Le président Gemayel a constaté hier l’existence de conditions rédhibitoires posées par le 8 Mars. Photo Dalati et Nohra
Il a vivement déploré le fait que tous les efforts consentis, autant par Nagib Mikati que par le 14 Mars, aient été « court-circuités par l'autre camp », malgré la volonté de faire avancer les choses en donnant une chance au PM désigné, afin de trouver un juste milieu qui « réponde aux besoins des Libanais et qui calme les inquiétudes de chacun ».
Le président Gemayel a expliqué qu'à travers les contacts initiés ces dernières semaines, il a tenté de prendre en compte toutes « les revendications » des différentes parties ainsi que « leurs appréhensions » et leurs craintes, de manière à former une équipe qui serait soudée et qui participerait réellement aux décisions, surtout celles d'importance pour le pays. « Nous ne comptions pas faire de la figuration, a-t-il précisé, mais être partie prenante dans l'action gouvernementale. Nous nous sommes rendus compte après plusieurs jours de discussions que le 8 Mars rend impossible toute avancée, a-t-il poursuivi, et ce malgré toute les bonnes dispositions du Premier ministre désigné. »
Le leader des Kataëb a souligné « l'incohérence » des conditions posées par le 8 Mars alors que le pays traverse une crise grave qui commande « la participation de tous » au gouvernement d'entente nationale. Il a dans ce sens assuré qu'il coordonnait régulièrement avec ses alliés, mais que « celui qui menait le jeu était bien le Hezbollah ».
En tout état de cause, et malgré l'impasse à laquelle les discussions ont abouti, Amine Gemayel continue de dire qu'elles pourraient reprendre, pour peu qu'il y ait une quelconque volonté de l'autre côté, assurant qu'en politique, « les portes ne sont jamais totalement fermées ».
Le leader des Kataëb, qui menait les discussions au nom du 14 Mars, s'est par ailleurs étonné que le 8 Mars n'accepte plus « la logique de la démocratie consensuelle qu'il avait lui-même revendiquée » lorsqu'il représentait l'opposition, au sein des deux derniers gouvernements, et il a mis en garde contre « un cabinet d'un seul bord », qui aurait la latitude « d'imposer » ses décisions à tous. Il a sur ce plan prévenu que la situation régionale devait servir de leçon, soulignant qu'il n'était pas raisonnable de « pousser » l'électorat des dernières législatives à montrer sa frustration, parce que cela se ferait nécessairement aux dépens du pays.
Interpellant directement le président de la Chambre, qui avait déclaré la veille que les propositions du président Gemayel étaient tout à fait recevables, le leader des Kataëb a demandé à Nabih Berry où étaient passées les deux clauses de l'accord de Doha, à savoir celle qui interdisait l'utilisation des armes et l'autre qui défendait la démission du gouvernement, alors que « les armes ont été employées plus d'une fois contre les Libanais et que le 8 Mars, par sa démission, a fait chuter le gouvernement ».
Amine Gemayel a révélé s'être réuni avec le chef de l'État, Michel Sleiman, à qui il a clairement demandé, en sa qualité de président, de « veiller » à ce que le prochain cabinet représente toutes les parties, parce qu'un gouvernement d'un seul camp « paralyserait l'action des deux présidents », en faisant passer tous les projets des partis concernés sans qu'il n'y ait en face aucun moyen de protestation. « Qu'en serait-il alors des prérogatives du président de la République et du Premier ministre ? » a-t-il enfin demandé.

