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Culture - Exposition

Dans les instants flottants de Michel Fani

Il règne une atmosphère de passé et d'évanescent sur les photos agrandies de Michel Fani. Ce travail long et complexe, accroché jusqu'au 29 décembre à la galerie 6*, traduit le rapport avec le temps et l'invisible.

Dans le mirage du passé. (Michel Sayegh)

Avec à son actif plusieurs ouvrages sur la photographie - L'Atelier photographique de Ghazir (1995) et L'Atelier de Beyrouth (1996) - ainsi qu'un dictionnaire de la peinture au Liban (1998), Michel Fani assume les fonctions de conservateur à la Bibliothèque nationale de France. À la galerie 6, où il a déjà exposé l'an dernier, il revient cette fois avec des photos surdimensionnées du Liban des années 1950-1960, tout en proposant une réflexion sur le rapport du regard à l'image. Dans l'introduction de son livre Une Histoire de la photographie au Liban (éditions de l'Escalier), Fani s'exprime ainsi: «Ce livre commente l'histoire des représentations et des usages de la photographie telle qu'on l'a pratiquée au Liban. La multiplicité des lectures correspond à celle des cultures. (...) Le relais historique est analogue à celui de la photographie qui touche à l'imaginaire et à l'interprétation des formes: une tentative de représentation de la représentation (...) Au départ, on perçoit la photographie comme une simple variante de l'illustration et du portrait comme support de ceux-ci, mais ses diverses expressions et les cultures auxquelles elle s'adosse attestent qu'elle fut, dès ses débuts, le partenaire essentiel de deux facteurs importants, le visible et le temps.»

Au-delà du cadre
C'est donc sur ces deux paramètres: le temps et l'invisible, que Michel Fani élabore son travail. Ainsi, les images accrochées ne sont ni des photos de mondanités ni de constructions des années 50-60 bien qu'elles en aient tout l'air, mais une tentative d'aller au-delà du cadre - «Ce qui est très difficile, car la photo reste elle-même une frontière entre le réel et l'irréel», dit-il.
À travers ces interrogations, car «je me suis toujours intéressé à la photographie et je voulais comprendre pourquoi l'image a une telle emprise sur moi», avoue Fani, l'ethnologue et artiste reproduit des instants flottants. Et d'ajouter: «L'être humain est un système nerveux transitoire. Comment réagit-il au monde des images? demande-t-il. Des souvenirs, de la mémoire et de l'intelligence, il ne reste rien que des traces. J'ai tenté donc de travailler sur ces traces-là car la sensibilité est intransmissible. Seules l'écriture, la peinture ou la photographie peuvent la véhiculer.»
Sans vouloir être documentariste ni faire des élucubrations de l'esprit, Michel Fani propose un travail personnel, une sorte de clin d'œil à l'œil. En pénétrant le ventre des photos, dans leur texture comme pixellisée, dans les détails refabriqués et reconstruits à sa manière, il jette le trouble. «Chaque conscience veut la mort de l'autre. Je voudrais être moralement honnête en introduisant ce trouble, non pas pour établir l'authenticité d'une image, mais pour démontrer la brutalité de la faiblesse de l'homme», précise-t-il.

Réel et irréel
Ces personnages qui s'affichent sur la photo ont-ils vraiment existé, étaient-ils assis à la même table? À la manière de la formulation de Magritte, «ceci n'est pas une pipe» et qui a confondu plus d'un à l'époque, Fani établit le constat de l'œuvre existante indépendamment de la main qui l'a créée. Et, poursuit l'artiste: «Malraux disait que l'Olympia de Manet est un tableau avant d'être une femme nue. Ce que j'essaye donc de créer est non pas une reproduction du Liban, sinon je l'aurai fait dans les moindres détails, mais des objets qui ont une existence en dehors de moi-même et qui peuvent être communiqués à autrui.»
L'artiste, établi depuis plus d'une vingtaine d'années en France, ne jette pas un regard d'exilé, ni d'émigré, ni même de dépossédé, mais un regard de l'intérieur «car, dit-il, j'ai une relation douloureuse et intense avec mon pays». Un pays qu'il n'habite pas, mais qui l'habite constamment et qui invite chacun à se retrouver ou non dans ce cadre si familier, mais ô combien étrange.
Enfin, on peut percevoir cette pointe d'humour sur ce travail «visuel» qui évoque l'invisible. Il faut savoir affûter son regard, «c'est une technique», précise Fani, pour une meilleure lisibilité et non une simple visibilité de l'œuvre. Dans ce travail où l'artiste lui-même semble ne pas donner de réponses, mais seulement des instruments et des repères, les clichés, tel un mirage, oscillant entre réel et irréel, font exister l'image tout en proposant non pas une fiction, mais une meilleure compréhension du réel de la société libanaise.

* Galerie 6 (rue Albert Naccache, imm. Ingea). Tél. : 01/202281. Du mardi au vendredi, de 10h00 à 13h00 et de 15h00 à 18h00. Le samedi, de 10h00 à 13h00 et sur rendez vous.
Avec à son actif plusieurs ouvrages sur la photographie - L'Atelier photographique de Ghazir (1995) et L'Atelier de Beyrouth (1996) - ainsi qu'un dictionnaire de la peinture au Liban (1998), Michel Fani assume les fonctions de conservateur à la Bibliothèque nationale de France. À la galerie 6, où il a déjà exposé l'an dernier, il revient cette fois avec des photos surdimensionnées du Liban des années 1950-1960, tout en proposant une réflexion sur le rapport du regard à l'image. Dans l'introduction de son livre Une Histoire de la photographie au Liban (éditions de l'Escalier), Fani s'exprime ainsi: «Ce livre commente l'histoire des représentations et des usages de la photographie telle qu'on l'a pratiquée au Liban. La...
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