Le virage est spectaculaire : début janvier, M. Mutharika avait appelé « Gbagbo à céder le pouvoir à Ouattara pour (...) éviter un bain de sang ». Rien à voir non plus avec le médiateur de l'UA, le Premier ministre kényan Raila Odinga, après l'échec de sa dernière mission le 19 janvier, qui parlait de « monsieur Laurent Gbagbo » et du « président élu Ouattara », dont l'élection a été avalisée par l'UA dès le 4 décembre, comme par la quasi-totalité de la communauté internationale. M. Odinga avait même suggéré l'emploi de la manière forte si Laurent Gbagbo s'entêtait.
Depuis, l'idée d'un recomptage des voix, proposée par M. Gbagbo et refusée par son rival, fait son chemin dans l'esprit de certains dirigeants africains, de plus en plus rétifs à l'option militaire brandie par l'Afrique de l'Ouest - surtout le Nigeria - pour déloger M. Gbagbo.
Parallèlement, les forces de sécurité fidèles au président ivoirien sortant Laurent Gbagbo mènent « une campagne de violence organisée » contre les partisans de son rival Alassane Ouattara, accuse l'organisation Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié hier. Les forces pro-Gbagbo « font régner la terreur » à Abidjan parmi leurs « opposants réels ou supposés », affirme l'ONG, qui évoque aussi des violences visant « les groupes ethniques du nord du pays, les musulmans et les immigrés des pays ouest-africains voisins ».
Enfin à Paris, le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Axel Poniatowski, a estimé hier que l'idée d'une partition de la Côte d'Ivoire doit être envisagée pour éviter un bain de sang. « C'est une solution qu'on ne peut éluder », a déclaré M. Poniatowski à Reuters. Une partition, à l'image de ce qu'a fait le Soudan, pourrait faire tache d'huile en Afrique, ce que craignent nombre de dirigeants.


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