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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Monogrammé

Nul besoin de le répéter, les Libanais ont un rapport particulier à leur langue. Quelle soit maternelle, littéraire ou vulgaire. Le lien entre le Libanais et le libanais est parfois étrange, compliqué mais souvent très drôle. Nous avons nos mécanismes, nos variantes et des similitudes avec d'autres peuples. Eh oui, les Français aussi emploient de temps à autre le nom d'une marque pour désigner un objet. Cela s'appelle une métonymie. Pas aussi fréquemment que nous cependant. Parce que si les mots Frigidaire ou Kleenex sont entrés dans le langage familier en France, au Liban on est les champions du monde du « branding ». Comment voulez-vous qu'on ne dise pas Corn Flakes pour dire céréales quand tout notre système routier courant est axé sur ce principe ? Jisr Cola, Tal3et l'Futuroscope (qui n'existe plus), Nazlit Berty ou encore le quartier de Galerie Semaan. Parce que même si ça a été le foutoir pendant un certain temps, les rues portent des noms au Liban, précisément dans les grandes villes. Tu n'habites pas rue Gergi Zeidan, mais mafra2 librairie Ziad, tu es coincé à côté de Libancell (mtc touch depuis cinq ans déjà), tu es au niveau de l'ABC (euh, lequel ?), tu habites Chevrolet, tu bosses à Fiat et tu sors le soir vers l'EDL alias Cherket el-kahraba. Zappés les Dora et autre Dbayeh. D'ailleurs, je ne saurais même pas dire Chevrolet, c'est quelle région ? Faut pas s'étonner donc qu'à l'instar d'un grand nombre d'habitants de la planète terre, le Libanais aille plus vite en besogne, préfère une fois encore l'excès à l'interrogation. Les autres nous regardent étrangement parfois, se demandant pourquoi donc les Libanais disent Mazola quand ils veulent distinguer une huile de tournesol d'une huile d'olive. Eh ben, autant appeler un chat un chat. Parce que même s'il y a plein de marques qui se bousculent au portillon de l'huile - Lesieur en tête - au Liban, on a toujours utilisé Mazola. Voilà. Alors, on dit prends un Aspro quand t'as mal à la tête, un Valium quand t'as un coup de blues. Eh oui. Nous sommes les as du branding, particulièrement en cuisine. On ne va pas s'emmerder à essayer d'expliquer ce dont on a besoin. Baking Powder, c'est plus facile que levure, idem pour Pomi, Maïzena ou Maggi. Franchement, vous diriez quoi, vous, si vous deviez expliquer que vous voulez chauffer votre sandwich, si vous ne pouviez pas employer le mot Seb ? « Baddé 3arouss 3al Seb. » Ça a le mérite d'être clair pour tout le monde. Tu fais cuire ton gratin dans un Pyrex, tu fais ta purée dans la Moulinex, tes œufs dans ta Téfal et tu ranges les restes dans un Tupperware. Tu fais ensuite la vaisselle avec du Fairy et la lessive avec du Ariel. Quant à la pâte à tartiner, c'est Nutella pour tout le monde, et le cacao en poudre, c'est du Nesquick. Je t'invite cet aprèm. Tu as Nescafé, Coffee Mate et Canderel ? Point barre. Féminin comme procédé ? Probablement. Car ce sont les femmes qui le plus souvent font appel à ce genre de raccourci. J'ai mis du Rimmel, j'ai enlevé mon Éclat d'or avec de l'Acétone. Et quand la belle est indisposée, elle met un Kotex ou un Tampax. Pareil pour ses mômes, elle a changé les Pampers, après avoir enduit la peau du petit avec de la Vaseline. Un bobo, hayété ? Et hop, un peu de Mercurochrome, un Band Aid, et le tour est joué. On oubliera ça avec une bonne cuillère de Jello ou de Cérélac et un Bonjus... Définitivement féminin, ce détournement. Et depuis longtemps. Parce que si les hommes s'entre-tuaient à coups de Kalachnikov (Kalache pour les intimes), les femmes passaient le Hoover pour qu'au moins leur intérieur soit propret en arborant un Wonderbra pour « push-uper » leur poitrine. Akh, on est très fort(e)s. Parce que si poupée Barbie, Borsalino, Pantone, Formica, iPod, Cellophane, Bic, Jeep, Post-it, Scotch, Vespa ou boule Quiès sont quasiment entrés dans le Larousse (dit pour n'importe quel dictionnaire d'ailleurs), en France, ils ne savent pas pourquoi, nous on porte des Docksides, on met de la Brillantine, on fait la poussière avec une Vileda, on aseptise avec du Dettol, on prend Calcivita quand on a un coup de barre et on mâche des Bubble-Gum et des Chicklets. Et avant que les fashionistas de la planète se ruent sur les Havainas, eh ben, nous on avait nos Relaxe. Création locale siouplé... Mais dis-moi, Srilankiyé tab3itik, Philippiniyé ?
Nul besoin de le répéter, les Libanais ont un rapport particulier à leur langue. Quelle soit maternelle, littéraire ou vulgaire. Le lien entre le Libanais et le libanais est parfois étrange, compliqué mais souvent très drôle. Nous avons nos mécanismes, nos variantes et des similitudes avec d'autres peuples. Eh oui, les Français aussi emploient de temps à autre le nom d'une marque pour désigner un objet. Cela s'appelle une métonymie. Pas aussi fréquemment que nous cependant. Parce que si les mots Frigidaire ou Kleenex sont entrés dans le langage familier en France, au Liban on est les champions du monde du « branding ». Comment voulez-vous qu'on ne dise pas Corn Flakes pour dire céréales quand tout notre système routier courant est axé sur ce principe ? Jisr Cola, Tal3et l'Futuroscope (qui n'existe plus), Nazlit...
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