Et c'est là qu'une remarque au passage doit être faite.
La révolution du Cèdre est morte, enterrée avec ceux d'ailleurs qui en ont été les initiateurs. Les précurseurs et les fins stratèges.
Ceux-là même qui ont été tués pour qu'à son tour, et cinq ans plus tard, la révolution du Cèdre devienne une proie plus que facile.
Il aurait certes fallu redresser la barre lorsqu'il était encore possible de conserver la main.
Mais les concessions des uns et les considérations bassement matérielles des autres ont fait que voilà, à l'heure où se produit le grand bouleversement tant redouté, les citoyens n'ont eu ni l'envie ni le courage de se rendre en masse, unis et solidaires, place de l'Étoile.
Alors que.
C'est Beyrouth qui a semé le vent du changement dans le monde arabe.
C'est grâce à Beyrouth et au printemps des Cèdres que les Tunisiens sont, en ce moment même, en train de crier leur colère à Sfax, deuxième ville de Tunisie, contre un gouvernement qu'ils estiment encore trop imprégné des caciques du régime Ben Ali.
C'est grâce à Beyrouth et au printemps des Cèdres qu'au Caire et à Suez, des milliers d'Égyptiens ont osé écrire sur leurs banderoles « Moubarak dégage ».
Le Liban précurseur, moderne, plural et respectueux des différences, c'est de ce Liban qu'il s'agit aujourd'hui.
C'est cette diversité gaie et on ne peut plus sérieuse, frivole mais mélancolique, qui est aujourd'hui menacée.
Mais le temps des oppresseurs, et il y en a tellement dans le monde arabe, a touché à sa fin. N'en déplaise à ceux qui estiment que le timing leur est aujourd'hui favorable ; à ceux qui se frottent les mains uniquement parce qu'ils voient, dans la débâcle - temporaire - du 14 Mars et de tout ce qu'il représente, une simple occasion de devenir, enfin, après une si longue attente, et dans des circonstances si peu gratifiantes, calife à la place du calife.

