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Moyen Orient et Monde - Crise Égyptienne

Baradei propulsé leader de l’opposition

Washington multiplie les appels à la « transition » ; le pouvoir renvoie la police dans la capitale livrée au chaos.

Mohammad el-Baradei s’est offert un bain de foule, hier soir, sur la place Tahrir, au cœur du Caire. Reuters TV/Reuters

L'Égypte est « au début d'une ère nouvelle ». Tel est le message que l'opposant Mohammad el-Baradei a lancé hier soir en arrivant sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, où des milliers de manifestants étaient rassemblés. « Je vous demande de patienter, le changement arrive », a ajouté le Prix Nobel de la paix en s'adressant par haut-parleur aux manifestants, affirmant : « Nous sommes sur la bonne voie (...) notre force est dans notre nombre. » Autour de lui, le peuple scandait : « Le peuple veut la chute du président. »
Cernée par les chars, la place Tahrir, « place de la Libération », vit depuis mardi au rythme d'une contestation sans pareille depuis l'arrivée au pouvoir de Hosni Moubarak en 1981. Sur le sol, les manifestants ont peint ces mots en énorme : « Va-t-en, espèce de lâche, agent des Américains. »
Parmi les manifestants, Mostafa Mabrouk, 25 ans, déclarait à l'AFP être « d'accord pour qu'el-Baradei dirige la transition, mais je ne le veux pas comme président parce qu'il n'a pas vécu avec le peuple ». Amer al-Nabraoui trouvait, au contraire, qu'el-Baradei est « un homme courageux, je voterais pour lui ». Deux jeunes hommes, qui, comme les milliers de personnes autour d'eux, bravaient le couvre-feu. Alors que les violences ont fait, depuis mardi dernier, au moins 125 morts et des milliers de blessés, la mobilisation n'a pas faibli hier.
Du côté du pouvoir, le gouvernement voulait se montrer ferme, hier soir, ordonnant à la police de retourner dans les rues du pays, qu'elle avait subitement désertées depuis vendredi, alors que le couvre-feu en vigueur au Caire, à Suez et Alexandrie a été prolongé d'une heure, de 15h00 à 08h00. Dans la matinée, le président Moubarak a visité le centre opérationnel de l'armée, au lendemain de la nomination d'un vice-président, le premier en 30 ans, le chef des renseignements Omar Souleimane, et d'un nouveau Premier ministre, Ahmad Chafic, deux personnalités issues des rangs de l'armée. Souleimane est l'homme-clé qui a géré des dossiers de politique étrangère dont celui du conflit israélo-palestinien. Hier, Hosni Moubarak a également eu des entretiens avec Souleimane, le ministre égyptien de la Défense, Mohammad Hussein Tantaoui, le chef d'état-major Sami al-Anan et d'autres responsables militaires. On ne savait pas toutefois si Moubarak a décidé de consulter ces généraux, ou si ce sont ces derniers qui l'ont convoqué. Le pouvoir a également ordonné, hier, l'interdiction en Égypte de la chaîne satellitaire al-Jazira, qui fait trembler certains gouvernements arabes par sa couverture des protestations. Human Rights Watch a dénoncé une « violation du droit à l'information ».

Correction des résultats des législatives
Le président de l'Assemblée, Fathi Sorour, a par ailleurs annoncé que les résultats des élections législatives de fin 2010 seraient bientôt « corrigés ». Les principales formations de l'opposition égyptienne, qui avaient boycotté le scrutin, réclament l'annulation pour fraude et violences de ces élections tenues en novembre/décembre derniers, qui ont vu le Parti national démocrate (PND) de Moubarak rafler plus de 80 % des sièges.
Malgré ces changements, la Coalition nationale pour le changement, groupement de plusieurs formations d'opposition, dont les Frères musulmans, a chargé M. el-Baradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de « négocier avec le pouvoir ».
Le pouvoir est également sous pression internationale, américaine notamment. Hier, Washington n'avait que le mot « transition » à la bouche. Le président Barack Obama, qui a évoqué la crise égyptienne avec les dirigeants turc, israélien, saoudien et britannique, a appelé à une « transition vers un gouvernement répondant aux aspirations » des Égyptiens. La secrétaire d'État Hillary Clinton a encouragé M. Moubarak à faciliter « une transition en bon ordre », tout en assurant qu'il n'était pas question de suspendre l'aide à l'Égypte, principal allié des États-Unis dans le monde arabe. L'Égypte est un des grands bénéficiaires de l'aide américaine, avec quelque 1,3 milliard de dollars d'aide militaire par an, et vendredi, la Maison-Blanche avait indiqué que les États-Unis pourraient revoir cette assistance en fonction de la réponse du régime aux manifestations. « Bien sûr que non », a néanmoins répondu Mme Clinton à une journaliste de la chaîne ABC qui lui demandait si les changements du personnel politique annoncés ce week-end par le président Moubarak étaient suffisants. « C'est à peine le début de ce qui doit se passer », a-t-elle dit, à savoir « un processus menant à des mesures concrètes pour aboutir aux réformes démocratiques et économiques », à travers l'instauration d'un « dialogue national ».
En appelant à une démocratisation en Égypte tout en continuant de soutenir le président Moubarak, les États-Unis perdent leur « crédibilité », a dénoncé sur CBS Mohammad el-Baradei. « La première chose qui calmera les choses sera le départ de Moubarak, et un départ avec une certaine dignité. Sinon, je crains que les choses ne deviennent sanglantes. Et vous (les États-Unis) devez faire cesser la mise sous perfusion au dictateur et soutenir le peuple », a-t-il encore ajouté.
Mais pour le chercheur Jon Alterman, « les États-Unis ne peuvent pas faire grand-chose ». Washington marche sur la corde raide « pour ne pas abandonner un allié de 30 ans, sans tourner le dos à la rue et aux exigences légitimes des manifestants », résume cet expert du Centre d'études stratégiques et internationales.
Sur le terrain, la situation restait chaotique : des milliers de détenus sont parvenus à s'échapper de plusieurs prisons (voir par ailleurs) ; livrés à eux-mêmes, en raison de la disparition des forces de police, face aux bandes de pilleurs qui sévissent massivement à travers Le Caire, les citoyens ont formé des comités de quartier pour se défendre ; de nombreux distributeurs de billets étaient vides, les banques et la Bourse, qui a enregistré de fortes baisses mercredi et jeudi avant le congé hebdomadaire, sont restées fermées.

L'Égypte est « au début d'une ère nouvelle ». Tel est le message que l'opposant Mohammad el-Baradei a lancé hier soir en arrivant sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, où des milliers de manifestants étaient rassemblés. « Je vous demande de patienter, le changement arrive », a ajouté le Prix Nobel de la paix en s'adressant par haut-parleur aux manifestants, affirmant : « Nous sommes sur la bonne voie (...) notre force est dans notre nombre. » Autour de lui, le peuple scandait : « Le peuple veut la chute du président. »Cernée par les chars, la place Tahrir, « place de la Libération », vit depuis mardi au rythme d'une contestation sans pareille depuis l'arrivée au pouvoir de Hosni Moubarak en 1981. Sur le sol, les manifestants ont peint ces mots en énorme : « Va-t-en, espèce de lâche, agent...
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