Andrée Chédid, à défaut de reposer en terre libanaise, a voulu que sa dernière prière se fasse dans l'esprit de l'église maronite. Elle témoigne à sa manière, pour les chrétiens d'Orient, enracinés spirituellement et intellectuellement pour l'éternité, dans leur terre d'origine. Une branche de cèdre a été déposée symboliquement sur son cercueil par l'ambassadeur du pays du Cèdre en France. Ses trois petits-enfants (dont Mathieu, dit M, à la guitare) l'ont accueillie à leur manière, à l'entrée du cercueil. Un dernier cri d'amour pour leur immense et aimante grand-mère.
Puis l'office des morts s'est déroulé, selon le rite maronite, en araméen et en arabe, avec le compositeur virtuose Georges Daccache au clavier, le père Naoum Khoury, ténor, entonnant d'une voix puissante les hymnes, et le vicaire patriarcal, Monseigneur Saïd Saïd, menant la célébration liturgique dans les langues d'origine, avec des lectures en français et une magnifique homélie, reliant Andrée Chédid à son église et sa terre natales. Andrée Chédid est née au Caire en 1920 de deux parents libanais et le Liban (notamment la guerre) est très présent émotionnellement et intellectuellement dans son œuvre. La cérémonie était d'ailleurs, à l'image de l'œuvre d'Andrée Chédid, dépouillée, sobre, authentique, profonde, multiculturelle, sans fioritures inutiles, fédératrice, allant vers l'essentiel.
L'assistance s'est recueillie, avec ferveur et fidélité, en communion avec la grande disparue, plus que jamais présente à travers ses écrits, et plusieurs personnes, notamment sa grande amie libanaise Soad Peigné-Tabbara, presque sa sœur jumelle, étreignaient ses deux derniers livres. Andrée Chédid y témoignait, avec vaillance et lucidité, de sa maladie et de sa vieillesse. Ceux de ses proches qui, par pudeur, n'avaient pas pu l'accompagner partageaient avec elle, jusqu'au bout, ses dernières épreuves. Andrée Chédid dans ses écrits a été, par excellence, une conscience continue, vigilante, toujours et à jamais vivante dans la mémoire des hommes et en quête humble d'éternité.
Toute l'assistance était triste, mais réconfortée par la présence si apaisante et rayonnante d'Andrée Chédid qui, toute sa vie, a été simple, généreuse, gaie, spirituelle. L'esprit étant autant la beauté de l'intelligence que celle de l'âme.
Certes, les funérailles en Occident se déroulent de manière intime, quasi confidentielle, toutefois cette ultime prière symbolique en terre libanaise qui clôt la vie ici-bas d'Andrée Chédid est importante, pour la faire partager à tous les Libanais dont elle s'est toujours sentie si solidaire et si proche, elle est doublement libanaise, par naissance et par choix. Le Liban aujourd'hui dépositaire privilégié, entre autres, de l'œuvre de cette grande dame des lettres devrait organiser un colloque international sur sa terre, autour de «cette grande dame de la vie».


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