Rechercher
Rechercher

Liban - En Dents De Scie

Pendant que les champs brûlent

Démocratie : l'oppression du peuple par le peuple pour le peuple.
Oscar Wilde
Cinquième semaine de 2011.
Est-ce que les peuples du Moyen-Orient sont hors d'atteinte de la liberté ? Est-ce que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont condamnés à la dictature par leur histoire et leur culture ? Sont-ils les seuls à ne pouvoir jamais connaître la liberté ou même à ne pas avoir le choix ? Le Washington Post est revenu cette semaine sur ce discours de 2003, lorsque George W. Bush essayait de justifier l'invasion de l'Irak quelques mois plus tôt. Et s'il était réellement moins niais, le prédécesseur de Barack Obama serait aujourd'hui sur toutes les télévisions en train de claironner haut et fort que ses néo-cons et lui étaient autre chose, bien mieux, bien plus, que leurs ridicules deux mandats à la Maison-Blanche ne l'ont montré. Aujourd'hui, Bush Jr serait en train de sautiller sur place, de bouffer crue une certaine revanche, les yeux rivés, après le jasmin de Tunis, sur l'épopée hallucinante de ce cœur enragé qui bat la démesure place al-Tahrir, au Caire.
Parce que cette Égypte et toutes les mythologies qui lui collent aux peaux, celles d'hier et celles d'aujourd'hui (historiques, culturelles, populaires ou géopolitiques soient-elles), plus que jamais focalisent les fantasmes et incarnent les terreurs. Les simili-Louis XIV et autres tyranneaux très peu éclairés de la région se sont jetés tête la première soit sur la voie d'un dialogue stakhanoviste avec des oppositions aussi douteuses ou peu préparées que survitaminées, soit, comme en Syrie, dans le renforcement surexcité de leur autocratie : oppression, coercition, menaces et intimidations se multiplient comme des petits pains. Au milieu de ce nulle part, les Israéliens ont des sueurs glacées et se mettent déjà à prévoir l'encerclement ultime et tentaculaire : l'Égypte des Frères musulmans à l'ouest, une Jordanie déhachémitisée à l'est et, au nord, l'Iran, par le truchement du binôme syro-hezbollahi. Et pendant que les Saoudiens se murent dans un silence retentissant, ambigu, lourd, très lourd, les Turcs, eux, se frottent en cachette les mains, se voyant déjà, encore plus, tout en haut de l'affiche. Seuls. Quant aux ayatollahs iraniens, Ali Khamenei en tête, ils fantasment furieusement, appelant de leurs vœux, sans aucun état d'âme et tout sens du ridicule bu, à une république islamique égyptienne, occultant carrément que l'apostasie ne se contenterait pas, dans une éventuelle Égypte livrée à la charia sunnite, de s'appliquer aux seuls chrétiens, mais qu'elle engloberait tout autant les chiites.
La planète dans sa totalité est gluée sur l'Égypte, et les Égyptiens, aussi manipulés que soient certains, aussi criminels que soient d'autres (le pillage du musée du Caire est une horreur indicible), se transcendent dans leurs rues. Tellement que cela en devient, parfois, renversant de beauté : écrivaine  (Dieu démissionne à la réunion au sommet, publié en 2007, a été retiré de la vente après les accusations de blasphème lancées par l'Université islamique du Caire), psychiatre, féministe militante, emprisonnée sous Sadate pour s'être opposée à la loi du parti unique, Nawal al-Saadawi était hier au cœur de la foule, place al-Tahrir. À 80 ans. Ils se transcendent spontanément, inconsciemment aussi : ils se moquent de savoir à quoi ressemblerait, politicoculturellement, l'Égypte démoubarakisée, convaincus qu'ils n'auront jamais, comme les Libanais, un Hezbollah qui viendrait, six ans plus tard, dynamiter tous leurs acquis. Leur souveraineté et leur indépendance, ils les ont. Ce qu'ils réclament bec et ongles, les Égyptiens, ce qu'ils disent vouloir plus que tout, c'est le changement. Et la réforme.
Et l'espoir, le fol espoir, qu'ils n'hériteront pas non plus d'un Michel Aoun, aussi sympathiquement égyptien soit-il. Un Michel Aoun qui les abreuvera pendant des années et des années avec une même litanie, avec les mots changement et réforme répétés quotidiennement, inlassablement, hystériquement, et un Michel Aoun qui ne leur proposera, pour tout changement, qu'un népotisme et un féodalisme légèrement relookés : le neveu et, surtout, le gendre, à la place du fils et, pour toute réforme, que des Charbel Nahas qui ne seront payés que pour paralyser systématiquement et à n'importe quel prix, pour élever la stérilité et le blocage au rang de dogmes. Un Michel Aoun qui ne rêverait, endormi ou réveillé, que d'une seule chose, quelles que soient la contorsion et la compromission, quel que soit le dédit, quelle que soit l'intensité de la trahison de soi, quelle que soit l'hérésie ou l'indécence - (l'anthologique épisode du Maintenant que je suis la majorité, je ne veux plus du tiers de blocage restera dans les petites annales libanaises comme la gifle la plus piteuse, la plus obscène, assénée à l'intelligence de ses compatriotes) - une chose, une seule : accaparer le trône présidentiel. Devenir un nouveau Moubarak, la stature et le charisme en moins. Et s'en aller picorer dans la main d'un Khamenei. Ou d'un Bush.
Relégués au rang de simples spectateurs, contraints désormais de regarder les autres Arabes se transfigurer et remodeler leur nation alors que ce sont eux qui ont ouvert le bal, sans doute donné l'exemple, les Libanais s'apprêtent à subir la pire éventualité : entrer dans un âge de pierre certain, dans la marge de la communauté internationale, maintenant que les pro-iraniens et les prosyriens ont achevé un hold-up politique des plus inouïs.
Pendant ce temps, à des années-lumière de penser qu'il est purement, mathématiquement utilisé, Nagib Mikati fait de son mieux. Ce sera probablement son unique réussite : faire de son mieux. En attendant, si le 8 Mars parvient à imposer l'acte III : le départ de Michel Sleiman, de faire grandement pitié.
Mitterrandisme ou mikatisme obligent, la démocratie reste aussi le droit institutionnel de dire des bêtises. Et d'en faire...

Cinquième semaine de 2011.Est-ce que les peuples du Moyen-Orient sont hors d'atteinte de la liberté ? Est-ce que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont condamnés à la dictature par leur histoire et leur culture ? Sont-ils les seuls à ne pouvoir jamais connaître la liberté ou même à ne pas avoir le choix ? Le Washington Post est revenu cette semaine sur ce discours de 2003, lorsque George W. Bush essayait de justifier l'invasion de l'Irak quelques mois plus tôt. Et s'il était réellement moins niais, le prédécesseur de Barack Obama serait aujourd'hui sur toutes les télévisions en train de claironner haut et fort que ses néo-cons et lui étaient autre chose, bien mieux, bien plus, que leurs ridicules deux mandats à la Maison-Blanche ne l'ont montré. Aujourd'hui, Bush Jr serait en train de sautiller sur place,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut