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Liban - L’Analyse

Orange mécanique

Près de six ans après la révolution du Cèdre, le principal défi que doit affronter la démocratie libanaise réside non pas dans la médiocrité de la caste politique de ce pays, comme veut paresseusement le croire une opinion publique tantôt aveugle, tantôt déboussolée, mais plutôt dans le déficit persistant de culture démocratique chez la plupart des Libanais.
La démocratie n'est pas, en effet, qu'une règle du jeu à respecter par des protagonistes politiques. Elle est surtout un exercice citoyen qui doit être mis en œuvre dans tous les aspects de la vie publique par l'ensemble des forces vives d'une nation. Or du fait de la démission de ces forces vives, de leur incapacité à assumer un rôle correcteur, le jeu démocratique se dévoie, comme c'est le cas actuellement au Liban.
Dès lors, il devient aisé de comprendre pourquoi les outrances des hommes politiques, leurs turpitudes démocratiques prennent un caractère si déplorable, si excessif. Car il faut réaliser qu'un chef politique est avant tout un être « en situation », c'est-à-dire, d'un point de vue politique, qu'il se comporte et agit sur la base du contrat qui le lie à son public. Lorsque le lien est personnel, paternaliste, atavique ou tribal, on ne peut pas s'attendre à ce que le « zaïm » soit un authentique dépositaire de la culture démocratique.
Partant de ces considérations, on serait tenté de loger la quasi-totalité des chefs politiques libanais à la même enseigne, étant tous plus ou moins liés sur la base de critères non démocratiques à leurs publics respectifs. Pourtant, il existe incontestablement des différences entre eux. Ne pas le constater serait faire preuve d'une évidente mauvaise foi. Et le plus frappant, c'est que ces différences ne coïncident pas toujours avec des lignes de clivages confessionnels, socio-économiques ou encore de niveau d'instruction.
Il est vrai que d'autres critères, tout aussi peu démocratiques, peuvent parfois conditionner le positionnement d'un Libanais derrière tel ou tel zaïm. La détestation épidermique à l'égard d'un homme politique rival en est un, tout comme la peur irrationnelle, mais cela suffirait-il à expliquer l'ampleur du suivisme chez certaines catégories de Libanais ?
Le cas du général Michel Aoun est éloquent à cet égard. D'un point de vue sociologique, il est certes possible de dessiner un profil d'ensemble du partisan type du CPL, mais ce profil, aussi vague soit-il, est loin de pouvoir couvrir une mouvance qui, à côté de ce que l'on pourrait grossièrement appeler le Libanais chrétien moyen, adjoint une partie de la haute bourgeoisie chrétienne, y compris financière, un grand contingent des professions libérales et, plus globalement, un nombre important de personnes instruites.
Certes, il ne s'agit absolument pas de dire ici qu'aounisme et niveau d'éducation élevé ne vont pas ensemble. Cela reviendrait à stigmatiser la liberté d'opinion, premier socle de la démocratie. L'objet de l'interrogation est bien plutôt de savoir pourquoi et comment, dans un ensemble aussi sociologiquement divers qu'est le CPL, surtout en comparaison avec son grand allié monolithique, la démagogie populiste outrancière résolument adoptée par la direction ne suscite-t-elle pas le moindre remous, la moindre protestation, la moindre tentative de correction ?
Disons les choses clairement : les cadres, membres et sympathisants du CPL se doivent avant les autres de constater, par exemple, que les propos tenus mardi par le général Aoun au sujet du tiers de blocage et de la paralysie qu'il provoque au sein du gouvernement repoussent au-delà du tolérable les limites du culot. Il ne leur est pas demandé de changer d'opinion, simplement de se prononcer à ce sujet, de faire entendre ne serait-ce qu'une petite voix discordante. Ce serait peut-être un excellent début en vue du changement et de la réforme...
Que le Hezbollah soit tout aussi culotté en se proposant de récupérer le mouvement démocratique naissant dans les pays arabes, tout comme Walid Joumblatt qui se fait soudain donneur de leçons de géopolitique, nul n'en doute. Mais il n'y a pas de comparaison possible entre leurs publics respectifs, bien plus organiquement liés à eux, et celui du CPL.
Force est alors de constater que la diversité et la présence d'importantes catégories avancées ou instruites au sein du CPL n'ont pas, jusqu'ici, d'impact démocratique au sein de ce mouvement. Car il ne faut pas oublier que démocratie et démagogie sont et resteront des contraires absolus, encore plus que démocratie et régime autoritaire. Faut-il en déduire que la possession d'un niveau d'instruction élevé n'implique pas nécessairement celle d'une culture démocratique avancée ? Il semble qu'au Liban ce soit effectivement le cas. Et pas seulement au CPL, bien sûr. Un peu le contraire de la Suisse, par exemple, où des citoyens ordinaires font preuve souvent d'une conscience démocratique très développée.
Et puis, il restera toujours la mauvaise foi. Combien seront-ils, en effet, ceux qui, en lisant cet article, penseront : qu'a-t-elle donc de si démagogique la politique du général ?
Près de six ans après la révolution du Cèdre, le principal défi que doit affronter la démocratie libanaise réside non pas dans la médiocrité de la caste politique de ce pays, comme veut paresseusement le croire une opinion publique tantôt aveugle, tantôt déboussolée, mais plutôt dans le déficit persistant de culture démocratique chez la plupart des Libanais.La démocratie n'est pas, en effet, qu'une règle du jeu à respecter par des protagonistes politiques. Elle est surtout un exercice citoyen qui doit être mis en œuvre dans tous les aspects de la vie publique par l'ensemble des forces vives d'une nation. Or du fait de la démission de ces forces vives, de leur incapacité à assumer un rôle correcteur, le jeu démocratique se dévoie, comme c'est le cas actuellement au Liban.Dès lors, il devient aisé de comprendre...
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