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Liban

Un décentrement réussi

Comme c'est le cas de plusieurs autres établissements scolaires catholiques, l'histoire du Carmel Saint-Joseph est celle d'une école qui s'est décentrée par rapport au milieu urbain où elle s'était d'abord épanouie. Pensons à Jamhour, au Mont La Salle ou à Champville. Mais ce qui distingue l'école, c'est qu'elle s'est décentrée vers une région à prédominance musulmane, en l'occurrence Mechref, au carrefour des zones urbaines de Beyrouth, de Saïda et du Chouf. Risqué, de prime abord, ce décentrement réussi a fourni à la région d'implantation un projet pédagogique d'une exceptionnelle valeur « civile » et d'un impact extraordinaire sur le tissu social libanais. Mechref, qui est à 25 minutes de Beyrouth, et dans le sens contraire des embouteillages, scolarise 700 élèves à seulement 21,10 % chrétiens, et les attire aussi bien de la région de Choueifat et Aramoun (29,19 %) que de Beyrouth (17,49 %), Saïda (15,46 %), du Chouf (14,31 %), de la banlieue sud (8,38 %) et des environs immédiats de Mechref et Damour (15,17 %). On le voit, c'est un extraordinaire cas de brassage social et confessionnel à haut rendement citoyen, dont le potentiel n'est pas encore pleinement exploité. Car l'école du Carmel est, par choix comme par son emplacement, un lieu d'enseignement ou le Liban est à l'honneur aussi bien parmi les élèves que chez les enseignants.
En dehors des cours d'éducation religieuse, donnés séparément, l'école est, selon sœur Mariam an-Nour Awit, la supérieure actuelle de la congrégation, « un lieu d'éducation à la liberté et aux valeurs humanistes, un lieu qui permet à chacun d'advenir à lui-même, avec l'autre, un autre qui est son défi et sa chance ».
« Ce qui nous importe, dit-elle encore, c'est l'homme vivant et debout, quelles que soient les circonstances et les défis. »
Mechref est également une école homologuée qui prépare au bac français.
Certes, l'établissement est animé par une congrégation religieuse arrivée à l'époque du Mandat, mais ce cercle s'est, depuis, largement et profondément enraciné dans la réalité libanaise. Une seule des huit membres de la communauté est française. Les sept autres sont arabes, dont cinq Libanaises. Un centre de prière, des réunions de partage de la parole, un atelier d'iconographie, de multiples rencontres catéchétiques ou culturelles assurent le rayonnement spirituel de la communauté.
Dans l'histoire des établissements scolaires catholiques du Liban, chaque cas est unique. La tendance au décentrement, à la recherche d'un espace plus large, n'a pas été générale. Certaines écoles sont restées attachées à Beyrouth - ainsi le Collège des frères, à Gemmayzé, les sœurs de Besançon, à Wadi Abou Jmil, les franciscaines à Badaro, les sœurs de Nazareth à Achrafieh - d'autres ont tenté l'aventure. Celle du Carmel Saint-Joseph est, dans son genre, l'une des plus exemplaires. La guerre a marqué toutes ces écoles, mais le Liban, comme projet de vie et non de mort, est resté au cœur de leur mission. Mechref le prouve amplement.
Comme c'est le cas de plusieurs autres établissements scolaires catholiques, l'histoire du Carmel Saint-Joseph est celle d'une école qui s'est décentrée par rapport au milieu urbain où elle s'était d'abord épanouie. Pensons à Jamhour, au Mont La Salle ou à Champville. Mais ce qui distingue l'école, c'est qu'elle s'est décentrée vers une région à prédominance musulmane, en l'occurrence Mechref, au carrefour des zones urbaines de Beyrouth, de Saïda et du Chouf. Risqué, de prime abord, ce décentrement réussi a fourni à la région d'implantation un projet pédagogique d'une exceptionnelle valeur « civile » et d'un impact extraordinaire sur le tissu social libanais. Mechref, qui est à 25 minutes de Beyrouth, et dans le sens contraire des embouteillages, scolarise 700 élèves à seulement 21,10 % chrétiens, et les...
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