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Liban - Parcours

Imad Abou Rizk, un petit Coin Art devenu une ruche recherchée

Père peintre, enfance à Mar Mikhaël entre jardin et atelier... Le quartier en passe de devenir le repaire bobo prédestinait-il Imad Abou Rizk, Birkenstock, tee-shirt Save the Planet et cheveux en bataille, à devenir encadreur professionnel ?

L’encadreur Imad Abou Rizk.

Un événement marquant dans le jeune âge présage-t-il du futur ? Imad a dix-huit ans lorsque son père décide de participer à une exposition ; il doit pour cela faire encadrer ses toiles. Cela lui coûterait son salaire mensuel de professeur; il renonce à exposer. Son fils, touché, propose de lui faire les cadres lui-même. Vingt-cinq ans plus tard, l'adolescent, qui s'était employé a démonter le cadre d'une toile pour voir comment c'était fait, pour faire pareil et aider son père, est à la tête d'une petite entreprise d'encadrement qui sert le who's who des peintres, des galeries, des hôtels, des restaurants et de tous ceux qui voudraient encadrer quelque chose qui se donne à voir.
En 1986, Élias Abou Rizk peut donc participer à l'exposition grâce à la dextérité et à la farouche volonté de son fils.
Un autre peintre de renom, Jamal Maalouf, qui participe à l'expo, demande au père qui lui a fait ses cadres. « Mon fiston », lui répond-il. Maalouf demande au dit fiston s'il veut bien lui encadrer ses toiles à lui pour une expo - il en a soixante-treize - moyennant 1 000 LL par cadre. À cette époque, le salaire mensuel minimum était de 7 000 LL, se rappelle Imad Abou Rizk. Le calcul est vite fait. La perspective future du salariat est évacuée illico : il lui faudrait au moins trois mois de travail pour gagner autant... La table de la salle à manger familiale est alors prise d'assaut pour l'opération. Quatre ans durant par la suite, elle servira d'atelier. Imad, inscrit en architecture d'intérieur à l'USEK, change de faculté. Il s'inscrit aux beaux-arts, histoire de développer une sensibilité artistique ; mais il passe ses journées à courir les galeristes auxquels il propose ses services et à encadrer, avec un ancien camarade de classe qu'il a sollicité et qui restera avec lui pendant dix ans.
Odile Mazloum, Janine Rubeiz et Saleh Barakat sont ses premiers clients. Pour accueillir chez lui cette aimable clientèle, il prend au coin de la rue, à vingt mètres de l'appartement familial, un petit espace 3x3 mètres qu'il baptisera Coin Art. Toujours là, pour le symbole. Les peintres s'y succèdent.
En 1993, l'enseigne déménage dans le dépôt en rez-de-chaussée, en bas de l'appartement familial : 250 mètres carrés, 5 mètres de hauteur sous plafond, un espace ouvert, accueil et atelier tout à la fois, où déambulent sans s'annoncer les clients, qui deviennent avec le temps des potes. À force d'y retourner pour une toile, un miroir, une litho, une photo, un rien; pour un peu d'art... vu qu' « il suffit de mettre n'importe quoi dans un cadre vide et ça devient de l'art », comme aime à dire Imad, reprenant une de ses clientes citant un artiste philosophe.
Un espace qui bruit de vie. L'on y croise en une heure un jeune couple venu récupérer deux lithos, qui fait un brin de causette avec Imad ; Mme Begdache de la galerie Janine Rubeiz à qui il fait la bise, venue pour les deux expos qu'elle mène de front, l'une dans sa galerie à Raouché, l'autre au Beirut Exhibition Center; Sarah Beydoun de Sarah's Bags venue avec sa mère choisir des cadres pour deux grandes toiles décoratives sur tissu ; un autre jeune couple, encore plus jeune que le premier, venu choisir les cadres pour deux immenses toiles d'une peintre libanaise. Imad est à l'écoute, il les aide à faire leur choix. L'intuitu personae est très fort dans cette affaire. Le maître des lieux, discret, interromprait tout, y compris notre entretien, pour accueillir les clients. À sa bonne bouille à lui est venu se greffer, depuis quatre ans, l'élément féminin en la personne de sa femme Rita, qui reçoit elle aussi les clients. Photographe de formation, elle a développé une nouvelle activité : la reproduction photo. C'est une des lignes de métier dans laquelle Imad a choisi de se diversifier, tout comme la restauration d'œuvres, prise en charge par sa sœur. L'artisan s'est entouré des membres de sa famille : sa mère, aux biseaux, est aussi de la partie ; de même que son oncle, anciennement employé de banque. Et tout ce petit monde, une douzaine, contribue à cette entreprise devenue la première sur son créneau, avec un chiffre d'affaires de 400 000 dollars environ par an, résistant à la crise de surcroît, vu la nature de la clientèle : Coin Art s'est concentré sur le haut de gamme.
Si ses prix sont plus élevés que ceux de ses confrères, c'est qu'il se fournit exclusivement en Italie pendant que la plupart se fournissent en Chine, d'après Abou Rizk. L'artisan artiste ne lésine pas sur la qualité : il a investi pour la coupe dans une machine achetée en France, qu'il serait le seul à avoir au Liban. Il a également investi en rachetant l'année dernière l'espace de son activité et de son souffle depuis 1993. Si cet « open space » abrite différentes activités, notamment la vente de toiles - qui peuvent être commandées sur catalogue ; elles sont peintes en Chine -, il ne peut plus contenir le rêve de Imad : celui d'un grand espace qui regrouperait atelier d'encadrement, salle d'exposition et café/restaurant, où les clients viendraient prendre un noir, le temps de repartir avec la toile encadrée et une petite note de poésie.
Un événement marquant dans le jeune âge présage-t-il du futur ? Imad a dix-huit ans lorsque son père décide de participer à une exposition ; il doit pour cela faire encadrer ses toiles. Cela lui coûterait son salaire mensuel de professeur; il renonce à exposer. Son fils, touché, propose de lui faire les cadres lui-même. Vingt-cinq ans plus tard, l'adolescent, qui s'était employé a démonter le cadre d'une toile pour voir comment c'était fait, pour faire pareil et aider son père, est à la tête d'une petite entreprise d'encadrement qui sert le who's who des peintres, des galeries, des hôtels, des restaurants et de tous ceux qui voudraient encadrer quelque chose qui se donne à voir. En 1986, Élias Abou Rizk peut donc participer à l'exposition grâce à la dextérité et à la farouche volonté de son fils. Un autre...
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