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Liban - Éclairage

Suivant une tactique éprouvée, le tandem chiite se tient à carreau

Le Hezbollah et le mouvement Amal gardent le silence sur le processus ministériel. Plus de déclarations sur les dossiers de l'heure, le tribunal, la stratégie de défense, autrement dit l'armement, ou le partage du gâteau Mikati. Cette retenue ostensible, les cadres concernés l'expliquent par le souhait de faciliter la tâche du Premier ministre désigné, en réduisant le champ des complications et des revendications qu'il doit affronter. Il est en effet essentiel, pour ces patrons du 8 Mars, qu'il parvienne à former un gouvernement rapidement. D'une part parce que tout échec serait directement le leur. Et ensuite, pour couper l'herbe sous les pieds de la nouvelle opposition. Refusant de se compromettre encore une fois dans la mascarade des cabinets dits d'union, elle ne pourrait plus, en principe, continuer à mobiliser une protestation étendue, pour ne pas dire de rue, une fois le gouvernement en place. Non seulement parce qu'il lui faudrait respecter la tradition du délai de grâce. Mais aussi, et surtout, parce que pour toute contestation bien fondée, il lui faudrait attendre la déclaration ministérielle, le programme du cabinet, pour s'assurer que Mikati est bien engagé aux côtés du Hezbollah, ce dont il se défend encore. Ainsi que, par la bande, encore que le sujet soit loin d'être marginal, pour voir ce que l'acte d'accusation va donner. Ou produire comme effets.
Passifs à un moment où il faudrait agir ? On ne saurait vraiment pas le reprocher au Hezbollah et au mouvement Amal. Car ils ont, encore une fois, confié le travail de vitrine au CPL du général Michel Aoun. Et, plus particulièrement, à sa propre personne de supercommunicant. Son zèle se déploie donc comme toujours. Et il se distingue dès lors par des revendications poussées, qui frisent la surenchère. Il exige de désigner lui-même les chrétiens, maronites en tête. En concédant que les cadres de cette collectivité appartenant au 8 Mars, sans relever de son courant, aient un mot partiel à dire dans ce choix. C'est-à-dire, une petite part du quota prévu. Le général Aoun refuse en outre que le chef de l'État ait de nouveau des ministres. Car, soutient-il, il s'agit d'un président de consensus qui, ne disposant pas d'un bloc parlementaire, ne doit pas donc être représenté au gouvernement.
De son côté, Saad Hariri tourne résolument la page. Il confirme avec éclat le faire-part de décès de la formule dite S-S, c'est-à-dire de l'arbitrage syro-saoudien. Et il insiste : cette terminologie n'est plus du tout inscrite dans le glossaire, ou les perspectives, de son courant. Elle est bien morte et enterrée. Et tous les moulinets de casuistique visant à en récupérer des parcelles ne sont que vaines gesticulations.
L'ancien Premier ministre se hâte de préciser l'essentiel : il n'y a pas, dans ce que l'alliage S-S pouvait entendre, ou sous-entendre, de feuille de route, de conditions relatives au TSL et à ses rapports avec l'État libanais. Des idées ont pu être discutées, mais rien n'a été approuvé ou signé. Le sujet est en tout cas clos, désormais.
Ce constat fait d'ailleurs suite à l'aveu du président syrien Bachar el-Assad en personne. Interrogé naguère, sur le perron de l'Élysée, il avait répondu qu'il n'existe ni initiative syro-saoudienne proprement dite ni arrangement disponible, mais un simple échange d'idées, soumises à concertation.
C'est donc, en premier lieu, pour lever toutes les équivoques que Hariri affiche des positions tranchées. Par son refus d'un Doha bis, il coupe court à des tentatives de colmatage. Ou aux résultats potentiels de contacts-sondages entrepris par son successeur, comme la rencontre avec Amine Gemayel. Hariri fait du même coup un sort aux spéculations sur la possibilité de le voir fléchir, composer, en ce qui concerne le TSL et la vérité. C'est là ce que signifie surtout son message-rejet concernant les projets dits S-S.
Alors que selon Walid Joumblatt, il y aurait eu une feuille arrêtée dans le cadre de la démarche syro-saoudienne. Ce que, n'était la mise au point de Hariri, Mikati aurait peut-être tenté d'exploiter, en chargeant le TSL dans la déclaration ministérielle. Maintenant, le Premier ministre désigné ne peut que répéter que le gouvernement se défausse de ce problème, comme de l'armement, sur le comité national de dialogue. En ajoutant qu'il ne compte servir aucun camp contre un autre. Il entend ainsi promouvoir le centrisme, la modération, et rapprocher les points de vue.
Cela étant, le 8 Mars n'exige plus la suppression du TSL. Mais c'est tout comme : il veut, en effet, l'arrêt du financement libanais. Et, surtout, le retrait des juges libanais, assorti d'une abolition des protocoles conclus avec l'ONU. Ce qui signifierait certes que le Liban ne reconnaîtrait pas le verdict du TSL, et encore moins son acte d'accusation et ne donnerait pas suite à leurs dispositions. Mais au prix de quoi ? D'un désaveu de la légalité internationale, le pays se mettant lui-même au ban de l'ONU, et de tout ce qu'elle apporte. Une précision sur ce point : Nagib Mikati ne cesse, pour sa part, de répéter que le Liban respectera ses engagements internationaux. Tout est de savoir comment il va pouvoir concilier cette position avec les exigences du Hezbollah.
Le Hezbollah et le mouvement Amal gardent le silence sur le processus ministériel. Plus de déclarations sur les dossiers de l'heure, le tribunal, la stratégie de défense, autrement dit l'armement, ou le partage du gâteau Mikati. Cette retenue ostensible, les cadres concernés l'expliquent par le souhait de faciliter la tâche du Premier ministre désigné, en réduisant le champ des complications et des revendications qu'il doit affronter. Il est en effet essentiel, pour ces patrons du 8 Mars, qu'il parvienne à former un gouvernement rapidement. D'une part parce que tout échec serait directement le leur. Et ensuite, pour couper l'herbe sous les pieds de la nouvelle opposition. Refusant de se compromettre encore une fois dans la mascarade des cabinets dits d'union, elle ne pourrait plus, en principe, continuer à mobiliser une...
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