Cette campagne, à en croire la même source, a pour objectif de préparer la voie à un changement de gouvernement, décidé lors d'une récente réunion regroupant les quatre principaux chefs du camp du 8 Mars, Hassan Nasrallah, Michel Aoun, Nabih Berry et Sleimane Frangié.
Il va de soi que ce changement est censé, aux yeux de ses promoteurs, déboucher sur l'installation d'une équipe ministérielle dans laquelle le 8 Mars serait cette fois-ci prédominant. Or, pour y parvenir, l'opposition aurait certes besoin d'un camp présidentiel conciliant.
Mais la riposte de M. Murr ne s'est pas fait attendre. Qu'elle ait été ou non coordonnée à l'avance avec Baabda, sa virulence même ne peut laisser aucun doute sur les intentions du camp présidentiel : visiblement, ce dernier ne compte pas se laisser faire. D'ailleurs, on fait valoir, dans les milieux de Baabda, que la contre-attaque du ministre de la Défense renforce la position du président Sleiman et tend à neutraliser les arguments du 8 Mars pour ce qui est des conditions que ce camp pose pour la tenue d'un Conseil des ministres.
Cela laisse penser que la riposte de M. Murr pourrait avoir aussi été coordonnée avec le Premier ministre, Saad Hariri, dont le ministre de la Défense a ardemment défendu la cause dans son cri de révolte.
« Vraiment, qui est censé demander des comptes à
qui ? C'est à Élias Murr qu'on demande des comptes ou bien à ses tueurs ? » « Aux martyrs et aux innocents qui sont tombés du fait des assassinats et des tentatives d'assassinat ou bien aux assassins eux-mêmes ? » s'interroge M. Murr dans un communiqué.
« Qui demandera des comptes aux vrais faux témoins qui multiplient les menaces, lancent des incitations à la violence et permettent au sang libanais de couler ? Qui demandera des comptes à celui qui fait de la victime l'assassin ? Qui sanctionnera ceux qui incitent à la liquidation politique après avoir incité à la liquidation physique ? » « Qui poursuivra ceux qui s'efforcent de détruire méthodiquement les fondements du pays et ses institutions légales, judiciaires, politiques, militaires et sécuritaires ? » ajoute M. Murr.
Et de poursuivre : « Qui demandera des comptes à ceux qui incitent à la guerre civile entre Libanais à la veille de la parution de l'acte d'accusation du TSL ? Qui devra sanctionner ceux qui accusent les autres de félonie rien que parce qu'ils ne partagent pas le même point de vue ou alors sur la base de propos montés de toutes pièces, au moment où les Libanais affirment leur rejet de tout acte d'accusation qui ne serait pas fondé sur des preuves et des indices probants ? »
« Qui demandera des comptes aux auteurs du slogan : "Celui qui n'est pas avec nous conspire contre nous", ceux-là mêmes qui décernent et retirent les certificats de patriotisme ? Qui sanctionnera ceux qui prennent pour cible le président de la République et lui reprochent son silence alors qu'ils devraient apprécier sa sagesse dans la protection de la paix civile et la lutte contre la destruction méthodique du Liban et de ses institutions légales ? Qui poursuivra ceux qui s'en prennent au Premier ministre et le transforment de victime en coupable ? » lance-t-il.
« Je place ces interrogations entre les mains du peuple libanais et du pouvoir judiciaire qui rend justice au nom de ce peuple. Et sur base de tout ce qui précède, j'annonce que je ne participerai à aucune séance du Conseil des ministres si le premier point à l'ordre du jour ne prévoit pas de demander des comptes aux vrais incitateurs à l'assassinat, à la haine et à la guerre civile au Liban et de les adjoindre aux faux témoins », conclut M. Murr.

