C'est que Tiken a la méchante manie de la ramener en mode skank. Entre deux agitations de dreadlocks, l'homme revendique le « droit à la soupe » pour ses compatriotes et frères africains et affirme en capitales sur les pochettes de ses CD, qu'« y'en a marre », que « Le pays va mal » pour finir sur cette exhortation : « Quitte le pouvoir ».
Extrait :
« Quitte le pouvoir
Quitte le pouvoir
Je te dis quitte le pouvoir
Ça fait trop longtemps que tu nous fais perdre le temps
Depuis quarante ans tu refuses de foutre le camp
Tu pourrais avoir des emmerdes si tu nous laisses dans la merde
Oh la la, oh la la !
Je t'avais prévenu que tu as été mal élu
Mais tu t'es accroché, aujourd'hui tout est gâché
Tu pourrais avoir des ennuis si les choses restent ainsi
Oh la la ! Oh la la ! »
Forcément, dans certains palais, ça énerve.
« Quitte le pouvoir », un refrain à qui l'on pourrait sans risque prédire une belle carrière en forme d'hymne d'Abidjan à Tunis via Harare etc, en passant lentement, tranquillement et sûrement sur la majeure partie du Moyen-Orient, avec rebond sur la Corée du Nord, petite halte du côté de Rangoon, et atterrissage en force dans les plaines des républiques en « stan » (Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan). La liste n'étant pas exhaustive.
Avec une mention spéciale pour Tunis. Une mention spéciale pour ces Tunisiens à bout qui, à coup de cailloux et face aux balles, ont fait tomber un homme de la chaise qu'il occupait depuis 23 ans. Un homme qui s'était fendu de belles promesses, avait mené la Tunisie vers une prospérité somme toute relative, tout en succombant aux sirènes de l'autoritarisme et à l'ivresse du pouvoir. Et ce, sous l'oeil passablement complaisant de la communauté internationale...
Une mention spéciale pour ces Tunisiens, le jour même où à quelques milliers de kilomètres de Tunis, au Kazakhstan, pays dirigé depuis l'époque soviétique par Noursoultan Nazarbaïev - 70 tristes printemps -, le Parlement votait la tenue d'un référendum devant permettre de prolonger le mandat du cher autocrate jusqu'en 2020. Ce qui permettrait de zapper les présidentielles de 2012 et 2017. Et ce, sous l'œil passablement complaisant de la communauté internationale...
Le monde étant ce qu'il est, pendant que certains chantent « Quitte le pouvoir », d'autres s'inquiètent du vide de pouvoir.
Dans la catégorie « histoire », le tenant du titre est l'Irak, avec 289 jours sans gouvernement. Les Pays-Bas s'en sortent avec une mention honorable pour avoir tenu, en 1977, 208 jours sans cabinet. Dans la catégorie « crise en cours », la Belgique est à l'honneur avec 216 jours ce matin. Et le Liban, nouveau venu qui affiche trois jours sans gouvernement mais se présente en sérieux challenger pour Bruxelles, étant donné l'expérience du pays du Cèdre en matière de vide politique.
En Belgique, le compteur de la crise continue toutefois de tourner. Et les Belges, depuis que le cap des 200 jours est passé, commencent à dire leur ras-le-bol. Un ras-de-bol exprimé à la belge. Sur le mode cynique, un caricaturiste se met en scène pointant un revolver vers un chaton. Avec cette légende : « Si vous ne formez pas un gouvernement, je le tue. »
Sur le mode pileux, l'acteur Benoît Poelvoorde, affichant une barbe de quelques jours, appelle les Belges à cesser de se raser jusqu'à ce qu'un cabinet soit formé. Étant donné la profondeur du bourbier, le royaume de Belgique devrait bientôt être peuplé de barbus.
Et si cet appel au poil était relayé au Liban? Il aurait assurément un effet intéressant sur le visage de la géopolitique locale...

