Il est intéressant à plusieurs titres de rechercher la physionomie et les caractéristiques de ce vaillant peuple qui sème encore et toujours le grain, fait pousser les mûriers, voit se dorer la vigne et fleurir les orangers, sur le sol qui fut le berceau de sa « Constitution » essentielle, restée plus ou moins intacte jusqu'à nos jours, car un peuple ne conserve sa force que tant qu'il reste fidèle aux principes qui la lui ont fait acquérir.
En effet, qui se dit maronite doit l'être de nationalité d'origine et de rite. Les maronites vécurent d'abord sous la direction de pieux moines jusqu'à ce que saint Maron vint les grouper autour de sa crosse abbatiale, à l'ombre de son premier monastère, sur les rives de l'Oronte, au sud de Ribia - un des centres chrétiens les plus importants de la Syrie -, et leur donner des institutions communes (fin du IVe siècle).
Les premiers ermitages sont alors agglomérés en grands couvents, d'où l'abbé Maron exerce sur les populations environnantes la cure pastorale. Père et organisateur de génie, Jean le maronite sut discipliner son peuple par le travail manuel et l'exercice des armes. Il constitua une société d'autant plus définitive et durable qu'elle était fondée sur le principe de foi commune, « la foi qui soulève des montages » et devient génératrice du véritable héroïsme, joint à cet évangélique amour de la fraternité dans l'indépendance qui donne la force invincible.
Ce fut donc pour défendre l'idée religieuse que la nation s'impose, et elle le notifia par le choix significatif de son chef et de sa bannière. Et ce fut l'abbé Jean Maron - le premier représentant de « cette idée et de ce principe » - qui devint l'ancêtre de ce rite religieux et qui lia sa personnalité à elle en lui déléguant son nom.
Cinquante ans après sa mort, on fonda un couvent à sa mémoire qui donnera lieu à l'appellation de maronites à tous les chrétiens orientaux de l'époque. En ces temps, les maronites gardaient comme langue nationale le syriaque, que les patriarches de la Bible et le Christ lui-même ont parlé, et leur fête religieuse est le 14 septembre, « fête de l'Exaltation de la Croix » célébrée jusqu'à nos jours.
« Le Cèdre du Liban, s'exclame le grand prophète Ézéchiel, beau en ses branches, abondant en feuillage, magnifique en sa hauteur et en sa cime, montait entre ses rameaux touffus. Les eaux l'ont nourri ; l'abîme a renfermé ses racines ; les fleuves coulaient autour d'elles, et des ruisseaux les baignaient partout où s'étendaient ses pieds. Et sa tige s'est élevée au-dessus de tous les arbres de la contrée, et ses rameaux se sont accrus, et ses branches se sont multipliées, arrosées par les grandes eaux. Et après qu'il eût étendu son ombre, tous les oiseaux du ciel bâtirent leurs nids sur ses rameaux, et tous les animaux des champs déposèrent leurs petits sous son feuillage, et à son ombre habitaient des peuples nombreux... »
Nation éternelle et irréductible, inaccessible aux coups de la fortune. Sainte patrie morale et invulnérable, pieuse cité de l'âme, dont l'intégrité réside, impérissable, dans les pensées et dans les cœurs, comment ne pas t'aimer avec ferveur et ne pas se convaincre en t'admirant que « l'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux ».

