C'est un fait. Nous ne sommes ni en colère ni tristes. Juste pfffft. Ça fait des années, des décennies, des siècles qu'on se joue du peuple libanais. Et là, on se retrouve à la case départ. En se demandant, mais c'est où la case départ. C'était quand le début de ce merdier? À l'heure qu'il est, on ne ressent plus rien. Juste un vide. Pas constitutionnel (quoi que), ni gouvernemental (quoi que) et encore moins physique. L'absence quasi totale d'émotions et un goût terriblement amer dans la bouche. Ce truc âpre qui s'étend du fond de la gorge jusqu'à l'intérieur de l'estomac. Provoquant au passage une légère nausée. On n'a même pas envie de parler. Pas parce qu'on ne sait rien, mais surtout parce qu'il n'y a plus rien à dire. Pourtant on aimerait y croire. Y croire encore. Quel que soit le bord qu'on ait choisi... Mais bon, au stade où on en est, y a plus qu'à regarder. La caravane, le train et les moutons de Panurge. Enno, franchement c'est quoi ce bordel ? On est au XXIe siècle. Depuis 11 ans déjà. On est à l'ère des nouvelles technologies, du Web 2.0, du iPad, du iPhone, on se BBM, on chate, on se provoque à coups de status sur Facebook. La terre tourne, le monde avance et, chez nous, c'est reparti comme en 40. On avance à reculons. C'est bien la technologie quand on n'est même pas foutu de te donner une bonne connexion Internet. Parce que tu sais, il y a X qui veut ramener les fibres optiques, Y qui bosse avec les fournisseurs d'ADSL, Z qui veut sa part du gâteau. Eh oui, c'est ça le Liban. Pendant qu'une partie du peuple bosse, les dirigeants, eux, ne pensent qu'à leur poche.
Tous pour un et chacun pour soi. D'autres n'en foutent pas une et on décide pour eux. Tous pour un et chacun pour soi. Voilà, on est Stucked in the middle. Au milieu de nulle part. Avec, comme bruit de fond, une cacophonie insupportable et stérile, avec les mêmes qui s'égosillent, racontent n'importe quoi, font de la lèche et pondent des lieux communs aussi aberrants qu'un jour de l'an qui tombe un 1er janvier. Et pendant ce temps, on essaye de construire nos avenirs. Pendant ce temps, on nous arrête parce qu'on n'a pas de ceinture de sécurité, tandis que tout le monde prend des sens interdits. On te colle une contravention si t'as dépassé de 3 minutes la durée du parcmètre. Et chaque jour, on se demande pourquoi. Pourquoi les réverbères de la rue sont-ils éteints, pourquoi l'électricité se coupe sans cesse, pourquoi l'eau coule hors des caniveaux, pourquoi les poubelles sont ramassées à 15 heures, pourquoi l'avenue est bloquée à cause d'un énième chantier, pourquoi les lignes de cellulaires sont-elles aussi mauvaises ? Aucune réponse tangible. Et, comme d'habitude, on ne sait rien... Nos dirigeants s'en contrefoutent. Ils ont d'autres chats à fouetter. Les leurs. La notion de devoir moral envers son pays, de responsabilité civile ou de (re)construction, ça dépasse tout le monde. Par contre l'individualisme, ça, on connaît. Est-ce que c'est de la colère ? Plus à ce stade. Du dégoût. Évidemment. Du dépit aussi. Et un soupçon de résignation. Aslan, contre qui pourrait-on retourner nos griefs ? C'est la faute à qui ? À nous ? La société civile. On n'en sait fichtre plus rien. Là, au jour d'aujourd'hui, c'est le flou total. On ne sait plus si on doit être inquiet, perplexe, soulagé, terrifié ou confiant. On n'en sait rien.
Personnellement, je n'arrive même pas à écrire. Je n'ai ni envie de rire ni de pleurer. Ni de taquiner ni d'encenser quiconque. Comme on dit chez nous, ma élé jlédé. « J'ai pas la patience ». Pourtant, c'est exactement ce dont on a besoin en ce moment. De patience. De beaucoup de patience. Je vous laisse, je reprends ma partie de Angry Birds. Vous savez, ces gentils petits oiseaux qui vivent en paix et qui détestent que l'on s'approche de leurs œufs. Ces petits oiseaux en colère qui, tels des projectiles, s'en prennent aux cochons verts venus s'emparer de leurs œufs.
J'aimerais bien être un Angry Bird...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef