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II.- France-Liban, la nouvelle donne géopolitique

Par Ibrahim TABET
Les changements intervenus sur la scène géopolitique internationale ne sont pas moins importants. Le contexte actuel n'a rien a voir avec l'époque où le général de Gaulle menait une politique étrangère définie par l'indépendance entre les deux blocs, un rejet de l'hégémonie américaine, une « politique arabe » et la méfiance envers une Europe supranationale. Un monde multipolaire a remplacé le monde bipolaire. La rhétorique de la lutte contre le terrorisme islamiste a remplacé la guerre froide. Et la théorie du choc des civilisations à connotation religieuse a supplanté le choc des idéologies laïques communiste et libérale. Malgré les dénégations, elle comporte une part de vérité, comme en témoigne la montée de l'extrême droite en Europe et du rejet de l'Occident au sein du monde arabo-musulman qui se nourrissent mutuellement. Enfin, l'Union européenne s'est dotée d'un ministère des Affaires étrangères dont la titulaire actuelle est de surcroît britannique, ce qui ferait se retourner le général dans sa tombe !(Voir L'Orient-Le Jour du mardi 4 janvier 2011).
Dans ce contexte, l'exception française défendue par le général de Gaulle a fait son temps, et la France de Nicolas Sarkozy est résolument ancrée dans le camp occidental et atlantiste. Tout en étant largement alignée sur celle des États-Unis, sa politique dans la région doit faire face à de nombreux défis : mener de front ses ambitions méditerranéennes, la dynamique francophone et la construction européenne qui reste sa priorité ; maintenir, malgré la sympathie affichée du locataire de l'Élysée pour Israël, une position équilibrée par rapport au conflit israélo-arabe ; défendre la souveraineté du Liban en ménageant la Syrie, gérer ses rapports ambivalents avec l'islam qui ont également une dimension de politique intérieure et européenne, alors que celui-ci est la deuxième religion en France et que se pose la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Enfin, tenter avec ses partenaires de faire face au problème du nucléaire iranien. Sur tous ces dossiers, la France peut de moins en moins faire cavalier seul, même si certains, celui du Liban par exemple, la concernent plus particulièrement. Elle est donc davantage amenée à inscrire son action dans le cadre de l'OTAN ou de l'Union européenne, ce qui n'est pas toujours évident. Cette dernière en effet peine à définir une politique étrangère commune. Et même si se sera moins le cas avec la création d'un ministère européen des Affaires étrangères, la question reste ouverte. D'une part car il est douteux qu'une Europe à 27 dont font partie des pays comme l'Estonie porte le même intérêt pour les affaires du Proche-Orient que la France ; et de l'autre car il est peu probable que cette dernière renonce complètement à jouer un rôle propre dans la région. C'est pourquoi, dans tous les cas de figure, il appartiendra toujours à la France, même dans un cadre multilatéral, d'être le moteur principal du rapprochement entre les rives nord et sud de la Méditerranée. Si la France a de moins en moins les moyens et l'ambition de jouer un rôle politique indépendant au Proche et au Moyen-Orient, par contre son influence culturelle reste toujours aussi forte. Débordant largement le cadre traditionnel du Levant, elle touche maintenant les pays du Golfe où il y a un réel engouement pour la culture française, comme en témoigne par exemple la création d'une antenne du musée du Louvre aux Émirats.
Les relations franco-libanaises ont naturellement subi l'influence des développements survenus sur la scène locale et régionale au cours des deux dernières décennies. Depuis et à cause de sa guerre de quinze ans, le Liban a perdu son rôle de pôle régional des affaires, et son poids économique n'est pas comparable à celui des pays du Golfe, d'où un recul de sa position de partenaire privilégié de la France dans ce domaine. C'est moins le cas au plan culturel malgré l'américanisation croissante du pays et la progression de l'anglais. Aujourd'hui, l'apprentissage du français est moins l'apanage des chrétiens et progresse davantage parmi les musulmans dont les régions bénéficient d'un effort accru de la part des services culturels de l'ambassade de France. Une même réorientation, prenant acte des changements intervenus au niveau du poids relatif des différentes communautés, se produit au plan politique. La France entretient à la fois le discours du lien traditionnel avec les chrétiens tout en traitant avec les autres acteurs politiques libanais. D'une part, les sunnites représentés par Saad Hariri et qui, avec la présidence du Conseil, contrôlent le principal levier du pouvoir légal. Et de l'autre, les chiites, représentés par Amal et le Hezbollah, principale force sur le terrain, que le gouvernement français est bien obligé de prendre en compte. Vis-à-vis de la Syrie, la France est partagée entre un impératif de realpolitik et le maintien de l'héritage de sa protection du pays du Cèdre. Aujourd'hui, le Liban trouve un écho sur la scène européenne à travers ce soutien français. De son côté, la France joue de sa double image de marraine de la nation libanaise et d'interlocuteur moins partial que les États-Unis des pays arabes du Moyen-Orient pour légitimer son action au Liban. Mais que ce soit du côté français ou du côté libanais, nul ne conteste qu'aujourd'hui, celle-ci ne peut s'exercer sans la bénédiction de la Syrie qui a réussi à conforter son influence incontournable.
Les changements intervenus sur la scène géopolitique internationale ne sont pas moins importants. Le contexte actuel n'a rien a voir avec l'époque où le général de Gaulle menait une politique étrangère définie par l'indépendance entre les deux blocs, un rejet de l'hégémonie américaine, une « politique arabe » et la méfiance envers une Europe supranationale. Un monde multipolaire a remplacé le monde bipolaire. La rhétorique de la lutte contre le terrorisme islamiste a remplacé la guerre froide. Et la théorie du choc des civilisations à connotation religieuse a supplanté le choc des idéologies laïques communiste et libérale. Malgré les dénégations, elle comporte une part de vérité, comme en témoigne la montée de l'extrême droite en Europe et du rejet de l'Occident au sein du monde arabo-musulman qui se...
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