Photo psychotherapeute.files.wordpress.com
Impression de s'enliser ou de crouler, démotivation, sentiment d'échec, insomnies, syndrome prémenstruel chez la femme, surconsommation de caféine, de tabac, d'alcool, de médicaments ou même de drogue, isolement... Autant de manifestations souvent liées à un même mal : le stress au travail.
Décrit pour la première fois par Hans Selye, endocrinologue canadien, dans les années 1940, ce syndrome est défini selon le modèle classique de stimulus-réponse, comme étant les difficultés d'adaptation d'un sujet face à une situation déterminée. Plus de six décennies plus tard, « ce modèle simpliste et linéaire » ne peut plus être appliqué. « Dans l'état actuel des choses, on parle plutôt d'un modèle transactionnel qui implique l'environnement de l'individu », explique Chantal Mansour, docteur en psychologie, psychologue clinicienne, psychothérapeute, maître de conférences au département de psychologie à la faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Saint-Joseph. « Actuellement, le stress est défini comme étant le syndrome d'adaptation de l'individu à plusieurs situations, ce dernier développant à cet effet des stratégies propres à lui ou des moyens de "coping" », ajoute-t-elle.
D'emblée, il faut être conscient du fait que « tout syndrome physique ou tout épuisement n'est pas nécessairement dû au stress », insiste Chantal Mansour. « Il ne faudrait pas vulgariser le terme, comme c'est le cas avec la dépression, où toute fatigue y est associée, poursuit-elle. Il faudrait donner sa valeur à cette définition, parce que dans son aboutissement extrême, le stress peut mener au "Burn-out Syndrom", ou syndrome d'épuisement professionnel, qui est une pathologie plus grave et qui pourrait mener dans certains cas au suicide. »
Comment se manifeste donc le stress ? « Sur le plan physique, les signes cliniques peuvent se recouper avec les symptômes d'anxiété ou de dépression, sans pour autant que le tableau clinique ne soit complet, répond Chantal Mansour. Nous pouvons retrouver ainsi des signes de somatisation, comme les céphalées, les nausées, les douleurs physiques, et parfois une exacerbation du syndrome prémenstruel chez la femme. Sur le plan moral ou mental, l'individu stressé a des ruminations anxieuses, une difficulté à se lever le matin pour aller au boulot, une insomnie... Il se sent démotivé, manifeste une perte d'intérêt pour le travail, s'isole, etc. Bref, un tableau clinique qui ressemble à celui de la dépression, d'où la difficulté du diagnostic, notamment chez une personne qui est à la base déprimée ou anxieuse, puisque le stress au travail peut en fait recouper un tableau clinique préexistant. »
Pour confirmer le diagnostic, il s'agit donc lors d'une consultation d'« éliminer tous les facteurs de dépression ou d'angoisse, avant d'établir un stress professionnel et d'en déterminer les causes, constate Chantal Mansour. La ponctualité du traitement (consultation thérapeutique) et ses résultats rapides après la disparition des causes peuvent aider à différencier l'état de stress d'un autre syndrome anxieux ou dépressif ».
Une fois le diagnostic établi, commence alors une exploration de l'organisation du travail au sein de l'entreprise et la place qu'elle accorde à l'individu, ainsi que la gestion humaine du travail au sein de la société et les relations interpersonnelles entre collègues et supérieurs. « C'est ce qu'on appelle le stress management », précise Chantal Mansour. Et d'ajouter : « L'environnement du sujet est alors remis en question, mais aussi les habiletés du sujet à s'affirmer dans cet environnement. Le stress dans les entreprises implique une bonne affirmation de soi au travail pour une revendication des droits. Si de tels habiletés manquent chez l'employé, le stress augmente et l'employeur ne serait que partiellement responsable. »
Gérer la situation
Les causes du stress peuvent ainsi être divisées en trois catégories, explique pour sa part Laudine Fahed, psychologue-consultante. Il s'agit de facteurs liés à la tâche en soi, comme la surcharge ou la sous-charge de travail, les conséquences des erreurs possibles, la mauvaise définition du poste, la surqualification ou la sous-qualification pour un poste proposé, les directives contradictoires ou encore l'imprévisibilité dans l'activité. À cela s'ajoutent des facteurs liés à la société ou à l'entreprise, comme l'instabilité organisationnelle, l'impossibilité de progresser surtout au sein des sociétés et des entreprises familiales où l'individu n'a pas souvent sa place, une situation financière pénible... D'autres facteurs concernent les relations avec les collègues et les supérieurs.
Comment gérer le stress ?
Laudine Fahed estime que le travail doit se faire à un double niveau. Il faudrait d'une part « prendre en compte l'ensemble des paramètres caractérisant la situation socioéconomique de l'entreprise, ainsi que les conditions de travail au quotidien, et essayer de les améliorer ». D'autre part, il s'agit d'aider l'individu en question à « développer de véritables compétences comportementales, psychologiques ou émotionnelles pour gérer la situation ». « Il existe de nombreuses méthodes qui peuvent être appliquées dans ce cadre, note Laudine Fahed. D'abord, il faudrait apprendre à l'individu à gérer son temps. Par la suite, on travaille sur les émotions. On peut ainsi apprendre à l'individu des techniques de relaxation dont certaines ne nécessitent que quelques minutes par jour et qui peuvent l'aider à redémarrer. Dans certains cas, des thérapies cognitives plus longues sont nécessaires. Par ailleurs, une activité physique régulière est d'une grande aide. »
Parfois, il suffit de bien alterner ses moments de travail et de plaisir pour pouvoir gérer sa journée. De plus, il faut savoir couper court à tout ce qui peut causer du stress, comme le cellulaire, le mail... « Mais il faut toujours être conscient du fait qu'il n'existe aucune situation dans le travail qui est plus importante que l'individu », insiste encore Chantal Mansour.
Toutefois, loin de revêtir un aspect toujours négatif, le stress peut avoir des retombées positives sur le sujet, puisqu'il constitue parfois une motivation pour aller de l'avant, ou encore une issue pour changer de parcours professionnel, à titre d'exemple.

