« Les Trois Grâces » de Lucas Cranach.
Cette œuvre sonne également comme une renaissance pour l'artiste, née en 1953 à Washington, qui n'avait plus produit depuis plusieurs années.
Baptisé Scopophilia, le diaporama est présenté en accès libre dans le cadre de la programmation « Les visages et les corps » conçue par l'homme de théâtre Patrice Chéreau pour le musée. Ce montage entremêle des œuvres du Louvre et des photographies de proches de Nan Goldin, dans une sorte de fusion sensuelle où le désir explose.
« La première fois que je me suis retrouvée totalement seule au Louvre, un jour de fermeture du musée, j'ai eu une très forte réaction qui m'a surprise dans ma solitude au milieu du silence ambiant : j'ai senti soudain mes sens se réveiller », raconte en anglais Nan Goldin au début du diaporama.
«La peinture a provoqué chez moi une sensation puissante qui m'a été décrite comme de la scopophilie, consistant à ressentir un désir intense, éprouvé et assouvi par le biais du regard », explique-t-elle.
« Il ne s'agit pas de voyeurisme, qui suppose de se cacher », tient à préciser Nan Goldin, qui a développé depuis les années 1970 une œuvre à la fois crue et pleine d'humanité en photographiant notamment l'underground new-yorkais ainsi que ses proches.
En déambulant dans le musée, Nan Goldin a cherché dans les peintures et les sculptures du Louvre des ressemblances avec certaines photos de ses amis ou de sa famille, comme son neveu.
Pendant des mois, Nan Goldin a déplacé sa petite échelle dans les salles afin de photographier à hauteur des yeux les personnages qui attiraient son regard.
«J'aimerais passer le reste de ma vie ici. Ce sont mes amis. Particulièrement les statues et certaines peintures», déclare-t-elle. «Lorsque mon travail était en cours, je rêvais de me faire enfermer la nuit dans le musée, mais les gardiens font bien leur travail », ajoute-t-elle en riant. « Le Louvre est devenu ma seconde maison », dit-elle.
Attirée depuis longtemps par la peinture, Nan Goldin est tombée sous le charme de la sculpture, art qui ne lui parlait pas particulièrement auparavant. « Sous les Romains, on croyait que les statues pouvaient se marier entre elles et avec des humains. Il est temps de revenir à cela », selon elle. Comme on lui demande quel époux de marbre elle choisirait, elle répond : « L'Hermaphrodite ou Cupidon. »
Commandé par le musée, le diaporama, dont la bande son a été réalisée par Alain Mahé, dure 25 minutes.
« Pour moi, c'est une exposition particulièrement importante », explique Nan Goldin. «Pendant plusieurs années, j'avais arrêté de prendre des photographies. Cette commande du Louvre m'a remise au travail d'une façon très profonde », confie-t-elle.
L'artiste relève la qualité du «soutien» et de «l'écoute» de Marie-Laure Bernadac, conservatrice générale en charge de l'art contemporain au Louvre et commissaire de «Scopophilia ».
(«Scopophilia. The Love of Looking » de Nan Goldin jusqu'au 31 janvier dans la salle audiovisuelle sous la pyramide du Louvre).


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