La messe s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, des deux fils du président Hosni Moubarak, Alaa (2e à gauche) et Gamal (à droite). Mohammad Abdel-Ghani/Reuters
Dans certaines églises, des fidèles ont brandi lors de la veillée de Noël des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Notre église est toujours au côté des martyrs. Les gens libres n'ont pas peur de la mort. » Certains musulmans ont tenu à manifester leur solidarité. « J'ai appelé mes amis pour leur souhaiter une bonne fête et leur dire que nous partageons tous la même douleur », affirme Ihab Radi, un militant associatif du Caire. Hier, des centaines d'opposants ont défilé au Caire en solidarité avec les Coptes. « Un peuple, un sang », ont-ils scandé.
Jeudi soir, le patriarche copte orthodoxe Chenouda III a célébré la messe dans la cathédrale de Abbassiya au Caire, autour de laquelle pas moins de 3 000 policiers étaient déployés. La cérémonie, retransmise par sept chaînes de télévision, s'est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, des deux fils du président Hosni Moubarak, Alaa et Gamal, musulmans sunnites, ainsi que de plusieurs ambassadeurs étrangers. Le chef spirituel des Coptes orthodoxes a déploré « le martyre d'un grand nombre d'innocents » lors de l'attentat d'Alexandrie. Mais il a aussi évoqué la fusillade qui avait tué en janvier 2010 six Coptes en Haute-Égypte, Nagaa Hamadi, une manière de rappeler que le verdict des meurtriers présumés, prévu le 16 janvier, était très attendu.
Quelque 70 000 policiers et conscrits ont été mobilisés pour la protection des églises, selon les services de sécurité ; outre les risques d'un nouvel attentat, les autorités entendent visiblement prévenir la répétition de manifestations de colère de la part de membres de la communauté copte, qui avaient provoqué des heurts avec la police ces derniers jours. Les Coptes, en grande majorité orthodoxes, représentent 6 à 10 % des quelque 80 millions d'Égyptiens. Ils se plaignent fréquemment d'un laxisme de la justice et des autorités dans les affaires de violence à leur encontre.
Le président Moubarak a, quant à lui, appelé le patriarche au téléphone pour l'assurer que « le terrorisme ne réussira pas à traumatiser le peuple et ne privera pas les Coptes de la joie de la fête », selon la presse gouvernementale. Les autorités égyptiennes mettent en cause des « mains étrangères » dans l'attentat d'Alexandrie, commis deux mois après des menaces d'un groupe irakien lié à el-Qaëda contre les chrétiens d'Égypte. L'attaque, qui n'a pas encore été revendiquée, aurait été menée selon les autorités par un inconnu tué dans l'explosion. La photo d'un visage reconstitué à partir d'une tête arrachée continuait d'être publiée par la presse, la police espérant ainsi aider à identifier le suspect.
En France, près d'un millier de Coptes se sont réunis hier devant la cathédrale Notre-Dame de Paris pour affirmer leur solidarité à leurs coreligionnaires égyptiens. Ils ont entonné des prières et des chants religieux, alors que des bougies étaient allumées et quelques drapeaux égyptiens déployés.
Parallèlement, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, a appelé les États à mieux lutter contre les discriminations religieuses estimant que les récents attentats contre des minorités devaient servir de « signal d'alarme » pour agir.


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