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Nos lecteurs ont la parole

Réactions à « Chrétienne de mon pays »

À la suite de la parution dans la page « Opinions » de notre édition du mardi 25 janvier d'un courrier intitulé « Chrétienne de mon pays », nous avons reçu de plusieurs lecteurs les réactions suivantes.

« Celui qui craint les eaux... »

Cher Capitaine,
C'est un article que j'ai lu sur le site de L'Orient-Le Jour. Comme chaque matin, et avant toute autre chose, aussi urgente soit-elle, je traverse en diagonale les actualités libanaises et lit attentivement la page « Opinions ».
L'article que j'aimerais commenter, intitulé « Chrétienne de mon pays », n'a pas manqué d'attirer mon attention. Je me suis vite sentie concernée. Étant chrétienne, et étant (malheureusement...) de son même pays.
Monsieur s'est senti appelé à conseiller les femmes. Comme s'il avait la moindre idée de ce que c'est qu'être une femme. Et a fortiori femme libanaise.
À la lecture de son article, je n'ai pu m'empêcher de plonger dans une confusion nouvelle, celle de ne savoir si je ressens l'envie de rire ou de pleurer. Et normalement, mes réactions sont très spontanées.
J'ai directement voulu enregistrer un commentaire réactif, passionné, violent... mais j'ai appris récemment que, pour être écoutée, il faut se contrôler. Alors j'ai choisi des mots gentils. J'aimerais vous faire part, Monsieur, des impressions d'une femme libanaise. Et chrétienne.
Vous dites que la famille doit être gouvernée par une seule tête. Et cette idée n'est pas complètement bête. Même les dictatures (« éclairées », comme disait l'un de mes professeurs en droit) ont prouvé qu'elles pouvaient bien fonctionner.
Vous dites que les femmes libanaises chrétiennes deviennent de plus en plus libérées (je n'ai pas tout à fait compris la nécessité de spécifier la religion, mais passons).
Vous dites qu'il faut qu'un seul capitaine soit à bord du navire (l'homme) et que la femme jouerait alors le rôle de « copilote » (j'avoue avoir trouvé ce passage « mignon » ).
Vous considérez que l'émancipation de la femme, son accès à un statut égal à celui de l'homme, son ambition, sa réussite sont les causes de l'échec de certains mariages (en nombre « grandissant », comme vous dites, bien que le terme « croissant » me semble plus élégant, cher Capitaine).
Et aussi, vous accusez cette vague de libéralisation comme étant la source première de la décadence des valeurs familiales et des conséquences négatives sur l'éducation des enfants.
Bref, je ne vais pas m'amuser à résumer votre article, détaillé, puisque ceux qui ne l'ont pas lu ont bien compris le message.
Permettez-moi, maintenant, de vous exposer mon avis sur le sujet.
Je suis jeune. Et je suis célibataire. Je ne peux prétendre savoir comme vous ce que c'est qu'une vie en couple et ce que requiert un mariage (êtes-vous marié ?), mais j'essayerai, du haut de mes 24 ans, de vous faire part de mon analyse.
Oser avancer que la femme doit être exclusivement mère et épouse, et abandonner son statut de femme tout court et de femme à carrière en second, serait assumer les points suivants :
- Le succès de l'homme (pour que celle-ci s'offre le luxe de ne pas contribuer aux besoins financiers du ménage) étant donné que vous avez complètement oublié que les conditions de vie libanaises et l'économie rendent nécessaires, souvent, les efforts cumulés des deux parents. Et encore.
- Le manque d'ambition de la femme (pour que cette dernière jouisse de sa oisiveté).
- La bêtise de l'homme (pour qu'il puisse s'entendre avec une femme s'abêtissant un peu plus tous les jours) avec toutes les conséquences qu'un couple bête ferait subir aux enfants.
Je pourrais allonger la liste sur des pages et des pages. Mais je m'empresse d'aboutir à ma conclusion.
Je pourrais vous parler de ma mère, femme à la carrière réussie, au ménage sans faille et aux quatre enfants ne souffrant ni de manque d'affection ni de complexes.
Je pourrais vous parler de ma directrice au bureau, femme splendide qui accroche les photos de son mari partout et qui revient à temps pour récupérer sa fille à la sortie d'école, pour cuisiner à sa petite et à son mari, et passer la soirée en famille. Cette femme, qui aura quelque chose à raconter à son mari en rentrant, et qui ne se limitera pas aux histoires futiles et sans intérêt des voisins et des voisines. Cette femme qui constitue un exemple à suivre pour sa fille de huit ans. Qui lui inculque, sans le dire mais en le vivant, l'image d'un modèle de femme accomplie.
Je pourrais vous parler de la mère d'un ami. Une femme que j'admire et que je respecte. Une femme aux valeurs irréprochables et à la foi inébranlable qui a élevé deux enfants (aujourd'hui adultes) qui réussissent dans la vie. Qui ne manquent ni d'amour, ni d'attention, ni de support financier, ni de support moral, ni de support affectif. Ces enfants qui ont brillé dans leurs études et qui se font remarquer aussi dans la vie active. Je peux vous dire, et je veux vous l'assurer, que leur mère n'a manqué à aucune obligation de son foyer et qu'elle est aujourd'hui à la tête d'un tribunal libanais.
Oui, ces femmes me font rêver.
Les enfants me font rêver aussi.
Et un mariage réussi.
Mais que dire d'un article écrit par un homme qui se permet de donner des conseils à la femme.
Il n'y a pas de recette pour réussir une famille réussie.
En fin de compte, la femme peut travailler ou pas, l'homme peut rester au foyer aussi, pourquoi pas ?
Une seule tête, je veux bien. Mais qu'elle soit au moins... bien faite !
S'il vous plaît, ne parlez pas des femmes libanaises, chrétiennes, libérées. Parlez des femmes tout court.
Ou, mieux encore, n'en parlez pas.
Excusez mon arrogance. Ça doit être mon âge. Mais Capitaine, vous qui semblez connaître les eaux et vouloir y naviguer seul, j'aimerais finir par un vers d'un poème qui m'inspire :
« Celui qui craint les eaux, qu'il demeure aux rivages. » - (Marbeuf)
Salut marin.

 

Karen AYAT

Ne seriez-vous pas l'élément bancal de la société ?

Monsieur, ou dois-je plutôt dire Ô Maître,
Je ne sais pas qui vous êtes, mais je suis ravie de n'être ni votre femme et encore moins votre fille.
C'est à cause d'hommes comme vous que j'ai quitté le Liban et si vous pensez que seul l'homme à la tête d'une famille peut mener celle-ci à bien, alors là je comprends bien pourquoi le Liban tombe dans un abîme accablant.
Déjà de parler de « femmes chrétiennes » et non de « femmes » tout court prouve une exiguïté d'esprit.
Ensuite penser que la libération de la femme n'est que néfaste pour votre société est on ne peut plus rétrograde et dangereux... Retournez la question et demandez-vous pourquoi vous ne seriez pas l'élément bancal de la société.
Votre démagogie à deux balles est pathétique et c'est ainsi que s'offrent à vous deux solutions :
- allez vivre en Arabie saoudite. Vous y trouverez votre bonheur et la société idéale ;
- prenez-vous une femme docile qui ne fera que répondre à vos attentes de grande âme.

Youmna CHAMI

La famille idéale, cela n'existe pas

Monsieur,
Vous abordez la famille comme un marché, comme une bourse. Comme s'il s'agit d'un gouvernement où chacun doit élire celui qui dirige, qui impose, qui frappe, qui décide, qui torture, bref, qui peut se permettre tout au nom de l'ordre et des valeurs d'un pays. Au nom de ce type de famille, des enfants sont maltraités, des femmes privées des droits. Face à ce type de famille, la société ferme les yeux contre les injustices.
Je doute fort que ce type de famille peut donner lieu au développement d'une société saine.
Savez-vous qu'il n'existe pas de modèle idéal pour construire une famille et réussir sa vie ?
Dans un mariage, la femme et l'homme assument des responsabilités ensemble. L'éducation des enfants réside dans l'autorité parentale des deux parents : la mère et le père. L'exercice de cette autorité continue même en cas de divorce.
Souvent, c'est la mère qui passe plus de temps avec les enfants. Elle assume la responsabilité de surveiller, éduquer et transmettre le patrimoine culturel et intellectuel à ses enfants.
Le père, souvent absent, il est l'image pour le développement d'un enfant. Chaque enfant rêve d'acquérir la force et la puissance de son père.
En conclusion, pour réussir sa vie de femme, sa vie d'homme, sa famille... tout cela relève du domaine de la vie privée de chacun. Une sphère bien particulière dont personne ne doit donner des leçons ou des lignes de conduite à suivre. Un espace où les femmes, les hommes doivent se sentir libres et égaux. Et ce, dans l'épanouissement personnel, dans les yeux de l'autre, dans la dignité, le bonheur et le bien-être. Cette liberté confère alors un attribut important dans la vie de chacun - celui de pouvoir prendre les bonnes décisions en son âme et conscience.
C'est dire alors, qu'il n'existe pas de modèle idéal pour être libre et construire une famille.
Si, « à l'état de nature, l'homme est un loup pour l'homme, à l'état social, l'homme est un dieu pour l'homme ».
Lire Hobbes Le Léviathan, De Cive.

Anonyme

« Celui qui craint les eaux... » Cher Capitaine,C'est un article que j'ai lu sur le site de L'Orient-Le Jour. Comme chaque matin, et avant toute autre chose, aussi urgente soit-elle, je traverse en diagonale les actualités libanaises et lit attentivement la page « Opinions ».L'article que j'aimerais commenter, intitulé « Chrétienne de mon pays », n'a pas manqué d'attirer mon attention. Je me suis vite sentie concernée. Étant chrétienne, et étant (malheureusement...) de son même pays.Monsieur s'est senti appelé à conseiller les femmes. Comme s'il avait la moindre idée de ce que c'est qu'être une femme. Et a fortiori femme libanaise.À la lecture de son article, je n'ai pu m'empêcher de plonger dans une confusion nouvelle, celle de ne savoir si je ressens l'envie de rire ou de pleurer. Et normalement, mes...
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