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Liban - Solidarité

Un Noël chaleureux pour toutes les têtes blanches

Ils ont froid, ils sont démunis, ils sont malades, ils sont seuls et ils sont vieux. À Noël, grâce à Rifaq el-Darb, ils pourront oublier leur misère le temps d'un déjeuner de gala.

On danse au rythme du tambour et l’on retrouve le sourire le temps d’un déjeuner.

Nous sommes samedi après-midi. Des jeunes volontaires de Notre-Dame de Nazareth commencent à arriver au vieux bâtiment de l'Université Saint-Joseph. Deux fois par mois, l'association Rifaq el-Darb organise une messe suivie d'un déjeuner à une centaine de têtes blanches dans le besoin.
Les volontaires de Notre-Dame de Nazareth, qui sont en classe de terminale, viennent aider au service du repas. Aya-Mariana confie : « J'aime les voir heureux. J'ai tout, c'est donc bien de donner de son temps. »
Joumana et Raya parlent de la solitude des personnes âgées. « On sent qu'elles ont besoin de parler à quelqu'un. J'aime les écouter. Elles me parlent de leurs problèmes, de leur jeunesse, comment elles en sont arrivées là. Et elles me donnent des conseils », affirme Raya.
Pia souligne de son côté que « ça me rend heureuse d'aider les autres ». Et d'autres élèves parlent de l'importance « des bonnes actions ».
Après la messe, les vieux commencent à affluer à l'une des entrées du bâtiment de l'USJ, qui abrite le siège de Rifaq el-Darb. Mikhaël est venu avec la caisse de chewing-gums qu'il vend toute la journée dans les rues d'Achrafieh et de Gemmayzé. Il est souriant, mais édenté. Il est SDF, mais porte des vêtements relativement propres. Il parle de sa vie : « Je dors souvent sur le parvis de l'église Saint-Antoine des grecs-catholiques, à Accaoui. Je prends ma douche chez des religieuses à Gemmayzé. Elles m'aident beaucoup et me donnent à manger. » Mikhaël aime se rendre aux déjeuners de Rifaq el-Darb. « Ça m'amuse. Je vois des gens et je leur parle », dit-il.
Originaire de Deir el-Qamar, il se souvient qu'il a une sœur qu'il n'a pas vue depuis longtemps. Il dit qu'il est « reconnaissant à tous ceux qui m'aident et à Dieu ».
Adib, qui préfère qu'on l'appelle Albert, est aussi SDF. Il parle un français parfait. Il est né à Abidjan en 1938 et il se souvient qu'il avait fait ses études primaires et complémentaires chez les pères jésuites à Achrafieh, avant que ces derniers ne transfèrent leur école à Jamhour. Adib-Albert dort dans un chantier à Mar Mikhaël. Il est arrivé au déjeuner avec deux grands sacs en plastique dans lesquels il transporte toutes ses affaires. Il a les vêtements sales et les ongles crasseux. Le vieil homme est originaire d'un village du Liban-Sud. Il raconte des histoires incohérentes d'argent, de vol, de fraude et d'une famille, notamment ses propres frères, qui l'a déshérité. Et à ceux qui veulent le contacter, il donne un numéro de téléphone... celui de la boulangerie située à côté du chantier où il dort tous les soirs.

Une assurance-vieillesse ou des indemnités...
Évelyne ne vit pas dans l'indigence. Elle vient au déjeuner de Rifaq el-Darb pour la compagnie. Son mari était fonctionnaire et elle-même avait occupé le poste de secrétaire à l'ambassade d'Espagne. C'était il y a longtemps. Évelyne avait fait des études en Espagne et avait vécu plusieurs années en Amérique latine. Elle porte des vêtements noirs passés de mode, des accessoires anciens en or et brillants, et un collier de perle. Elle a les ongles des mains vernis. « Je me fais moi-même les ongles deux fois par semaine. Je me lisse les cheveux aussi à la maison. C'est comme ça que j'ai été habituée depuis ma jeunesse », dit-elle.
Elle parle de ses enfants, qu'elle ne voit pas souvent. « Chacun est pris par sa petite vie », dit-elle. « J'habite Achrafieh, je passe mon temps au jardin de Sioufi. Je me sens seule. Je parle aux personnes de mon âge qui se promènent comme moi dans ce jardin », dit-elle. Et, sans transition, elle affirme dans une voix étranglée, avant d'éclater en sanglots : « J'ai travaillé, je n'ai jamais été inscrite à la Sécurité sociale. J'aurais aimé avoir des indemnités de fin de service ou une assurance-vieillesse... J'aurais aimé avoir de l'argent qui me permette de vivre correctement... Je n'aime pas demander de l'argent à mes enfants. D'ailleurs, ils ont leurs propres familles et n'arrivent pas à joindre les deux bouts. »
Hilda, elle, habite le secteur de Nasra. Elle est blonde et elle a de petits yeux bleus pétillants. « J'ai toujours été pauvre et je n'ai jamais travaillé. Je vis chez ma sœur depuis sept ans, depuis la mort de mon mari. C'est elle qui s'occupe de moi », raconte-t-elle. Hilda semble s'être habituée à la pauvreté ; elle parle de « miséricorde, de prière, du Seigneur qui pourvoira à tout... ». Et pourtant, quand elle raconte sa vie, à chaque fois qu'elle marque une pause, elle répète : « Je sors de la maison tous les jours sans argent. Est-ce normal de ne pas avoir un sou en poche?»
Mariam habite à Bourj Hammoud. Elle raconte qu'elle a cinq enfants qui ne s'occupent pas d'elle, à part l'une de ses filles qui vit toujours avec elle et travaille dans une usine de cire pour 300 dollars par mois. L'argent sert à payer le loyer, acheter de quoi manger, payer l'électricité...
Farah et Éva sont mariés depuis plus de quarante ans. Farah était mécanicien puis il est tombé malade. Il a subi plusieurs interventions chirurgicales. Il dit qu'il est d'origine jordanienne et ne bénéficie donc pas de l'aide assurée par le ministère de la Santé aux moins nantis en cas d'hospitalisation. « J'ai survécu grâce aux aides des prêtres, des religieuses, des couvents et des associations », ajoute-t-il, préférant rester discret sur les détails de son quotidien.
Farah, Éva, Mariam, Hilda et même les SDF Adib-Albert et Mikhaël sont régulièrement aidés par Rifaq el-Darb.

Aides diverses
Joe Tawtel, président de l'association, souligne : « Le week-end dernier, quand il avait fait six degrés la nuit à Beyrouth, nous nous sommes rendus au chantier où dort Adib-Albert. Il s'était couvert de sacs en plastique et de sacs de ciment vides. Nous lui avons donné une couverture. Il a refusé de venir avec nous. » Il ajoute que les SDF refusent souvent d'aller aux lieux d'accueil qu'on leur propose.
Créée il y a une quinzaine d'années par des jeunes, l'association Rifaq el-Darb s'occupe des personnes du troisième âge démunies. Mis à part les déjeuners organisés deux fois par mois dans l'ancien bâtiment de l'Université Saint-Joseph, Rifaq el-Darb mise sur les visites à domicile. L'équipe de l'association se mobilise pour meubler, dans la mesure de son possible, la solitude des têtes blanches. Les volontaires de l'association sont là pour leur tenir compagnie, remplacer une lampe, repeindre une maison. Ainsi, depuis 2008, l'association a pu badigeonner 32 appartements habités par des personnes âgées. Et pour Noël, chaque année depuis quatorze ans, un déjeuner de gala est organisé. Cette année, il se tiendra au restaurant Assaf, à Kattin, dans le Kesrouan, le 28 décembre. De jeunes élèves de Notre-Dame de Jamhour, de Notre-Dame de Nazareth, du Collège Gutenberg et de l'Amercian Community School, ainsi que les scouts de Furn el-Chebbak serviront à table.
Ce déjeuner de Noël ne rassemblera pas seulement les têtes blanches de Rifaq el-Darb, mais 1 000 autres personnes du troisième âge, venues de quelques asiles et des Restos du cœur de tout le pays. Au programme : cotillons, cadeaux, chanteurs, dabké et père Noël.
Mis à part le déjeuner de gala, des repas chauds sont servis deux fois par mois dans les locaux de Rifaq el-Darb, qui organise des visites à domicile et, deux fois par an, des excursions. En 2010, un pèlerinage à Saint-Charbel, à Annaya, et une visite à Byblos ont été prévus, avec bien sûr au programme un déjeuner au restaurant. Des personnes du troisième âge de l'association sont également envoyées dans des camps d'été durant plusieurs jours.
Cette année, des repas ont été organisés pour la fête des Mères et celle des grands-parents. En octobre, pour marquer la Journée mondiale des personnes du troisième âge, un repas pour 500 têtes blanches a été donné.
C'est grâce aux cartes de vœux « Pour que Noël n'oublie personne », que l'association vend durant les fêtes, que Rifaq el-Darb parvient à financer ses activités de l'année.
Pour l'achat de cartes de vœux, vendues à 20000 livres libanaises, ou pour plus d'informations, appelez le 03/624645 ou le 03/522058. Vous pouvez aussi consulter le site Web de l'association à l'adresse www.rifaqeldarb.org ou envoyer un e-mail à l'adresse info@rifaqeldarb.org
Nous sommes samedi après-midi. Des jeunes volontaires de Notre-Dame de Nazareth commencent à arriver au vieux bâtiment de l'Université Saint-Joseph. Deux fois par mois, l'association Rifaq el-Darb organise une messe suivie d'un déjeuner à une centaine de têtes blanches dans le besoin.Les volontaires de Notre-Dame de Nazareth, qui sont en classe de terminale, viennent aider au service du repas. Aya-Mariana confie : « J'aime les voir heureux. J'ai tout, c'est donc bien de donner de son temps. » Joumana et Raya parlent de la solitude des personnes âgées. « On sent qu'elles ont besoin de parler à quelqu'un. J'aime les écouter. Elles me parlent de leurs problèmes, de leur jeunesse, comment elles en sont arrivées là. Et elles me donnent des conseils », affirme Raya. Pia souligne de son côté que « ça me rend heureuse...
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