l'Énergie semble hors de question.
Les visiteurs de Verdun indiquent que Mikati, outre la part ministérielle qu'il se réserve, tient à ce que nul n'empiète sur ses prérogatives, sur ses libertés de choix dans la composition du cabinet et dans la sélection de ses collaborateurs directs. Nul autre que lui, assure-t-il, ne formera le gouvernement. Ces témoins ajoutent qu'à ses yeux, le gouvernement ne doit pas être une Chambre en modèle réduit, réunie pour discuter à perte de vue. Mais une équipe de travail effectif, un exécutif fonctionnant à plein, avec représentation politique symbolique des forces actives du pays.
Selon un spécialiste, la formule envisagée serait de 24, avec des parts aux présidents de la République et du Conseil, au 8 Mars et à la technocratie, sans tiers de blocage.


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