L'effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008 et les dégâts que cela a occasionnés à l'économie des pays dits développés ou pays industrialisés ont créé un « mégafossé » au sein des différentes économies et blocs commerciaux du monde.
Cet effondrement a montré, d'une part, comment la non-conformité des lois et le manque de confiance au niveau mondial peuvent démanteler les grandes banques internationales aux États-Unis et au sein de l'Union européenne, affaiblir le réseau des banques internationales et des relations financières et, d'autre part, comment seules les prévisions, quelle que soit la réduction des taux d'intérêt, peuvent encourager les décideurs à investir dans des secteurs porteurs et à créer des emplois, et donc des revenus, et relancer la consommation... et l'économie.
La coïncidence de cet effondrement avec les déséquilibres des blocs commerciaux tels que celui entre la Chine et les États-Unis, et le gonflement des dettes publiques au sein de l'Union européenne et aux États-Unis ont rendu vulnérables les politiques monétaires et fiscales, ainsi que l'existence de l'OMC, faisant ainsi avancer les idées de protectionnisme et de retour à l'étalon-or.
Au cours de cette période de crise, les faillites, le chômage, la recherche de liquidités par la vente d'actifs disponibles, l'hypothèque des maisons et le nantissement des valeurs mobilières sont devenus un moyen normal de style de vie.
Que faire ?
Dans les années 1930, de telles relations économiques internationales ont conduit des nations de différents continents à la Seconde Guerre mondiale lorsque la guerre des changes et les guerres commerciales n'ont pas abouti.
Mais, à présent, les eurodollars détenus par des institutions, des individus et des banques centrales non américaines sous la forme de réserves, depuis l'époque de la pénurie des dollars de 1945, des investissements du plan Marshall et de l'aide étrangère ont généré suffisamment de liquidités internationales aux mains des partenaires commerciaux des États-Unis. Ces derniers doivent réduire leur déficit commercial dans les années à venir, au moins avec la Chine, en parvenant à un accord sur les politiques et pratiques commerciales internationales. Les États-Unis doivent également créer des produits innovants et encourager l'épargne des citoyens américains afin de remplacer l'appétit pour la consommation et être moins impliqué dans les guerres à l'étranger.
Le communisme soviétique n'existe plus dans les 15 ex-républiques soviétiques depuis 1991. La Chine communiste est devenue l'une des plus grandes économies capitalistes, la deuxième après les États-Unis. L'essai du diplomate George Kennan en 1947 (la politique d'endiguement américaine) n'est plus valable, à moins que l'on s'attende au retour des communistes (néo-com par opposition aux néo-cons.) ou à un second Pearl Harbor...
Aujourd'hui, le coût des défis de la politique étrangère des États-Unis (en Irak, en Afghanistan et en Corée du Nord et la lutte contre le terrorisme et la prolifération nucléaire) ne devrait pas gonfler le déficit budgétaire comme par le passé, et donc le gonflement de la dette publique peut être réduit.
L'ancien président de la Fed, Paul Volcker, avait affirmé en 1986 qu'« une augmentation disproportionnée de la dette au fil des ans ne constitue pas une base solide et durable pour une croissance économique satisfaisante et une stabilité continue à l'avenir ».
Les démocrates et républicains ont-ils compris à quoi Paul Volcker faisait allusion ?
L'économie américaine est la plus importante du monde et le restera longtemps. Elle possède la culture économique libérale et l'esprit d'entreprise les plus développés, et ce depuis longtemps. C'est le pays le plus riche en ressources humaines et matérielles. C'est « la grande surface » de la finance. À l'exception de la Russie, le reste du monde (Japon, Chine, UE, Inde et autres) est relativement dépendant, en termes de ressources matérielles, des pays africains et autres pays du sous-continent.
Le défi pour l'économie américaine réside dans le changement de sa politique économique et de ses relations économiques internationales et non dans le « changement » préconisé par le sénateur Obama pour devenir président.
Quant à l'Europe et son euro, comme je l'ai déjà signalé, le gonflement de la dette publique dans de nombreux pays européens, le manque d'harmonie entre la politique fiscale de chaque État et la politique monétaire de la BCE, ainsi que la vague de faillites de grandes banques (qui a commencé en Angleterre avec la Northern Rock en août 2007), ont affaibli le paysage économique de l'UE.
En principe, l'euro n'est pas la monnaie d'un État, mais la monnaie de plusieurs États disposant de différentes politiques fiscales. Il s'agit d'une monnaie virtuelle. Ses fluctuations désordonnées au cours des dernières années ont créé un manque de confiance, une croissance économique insatisfaisante, contribuant à une augmentation du taux de chômage et la mise en place de politiques d'austérité budgétaire, et provoquant même des troubles sociaux...
Plusieurs pays de la zone euro n'ont pas respecté les quatre critères de convergence fixés par les autorités de l'UE à la fin des années 90. Si cette tendance de non-conformité persiste à l'avenir, la crise économique se poursuivra au sein de l'UE et l'euro sera toujours exposé aux fluctuations désordonnées contre le dollar et les autres monnaies. Qui sait... l'UE a peut-être besoin de nouveaux architectes comme Jean Monnet et Robert Marjolin pour son unification.
Les Chinois n'avaient malheureusement pas leur George Kennan et sa politique d'endiguement. Ce qui a conduit à l'attaque japonaise de Shanghai en 1937, créant le chaos au sein de la population chinoise. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mis à part les relations tendues avec l'île de Formose de Tchang Kaï-check (actuellement Taïwan) et le bombardement des îles Quemoy et Matsu en 1956, la Chine n'a jamais été en guerre à l'étranger et à l'intérieur de ses territoires.
Après la révolution culturelle de Mao, et la rectification des erreurs extrémistes par l'adoption du chemin de Deng Xiaoping pour la restructuration économique, la Chine est devenue en 25 ans la deuxième puissance économique mondiale avec un système bancaire florissant, une forte croissance économique axée sur les exportations et une monnaie des plus fortes du monde, détenant plus de 2 500 milliards de dollars sous forme de réserves de la banque centrale. Malheureusement, Deng Xiaoping n'a pas vu ses propres réalisations.
La Russie peut et va devenir une seconde Chine. Toutefois, son économie a été durement touchée par la crise financière mondiale. L'économie russe repose en grande partie sur les revenus du pétrole et du gaz. Elle détient des réserves de pétrole et de gaz pour les 200 prochaines années et de nombreuses autres ressources importantes dans l'ouest et l'est de la Sibérie. Elle fait partie des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), mais dispose d'un taux de croissance de 3,6 %, soit le plus faible par rapport à la Chine (10 %), à l'Inde (7,7 %) et au Brésil (4,7 %). Elle devra avec le temps créer un système bancaire solide et développer ses cultures d'économie de marché et de finance.
Rétrospectivement, il faut attendre et voir quelles grandes politiques seront développées par les principaux acteurs du monde économique au cours des prochains mois pour apaiser la crainte croissante de guerre des changes, de protectionnisme et de guerres commerciales. Le FMI pourrait jouer un rôle majeur dans la restauration d'une stabilité économique et la coopération entre les États.
*Ancien vice-gouverneur de la Banque du Liban (BDL)

