Les patients du siècle des Lumières décrivaient leur cancer comme « les racines d'un arbre », un « crabe », une « araignée » dont les pattes s'étendent petit à petit sur leur peau, ont rappelé des experts. À cette époque-là, les cancers étaient pour les médecins de simples dysfonctionnements de la circulation des liquides organiques (sang, lymphe...), au même titre que les abcès, les phlegmons, l'anévrisme, a rappelé Jean-Yves Bousigue, de l'Université de Toulouse 3. Ces « liqueurs », pour les spécialistes de l'époque, adhéraient à la peau et durcissaient.
Les principaux traitements consistaient alors en l'utilisation d'un scalpel ou d'un cautère, une tige métallique chauffée pour brûler la tache, ou encore d'un produit chimique pour la ronger.
Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que « l'on commence à disséquer partout » et que l'on découvre que le cancer est une affection à part, a noté M. Bousigue.
Les médecins ont cependant continué à opérer jusqu'au début du XXe siècle avec un bistouri.
Puis est arrivée la radiothérapie avec la découverte du radium, qui a permis de brûler les tumeurs. La découverte de l'ADN dans les années 1950 a enfin permis de viser le gène des cellules malades, avec l'apparition de médicaments spécifiques.
Mais, désormais, le cancer prend « une dimension nouvelle, avec une prise de conscience collective, sociale, politique » et « une grande quantité d'aspects de la maladie échappe au médecin (psychologie, épidémiologie...) », a affirmé l'historien Didier Foucault, de l'Université de Toulouse-Le Mirail et du CNRS.
Pour le directeur général de l'Institut Claudius Regaud, Jean-Pierre Armand, le malade du XXIe siècle « prend déjà souvent en main sa maladie, est en pleine responsabilité » en s'informant, notamment sur Internet. « Le lien malade-médecin est radicalement différent, ce sont les malades qui nous bousculent », en demandant par exemple quelles seront les conséquences de tel ou tel médicament, a-t-il raconté.
Mais pour Christophe Cazaux, du Centre de recherches en cancérologie de Toulouse (Inserm, CNRS), « il faut désormais aussi intégrer le grand public au combat contre le cancer », en l'informant sur la maladie, sa prévention (alimentation...), les traitements, etc.

