Manouchehr Mottaki, à gauche, et son remplaçant Ali Akbar Salehi. Atta Kenare/AFP
Aucune explication n'a été donnée à cette double décision, intervenue alors que l'Iran vient de rouvrir début décembre à Genève, après un an d'interruption, des discussions délicates avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé. Aucune indication non plus n'a été donnée sur le possible successeur de M. Mottaki, qui devra être avalisé par le Parlement.
Le ministère iranien des Affaires étrangères n'intervient que très peu dans les négociations nucléaires, confiées actuellement à Said Jalili, secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale. M. Salehi, nommé à la tête de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne (OEAI) en juillet 2009, juste après la réélection contestée du président Ahmadinejad, est également vice-président. Ambassadeur d'Iran auprès de l'AIEA pendant quatre ans, jusqu'en janvier 2004, M. Salehi est un physicien nucléaire qui a fait ses études au Massachusetts Institute of Technology, aux États-Unis, et qui était alors apprécié des Occidentaux pour ses positions modérées. Il est devenu omniprésent ces derniers mois dans les médias iraniens, annonçant succès sur succès du programme nucléaire en dépit des sanctions internationales visant à contraindre Téhéran de renoncer à sa marche forcée vers la filière nucléaire.
La communauté internationale redoute que l'Iran, en dépit de ses dénégations répétées, ne cherche à se doter de l'arme nucléaire sous couvert de son programme civil, et s'inquiète particulièrement du programme d'enrichissement d'uranium accéléré par Téhéran depuis un an.
M. Salehi a ainsi annoncé à la veille de la réunion de Genève que l'Iran contrôlait pour la première fois la totalité de la filière du combustible nucléaire grâce à la production d'un premier chargement de poudre d'uranium concentrée (yellowcake) servant de base à l'enrichissement de l'uranium.
Diplomate plus traditionnel, M. Mottaki, en poste depuis août 2005, a fait sa dernière apparition médiatisée à l'étranger lors du forum de Manama sur la sécurité dans le Golfe les 3 et 4 décembre, à la veille également de la reprise des pourparlers de Genève. Il avait alors qualifié de « pas en avant » une déclaration de la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton estimant que l'Iran pourrait être autorisé par les grandes puissances à enrichir de l'uranium sous certaines conditions. La ligne officielle de Téhéran, martelée quasi quotidiennement par les dirigeants iraniens, est que l'enrichissement d'uranium n'est « pas négociable ».
Mais selon Mohammad Saleh Sedghian, directeur du Centre arabe d'études iraniennes basé à Téhéran, le limogeage de M. Mottaki serait plutôt dû à des rivalités politiques au sein du clan conservateur au pouvoir. M. Mottaki, considéré comme un proche de Ali Larijani, aurait critiqué ouvertement la politique du chef de l'État, selon un site Internet réformiste. « Mottaki ne s'est pas adapté à la manière de voir du président et à sa politique étrangère », précise le site Mardomsalari. D'après un autre site, Khabaronline, proche, lui, du gouvernement, M. Mottaki a « vivement critiqué le président pour avoir mis en place une cellule diplomatique parallèle » en se dotant de six conseillers de politique étrangère.

