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Liban - L’Analyse

L’avant et l’après

Il y a quelques semaines, la grande interrogation qui circulait parmi les Libanais était de savoir si l'acte d'accusation que doit faire paraître un jour ou l'autre - peut-être incessamment - le procureur du TSL serait susceptible de replonger le pays dans les affres de la guerre civile.
Les plus pessimistes voyaient déjà des hordes armées envahissant leurs quartiers et l'on s'évertuait à amplifier les scénarios-catastrophes concoctés par les esprits les plus imaginatifs de l'opposition. D'aucuns se risquèrent même à calculer le temps qu'il faudrait pour conquérir Meerab de haute lutte, étant entendu dans ce cas que le Grand Sérail l'aurait précédé dans la débâcle.
Et ce pessimisme était lui-même alimenté, chez les uns, par la prise de conscience de l'énormité, voire de l'impossibilité du rêve fou qu'ils osaient entretenir, celui de voir tomber une à une les grosses pointures du camp adverse après la parution de l'acte d'accusation. À l'assurance que les inculpations feraient mouche répondait la certitude que les inculpés éventuels ne se laisseraient pas faire et seraient donc acculés à la violence.
À l'heure actuelle, alors même que l'échéance attendue se fait théoriquement plus pressante, on semble revenir progressivement à des configurations plus prosaïques, excluant l'une et l'autre option.
Cette évolution est due d'abord à la décision tactique du Hezbollah de prendre les devants, qui a ramené, aux yeux d'une moitié des Libanais, le TSL et l'affaire dont il a la charge à la dimension d'un sujet de polémique intérieure ; et ensuite, à l'attitude du 14 Mars, et en particulier du Premier ministre, qui, tout en restant ferme sur le principe de la non-négociabilité du processus judiciaire, n'a à aucun moment écarté la possibilité de la négociation, in fine, d'un compromis politique.
D'un autre côté, le flot de littérature étalée dans les médias au sujet de l'enquête a bien fini, en grandissant, par banaliser en quelque sorte les détails fournis. Que l'on imagine, par exemple, l'effet du sympathique mélo hollywoodien monté par la télévision canadienne s'il avait été diffusé quelques mois plus tôt.
Il reste, bien entendu, une inconnue majeure : elle concerne le rang des individus qui figureraient parmi les inculpés. Mais à moins que l'acte d'accusation ne frappe très haut, il semble à ce stade quasi certain qu'un accord politique, auquel s'affairent comme on le sait la Syrie et l'Arabie saoudite, sera finalement conclu. À en croire certaines informations, cet accord serait même prêt et il ne reste plus qu'à s'entendre sur le timing de l'annonce : avant ou après l'acte d'accusation.
Sauf que précisément, il s'agit là du nœud central du problème. La différence est naturellement fondamentale, dans la mesure où un compromis intervenant à l'avance signifierait que le camp du Premier ministre aura été contraint d'avaliser le fait accompli d'un déni de justice, alors qu'un accord postérieur aux inculpations mettrait la partie accusée dans une situation embarrassante, même si l'on sait que dès lors qu'il est question d'un accord, la facture à payer ne devrait l'être que très partiellement.
Certes, dans ce dernier cas, le Liban pourrait au moins se targuer d'avoir remporté une victoire essentielle dans sa bataille contre la pratique de l'assassinat politique et contre l'impunité totale, en vogue depuis plusieurs décennies dans ce pays.
Quant à savoir l'impact que l'accord en gestation aurait sur les graves failles qui entachent l'exercice de la démocratie - et donc du pouvoir - au Liban, on peut déjà le résumer en un seul mot : il serait nul. En d'autres termes, il y aurait plus que jamais des gouvernements dits d' « union nationale » (l'expression « bazar national » serait plus appropriée), des ministres opposants, des pouvoirs qui se chevauchent et s'annulent, et des rapports de force politiques qui s'établissent autrement que par la seule voie des urnes.
Sur ce plan, la crise actuelle aura été instructive pour montrer que c'est moins le système politique libanais qui est en cause que la façon dont la politique est pratiquée. À condition bien sûr que l'on veuille s'instruire.
Un seul exemple suffira : voilà vingt ans que certains milieux politiques, en particulier chrétiens, reprochent au système de Taëf d'avoir dans les faits « volé » les prérogatives du président maronite pour les donner au Premier ministre sunnite. Que l'on additionne aujourd'hui les prérogatives des deux : il en faut davantage pour réunir un Conseil des ministres...

Il y a quelques semaines, la grande interrogation qui circulait parmi les Libanais était de savoir si l'acte d'accusation que doit faire paraître un jour ou l'autre - peut-être incessamment - le procureur du TSL serait susceptible de replonger le pays dans les affres de la guerre civile.Les plus pessimistes voyaient déjà des hordes armées envahissant leurs quartiers et l'on s'évertuait à amplifier les scénarios-catastrophes concoctés par les esprits les plus imaginatifs de l'opposition. D'aucuns se risquèrent même à calculer le temps qu'il faudrait pour conquérir Meerab de haute lutte, étant entendu dans ce cas que le Grand Sérail l'aurait précédé dans la débâcle.Et ce pessimisme était...
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