Basée sur des principes interdisant le recours à l'intérêt (riba), ou encore à la spéculation (gharar) - considérée comme l'une des raisons principales à l'éclatement de la bulle financière en 2008 - la finance islamique est perçue par ses défenseurs comme étant une finance plus éthique, en tout cas plus stable. « Mais il ne s'agit pas uniquement de cela (...). Certains pays, comme la Chine, s'intéressent à cette forme de finance afin de renforcer leurs liens avec les pays du Golfe et de contribuer aux grands projets d'investissements qui s'y développent », a souligné ce vétéran du marché halal, dont l'expérience dans le domaine remonte à plus de vingt ans.
Quant aux pouvoirs publics occidentaux, dont certains ont déjà amendé leurs lois en vue de faciliter l'implantation de banques islamiques, ils y voient une opportunité d'attirer les capitaux des riches monarchies pétrolières, au sortir d'une crise qui a drainé leurs liquidités.
« Cela dit, il existe de nombreux obstacles qui empêchent cette finance alternative de se développer à plus grande échelle (...) », a avoué David Vicary. Le total des actifs des banques opérant selon les lois de la charia s'élève aujourd'hui à près de 1 000 milliards de dollars (contre moins de 150 milliards de dollars il y a 15 ans), soit 1 % de l'ensemble des actifs bancaires dans le monde, a-t-il rappelé à cet égard. Et pour cause : l'absence de standards globaux régissant cette activité, le nombre limité d'experts, le faible soutien étatique et la « perception erronée qu'ont certains de cette finance » à caractère religieux, a-t-il précisé.
Selon lui, la mise en place d'une infrastructure permettant la gestion des liquidités au-delà des frontières de chaque État, à travers, entre autres, une uniformisation et une harmonisation du cadre légal, mais aussi le renforcement du capital humain par le biais de l'éducation, constituent les principaux défis à relever dans les années à venir. « Certains progrès ont déjà été réalisés à ce niveau comme en témoigne la récente création de l'International Islamic Liquidity Management (IILM), une entité regroupant 11 banques centrales (...). Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment en termes d'amélioration de l'image », a conclu l'expert mondial de Deloitte.

