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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Khat 3askaré

Il y a quelque chose de particulièrement intéressant au pays du Cèdre. Enfin, quelque chose parmi tant d'autres. Ce petit quelque chose est un des plus importants trademarks de notre cher et tendre pays. Si, ailleurs, on use des pots-de-vin et autres pistons avec autant de facilité qu'un verre de terre se glisse dans une pomme, eh bien nous, on a cette variante dont on ne peut pas se passer : la « wasta ». Oh, vous allez me dire que c'est la version libanaise du piston, que partout dans le monde, les gens ont des avantages. Évidemment. Partout. Sauf que personne, mais alors personne n'a ce privilège unique et exquis de sentir qu'il est « quelqu'un ». Au Liban, on est tous superimportants. Des V.V.I.P. en puissance. Les V.I.P. de la planète entière peuvent aller se recoucher, ici, on est Very Very Important. Tellement qu'il y a des sections pour eux. Vous savez, ces tables plus chères, mieux placées, mieux servies, plus bling bling, quoi. Parce que pour voir David Guetta (y a rien à voir pourtant), il faut être dans la zone V.V.I.P. Sauf que le problème, c'est que tout le monde fait partie de la même caste. Tout le monde est au balcon. Résultat des courses, retour à la case départ.
Same same but different? Pas vraiment. Et ça vaut pour tout. Private sales ? Tout le monde est private au Liban. Prévenu par SMS que des soldes privées ont lieu ? Aywa ! Inutile de crier victoire. 59 999 personnes ont également été averties. Si on se pousse donc au portillon des premiers jours de soldes, c'est parce que finalement, le tout-Beyrouth est là. Eh oui, ce sont les gens les plus aisés qui attendent impatiemment les discounts. On se demande après pourquoi ils sont riches... Ce qui compte donc, c'est d'être reconnu. Valorisé par un sentiment d'exception. La notoriété, au Liban, se mesure selon l'accueil fait par le bouncer/voiturier/vendeur/coiffeur/restaurateur. C'est qu'on est connu ici. Un habitué. De ce fait, un privilégié. « Ahla ahla bé sitt Noha ». Et un point ! Un point sur l'échelle de la reconnaissance sociale. Un point en plus pour épater la galerie, les copines et toutes les langues de pute de la ville. Si sitt Noha est ainsi accueillie, c'est sûrement parce que la dame est une habituée de haut calibre... Mais que surtout, la belle a graissé la patte de tout ce que le restaurant peut compter comme personnel, du planton au propriétaire. Ça coûte cher la popularité. Ça coûte un Jéroboam ou un Salmanazar de champagne avec feux d'artifice. Waw, le mec va débourser deux mois de salaire pour en mettre plein la tronche à ses copains de table. Leur faire comprendre que « lui, il en a ». Après, comment il va se saigner pour payer la facture, qui à ce stade-là n'est plus salée mais sacrément corsée, on s'en contrefout. Ça coûte des pourboires, des cadeaux. N'importe quoi, tant qu'on aligne. Le principal, c'est ce petit quart d'heure de célébrité. Comme disait Andy Warhol. Pas besoin de se dandiner à la télé, d'exposer sa face sur des affiches ou faire un disque pour qu'au Liban, on devienne quelqu'un d'important. On nous fait croire en permanence que nous le sommes.
Les commerçants l'ont bien compris. Ils majorent leurs prix et ont soudain la générosité de te faire un escompte, un petit geste, « rien qu'à toi ». Toi, notre client préféré, toi qui es si spécial. Toi qui emprunte le khat 3askaré, qui ferme les routes, fait retentir les sirènes, et qui finalement dégage les voies normales. Y a tellement de ploucs qui prennent cette espèce de « corridor » que ça en devient risible. Comme à l'aéroport où tout le monde se jette sur le guichet First/Business/Cedars Lounge. L'intérêt ? Briller. Grâce à l'or et à l'argent surtout, et croire qu'on est au-dessus de la mêlée. Un intouchable. Un mieux que tout le monde. Un centre du monde. Une sorte de demi-dieu qu'on admire dans les pages mondaines des magazines qu'on feuillette chez le coiffeur, pendant les deux heures de pose de la teinture pour cheveux blancs. Un nom qui forge le respect... And so what ? Ça ne sert pas à grand-chose tout ça. Un bien joli mirage. L'illusion d'être un V.V.V.V.V.V.I.P. Chouette (sic). Après, y aura pas de passe-droit. On sera tous dans le même panier. Alors autant s'y habituer dès maintenant.
Il y a quelque chose de particulièrement intéressant au pays du Cèdre. Enfin, quelque chose parmi tant d'autres. Ce petit quelque chose est un des plus importants trademarks de notre cher et tendre pays. Si, ailleurs, on use des pots-de-vin et autres pistons avec autant de facilité qu'un verre de terre se glisse dans une pomme, eh bien nous, on a cette variante dont on ne peut pas se passer : la « wasta ». Oh, vous allez me dire que c'est la version libanaise du piston, que partout dans le monde, les gens ont des avantages. Évidemment. Partout. Sauf que personne, mais alors personne n'a ce privilège unique et exquis de sentir qu'il est « quelqu'un ». Au Liban, on est tous superimportants. Des V.V.I.P. en puissance. Les V.I.P. de la planète entière peuvent aller se recoucher, ici, on est Very Very Important. Tellement...
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