Lors d'échanges sur un forum en ligne organisé par le quotidien britannique The Guardian, M. Assange, qui ne s'exprime que rarement, a affirmé que sa vie était en danger. « Les menaces de mort à notre encontre sont de notoriété publique. Mais nous prenons les précautions appropriées dans la limite de ce que nous sommes capables de faire face à une superpuissance », a dit l'Australien de 39 ans. Son site WikiLeaks, qui a publié ces derniers mois des dizaines de milliers de documents sur les guerres en Irak et en Afghanistan, a commencé jeudi à dévoiler 250 000 notes diplomatiques américaines qu'il déclare détenir, provoquant la fureur de nombreux pays, États-Unis en tête.
Pris à partie par nombre d'États et de personnalités, M. Assange a des démêlés avec la justice à propos d'une affaire privée distincte. Il est recherché dans une affaire de viol par la Suède, qui a complété hier le mandat d'arrêt international le visant. « Nous avons renvoyé les renseignements que la police britannique a réclamés », a déclaré à l'AFP une porte-parole du parquet de Stockholm, Karin Rosander, laissant clairement entendre que M. Assange se trouvait en Grande-Bretagne. L'arrestation de M. Assange, devenu l'ennemi public numéro 1 de plusieurs pays après la publication de documents secrets embarrassants, avait été rendue jusqu'à présent impossible en raison d'un vice de forme dans le libellé du mandat d'arrêt initial suédois. Interrogé hier par l'AFP, l'un des avocats londoniens de M. Assange, Mark Stephens, a affirmé que ni lui ni Scotland Yard n'avait encore reçu le mandat d'arrêt complété. La justice suédoise souhaite interroger le fondateur de WikiLeaks « pour des soupçons raisonnables de viol, agression sexuelle et coercition », pour des faits remontant au mois d'août en Suède.
Tandis que l'étau se resserre sur M. Assange, son site est menacé. Victime de cyberattaques empêchant les internautes de se connecter à son adresse Internet habituelle wikileaks.org, WikiLeaks a dû transférer son adresse en Suisse (wikileaks.ch). Son fournisseur de noms de domaine (EveryDNS.net), qui fournit gratuitement le nom de domaine de 500 000 sites Web, a cessé dans la nuit de jeudi à vendredi son service à wikileaks.org après des attaques informatiques massives gênant son activité. Selon Me Stephens, « quelqu'un, probablement un acteur étatique, a pris le contrôle de centaines de milliers d'ordinateurs vulnérables dans le monde et les fait tous se connecter simultanément » au site afin de le mettre en panne. Ces tentatives « sophistiquées » font partie d'un plan plus général visant à réduire au silence son fondateur, a estimé l'avocat. Mercredi, WikiLeaks s'était déjà fait expulser du serveur américain Amazon et a trouvé refuge chez le français OVH pour une partie de son contenu, le reste étant en Suède. Vendredi, le gouvernement français a cependant indiqué qu'il étudiait les moyens d'interdire l'hébergement du site.
Par ailleurs, des sénateurs américains ont annoncé qu'ils avaient déposé une proposition de loi pour faciliter les recours juridiques contre M. Assange et son site. La diplomatie américaine est la première victime de ces fuites au compte-gouttes. Ainsi, le président russe Dmitri Medvedev a jugé que ces câbles américains rendus publics « montrent au monde entier le cynisme des appréciations et des raisonnements qui dominent dans la politique étrangère de différents États ; en l'occurrence, je fais allusion aux États-Unis d'Amérique ».

