On entame l'année sur les rotules, avec cette amère sensation qu'il nous faut un congé. Là, tout de suite. Pour se remettre de tous ces excès auxquels on a succombé. Parce que ça y est, c'est fini. Les expat' sont rentrés chez eux, les touristes aussi et même le beau temps s'est fait la malle... Il y a quelque chose d'agréable, de doux et de terriblement serein pendant cette période. Une sorte de zénitude qui fait du bien. On a pris de bonnes résolutions qui, à l'heure qu'il est, ont été complètement zappées. Des mauvaises aussi. Plein de mauvaises résolutions. On n'arrête pas de fumer, on ne fera pas de sport, on continuera à langue de puter sur les autres et on fera du shopping encore et encore. Surtout maintenant que les soldes ont commencé. Que personne n'avait rien acheté. Qu'il reste quasiment tout, dans toutes les tailles. On ne va pas se priver quand même. Surtout que le shopping, cette espèce de parcours du combattant extraordinaire, est une excursion libanaise follement sympathique. Particulièrement au centre-ville. On y croise tout et n'importe quoi. C'est génial. Il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs. De la bimbo refaite (en majorité) au jeune banquier aux dents longues, en passant par les bobos branchouilles et les smallas familiales qui débarquent en troupeau, y a de quoi se « rincer » l'œil. Il suffit de s'asseoir dans les cafés du secteur, que ce soit pile poil sur les pavés downtowniens ou à même les Souks, pour se délecter du paysage.
Le shopping en ville, ce n'est pas le même concept que dans les malls. C'est un trip en soi. Une vraie virée, où les ingrédients et les épices sont différents. D'abord on s'habille pas pareil. On fait un effort de style. On se prend pour Julia Roberts dans Pretty Woman ou pour Serena de Gosspi Girl (ça, c'est pour les plus jeunes). Le cheveu est brushé, l'œil maquillé, la bouche teinte de rouge. Le jeans est près du corps, très près du corps, extra-moulant. Le top est sexy et le talon vertigineux. Extrêmement vertigineux. Il fait tanguer, vaciller, trébucher, mais il est impensable de le laisser au vestiaire. Le sac à main est cher. Très cher. Il est identifiable à des kilomètres. C'est d'ailleurs le même que l'on aperçoit sur 80 % des « visiteuses ». Ces mêmes visiteuses qui ne savent même pas qui est Jane. L'immense Jane qui en a inspiré plus d'un. Elles ne connaissent sûrement rien à sa vie, à ses histoires d'amour, comme elles ne doivent pas savoir que Coco s'appelle en fait Gabrielle et que la Trinity a été dessinée par Jean Cocteau. Peu importe, parce que comme les vendeuses, elles savent que Giananini Panrolini est un superdesigner italien. Giananini qui ? Mais enfin, le type italien qui vend ses chaussures 2 000 dollars, dont vous n'avez jamais entendu parler et dont l'aimable vendeuse vous assure que pour une paire de Panrolini, « c'est pas cher du tout ». Oui, bien sûr. Elles sont pas géniales nos vendeuses, franchement ? Elles sont familières, elles envoient du « tu » parce qu'elles pensent que s'adresser aux clients dans la langue de Baudelaire réussira peut-être à les faire acheter. Et puis c'est si chic. Avouez-le. Un petit « cette robe te va très bien, tu n'es pas grosse du tout » quand on est boudiné dans un 36 abominable, ça fait plaisir. Accompagné d'un « habibté », on a tout de suite envie de lui faire une accolade de circonstance. Ah, elle en connaît un rayon la vendeuse. Non seulement elle parle trois langues, mais en plus elle sait qui a acheté quoi. Voilà pourquoi vaut mieux être bien sapé quand on shoppe. On ne sait jamais avec qui la vendeuse risque de dauber. Et puis on croise tout ce que Beyrouth peut compter comme beau monde dans les rues de plus en plus pleines du centre-ville. « Allah bya3rif aymta el-nassib biehjom ? »
Virée shopping donc. En soldes ? Non mais, quelle offense, on est déjà dans la cruise collection, nous môsieur.


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