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Nos lecteurs ont la parole

II.- La solution : un chef de l’État et de l’exécutif

Par Michel FAYAD
Le principe du vote en Conseil des ministres a entraîné, en pratique, une négociation préalable à la formation d'un gouvernement d'un tiers de blocage, alors qu'en théorie, c'est-à-dire d'après le texte de Taëf , le « tiers bloquant » ne voit le jour qu'à l'occasion d'une « question fondamentale » (voir L'Orient-Le Jour du 8 février 2011).
Avec la théorie de Calhoun, un droit de veto serait ainsi accordé par la démocratie consociative (consensuelle) libanaise aux communautés libanaises, permettant ainsi à celles-ci de s'opposer à une décision relative à une « question fondamentale ». Ainsi, un authentique système de checks and balances est garanti. La théorie de Calhoun permet la neutralité du Liban car en ayant le droit de veto, les communautés n'ont plus besoin de quémander l'aide extérieure par peur de se faire dominer à l'intérieur. Le président du Parlement, Nabih Berry, a récemment réclamé lui aussi, au cours de sa conférence prononcée à l'Université Georgetown à Doha, l'application de la théorie de Calhoun sans toutefois l'appeler par son nom. Nabih Berry a cité le politologue hollandais Ernt Liebhart en affirmant que la démocratie consensuelle « est née de la nécessité d'élargir le concept le plus connu de la démocratie, celle du nombre, en empêchant aussi bien la dictature de la majorité que la subversion de la minorité ». Le président du Parlement a conclu son analyse en expliquant que la démocratie consensuelle imposait une reconnaissance mutuelle au droit de veto.
À cela, il faudrait appliquer la formule de Rachid Karamé datant de 1984, laquelle consiste à confier le pouvoir exécutif au président de la République qui exercerait celui-ci avec la participation du Conseil des ministres. En effet, il est urgent et fondamental que le président de la République soit le chef de l'État et de l'exécutif afin qu'il soit l'arbitre de la décision et qu'il puisse agir :
1.    Si nous voulons une armée forte, il faut que son chef, qui est constitutionnellement le président de la République, soit fort et qu'il n'en soit pas seulement le chef symbolique. L'armée a besoin d'une politique. Bachir Gemayel disait : « Le principal problème de l'armée n'est pas son incapacité à défendre le Liban, mais l'absence de leadership et de décision ferme et forte de la part du gouvernement civil. »
2.    Si nous voulons un Liban réellement souverain, libre et indépendant, alors il faut que son garant, qui est constitutionnellement le président de la République, soit fort. Le renforcement de ce rôle de garant, qui n'est ni celui du Premier ministre ni celui du ministre des Affaires étrangères, permettrait au président de la République d'assurer une neutralité positive et permanente du Liban et la garantie internationale de celle-ci.
3.    En tant que garant de la Constitution, le président de la République, s'il est fort, serait à même d'instaurer une réelle parité entre chrétiens et musulmans au Parlement en instaurant le système uninominal (la plus petite circonscription : un député élu par circonscription) et en introduisant le vote des émigrés. Nul ne peut croire qu'il existe aujourd'hui une parité au Parlement alors que plus que les deux tiers des députés, toutes confessions confondues, sont élus par les musulmans. Quant au système proportionnel, il paraît improbable dans le cadre d'une démocratie consociative (consensuelle) basée sur la parité entre deux groupes (chrétiens et musulmans), organisée par une décentralisation administrative et n'ayant que peu de partis et mouvements politiques dépassant les clivages confessionnels et bénéficiant d'un poids électoral important. Fort de ses prérogatives et de sa fonction de garant de la Constitution et de son application, le président de la République pourra enclencher la décentralisation de l'État dont il est le chef. L'État doit devenir régional basé sur une double autonomie qui garantirait à la fois une liberté d'action à l'État enfin capable par conséquent de défendre et de consolider l'indépendance recouvrée ; et une autonomie des communautés afin qu'elles ne soient pas étouffées dans leur personnalité. Le régionalisme laisserait subsister l'unité et l'indivisibilité de l'État tout en accordant aux régions et ainsi aux communautés, familles spirituelles et intellectuelles partenaires fondateurs de l'État, une autonomie administrative, politique, culturelle et intellectuelle. D'autre part, le régionalisme répond à une double volonté : celle d'une démocratie de proximité avec une citoyenneté engagée, et celle d'un État prolongeant l'action des personnes (comme le prône la philosophie personnaliste d'Emmanuel Mounier).
4.    La présidence forte s'inscrit dans le cadre stratégique d'une protection (fonctionnelle) des minorités en Orient et non dans le cadre du confessionnalisme politique qui privilégierait les maronites. La présidence est donc un gage servant aux maronites à assurer la sauvegarde des droits, de la liberté et de l'existence des chrétiens et des autres minorités (d'un point de vue régional). Tout dépouillement de ses prérogatives peut donc être analysé uniquement dans le sens d'une réduction des droits des minorités dans une région où les chrétiens ne sont pas égaux avec les musulmans et vivent dans la dhimmitude.
Le principe du vote en Conseil des ministres a entraîné, en pratique, une négociation préalable à la formation d'un gouvernement d'un tiers de blocage, alors qu'en théorie, c'est-à-dire d'après le texte de Taëf , le « tiers bloquant » ne voit le jour qu'à l'occasion d'une « question fondamentale » (voir L'Orient-Le Jour du 8 février 2011).Avec la théorie de Calhoun, un droit de veto serait ainsi accordé par la démocratie consociative (consensuelle) libanaise aux communautés libanaises, permettant ainsi à celles-ci de s'opposer à une décision relative à une « question fondamentale ». Ainsi, un authentique système de checks and balances est garanti. La théorie de Calhoun permet la neutralité du Liban car en ayant le droit de veto, les communautés n'ont plus besoin de quémander l'aide extérieure par peur...
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