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Nos lecteurs ont la parole

I.- Les chrétiens du Moyen-Orient, un levain dans la pâte

Père Mounir KHAÏRALLAH

Quel avenir pour les chrétiens du Moyen-Orient ? C'est la grande question que l'on se pose depuis un moment, notamment après la tenue de l'Assemblée spéciale du synode des évêques pour le Moyen-Orient présidée par le pape Benoît XVI à Rome du 10 au 24 octobre 2010, et depuis les attentats meurtriers contre deux églises, l'une à Bagdad en Irak le 31 octobre et l'autre à Alexandrie en Égypte à l'aube du jour de l'an 2011.
Les organes de presse locaux et internationaux s'intéressent à cette question et aux conséquences qui en découleront : « Les chrétiens d'Orient sont en danger. Qui les protégera ? » ; « Les chrétiens d'Irak font leurs valises » ; « Les chrétiens d'Orient se préparent à l'exil » ; « Défendre les chrétiens d'Orient : une utopie ? » ; « Les Occidentaux impuissants à défendre les chrétiens d'Orient ».
C'est pour répondre à toutes ces questions que j'ai pensé écrire ce témoignage éclairé par l'histoire deux fois millénaire des chrétiens d'Orient.
En célébrant la messe d'ouverture du synode le dimanche 10 octobre dernier, le pape déclare dans son homélie : « Rendons grâce au Seigneur de l'histoire parce qu'Il a permis que, malgré des vicissitudes souvent difficiles et tourmentées, le Moyen-Orient voie toujours, depuis le temps de Jésus jusqu'à nos jours, la continuité de la présence des chrétiens. »
C'est en effet cette présence qui est en question depuis le temps de Jésus, une présence qui est témoignage d'amour, de pardon, de paix et de don de soi malgré les périodes noires de l'histoire.
« Quel avenir pour les chrétiens du Moyen-Orient ? » Ce fut la grande question posée en conclusion de l'Instrumentum laboris (Instrument de travail) préparatoire au synode, confié aux pères synodaux le 5 juin 2010 par le souverain pontife à Chypre. Et la réponse vint du rapporteur général du synode, le patriarche copte catholique Antonios Naguib, dans son rapport présenté aux pères à l'ouverture des travaux, le 11 octobre : « Nous sommes aujourd'hui un "petit reste", mais notre comportement et notre témoignage peuvent faire de nous une présence qui compte. Les conflits et les problèmes locaux ainsi que la politique internationale ont généré dans la région le déséquilibre, la violence et la fuite vers d'autres terres. C'est une raison majeure pour assumer notre vocation et notre mission de témoignage au service de la société. »
Pendant les séances du synode qui ont duré deux semaines, il a été question des défis auxquels sont confrontés les chrétiens du Moyen-Orient dans leurs pays : « Les conflits politiques dans la région, la liberté de religion et de conscience, l'évolution de l'islam politique ou du fondamentalisme et l'émigration, ainsi que les revers de la politique internationale. »
Et dans son homélie de clôture prononcée le 24 octobre, le Saint-Père lance son appel à la communauté internationale, affirmant :
« La paix est possible. La paix est urgente. La paix est la condition indispensable pour une vie digne de la personne humaine et de la société . (...) C'est une entreprise que la communauté internationale est appelée à réaliser et à laquelle les chrétiens, citoyens de plein droit, peuvent et doivent apporter leur contribution... Ils peuvent apporter à la société la promotion d'une authentique liberté religieuse et de conscience, un des droits fondamentaux de la personne humaine que tout État devrait toujours respecter. »
Nous, chrétiens du Moyen-Orient, sommes conscients des dangers qui nous courons depuis que nous sommes dans cette partie du monde si tourmentée, mais aussi de la mission d'amour, de pardon et de paix que nous portons au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes aussi conscients que nous payons le prix d'une politique erronée de l'Occident ou des chrétiens d'Occident vis-à-vis de leurs frères d'Orient, qu'ils prétendent protéger. Et cela depuis l'Empire byzantin, c'est-à-dire l'Empire romain en Orient, et l'arrivée de l'islam, qui s'est vengé contre les chrétiens autochtones en chassant les Byzantins.
Les croisades, arrivées au XIe siècle pour « libérer la Terre sainte », ont fait des ravages. Les Mamelouks, arrivés d'Égypte pour mettre fin aux « États latins d'Orient » et chasser les « Francs », se sont vengés contre les chrétiens autochtones qui ont de nouveau payé le prix. Je suis en train de relire en ce moment l'ouvrage d'Amin Maalouf : Les Croisades vues par les Arabes. Je redécouvre une autre vision de l'histoire, nécessaire et complémentaire de celle que j'avais apprise à l'école « occidentale ».
Au XVIe siècle, François Ier , roi de France (1515-1547), se tourna, dans sa guerre contre Charles Quint, vers le sultan Soliman II dit « le Magnifique » qui instaura l'Empire ottoman (1520-1566). Il lui demanda la faveur de protéger les chrétiens d'Orient, sujets de l'empire. Le sultan consentit. Une fois François Ier parti, les chrétiens autochtones durent payer un prix et endurer une nouvelle fois les persécutions des Ottomans.
Mais l'idée de la protection des chrétiens d'Orient resta vive chez les grandes puissances occidentales, beaucoup plus pour leurs intérêts que par amour pour ces chrétiens. Une fois l'Empire ottoman affaibli et devenu « l'homme malade », à partir de la première moitié du XIXe siècle, les puissances européennes revinrent à la charge et entrèrent au Moyen-Orient sous le prétexte de protéger leurs frères chrétiens d'Orient. Ils introduisirent bien sûr les bienfaits de la Renaissance, faisant profiter les populations de la région des acquis culturels, mais aussi leurs conflits et leurs querelles politiques, notamment franco-anglaises. Et à l'occasion de ces conflits, on commença à parler en Occident de la « question d'Orient », et chaque puissance prit en protection une communauté. De nouveau, les chrétiens eurent à en payer le prix et à souffrir de la vengeance ottomane, qui s'exprima par le massacre des chrétiens du Mont-Liban et de Damas en 1860. Cette situation dura jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale et la chute de l'Empire ottoman (1918) qui avait dominé l'Orient, et même une partie de l'Europe orientale, durant 400 ans !
C'est là notre avenir !
(à suivre)

 

Père Mounir KHAÏRALLAH
Vicaire général du diocèse
de Batroun,
Secrétaire général adjoint du synode patriarcal maronite

Quel avenir pour les chrétiens du Moyen-Orient ? C'est la grande question que l'on se pose depuis un moment, notamment après la tenue de l'Assemblée spéciale du synode des évêques pour le Moyen-Orient présidée par le pape Benoît XVI à Rome du 10 au 24 octobre 2010, et depuis les attentats meurtriers contre deux églises, l'une à Bagdad en Irak le 31 octobre et l'autre à Alexandrie en Égypte à l'aube du jour de l'an 2011.Les organes de presse locaux et internationaux s'intéressent à cette question et aux conséquences qui en découleront : « Les chrétiens d'Orient sont en danger. Qui les protégera ? » ; « Les chrétiens d'Irak font leurs valises » ; « Les chrétiens d'Orient se préparent à l'exil » ; « Défendre les chrétiens d'Orient : une utopie ? » ; « Les Occidentaux impuissants à défendre...
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