Aujourd'hui, c'est la Sainte-Barbe (Barbara). Berbaaara en version originale. Une fête que l'on célèbre depuis la nuit des temps. Enfin, qu'on célébrait. Eh oui, il y a de plus en plus de choses qui se perdent. Qui s'inclinent devant l'hégémonie culturelle mondiale, et américaine surtout. Bien sûr, au Liban, on résiste. Les snacks de falafel côtoient les chaînes de fast-food, le trictrac danse avec le poker et notre café trinque avec celui de Starbucks. Le problème n'est pas tant la mondialisation comme partout sur la planète, mais l'abandon de certaines de nos traditions. Certes, on a gardé nos attaches culinaires (que le monde nous envie d'ailleurs), un peu de dabké ici et là, la zaffé parfois en début de mariage. Mais bon. Tout ça s'étiole un peu. D'ailleurs, en ce 4 décembre, à part quelques écoles, qui va vraiment célébrer la Sainte-Barbara? Qui va aller taper aux portes quand, il y a un mois, tout le monde s'est pris la tête pour dégoter LE déguisement en vue de Halloween. Ah, ça le 31 octobre dernier, Beyrouth était en ébullition. Les soirées Halloween ont pullulé comme jamais. Y'avait des citrouilles, du sang, des toiles d'araignées, des masques qui font peur, des vampires, des fantômes et plein de gens qui se la sont joués «gore». Il y en a eu du monde pour se bousculer au portillon de l'horreur. Youpi, c'est Halloween. Super. Demandez à un gamin de 15 ans, c'est quoi Halloween, seront pas nombreux à savoir répondre. Nous non plus d'ailleurs. Fête des morts? Lien avec la Toussaint? Célébration païenne d'origine celtique? Halloween, c'est un peu tout ça. Une fête qui serait venue d'Écosse et qui signifiait le passage d'une année à une autre. Mais ça, ça datait du Ve siècle. Puis on l'a associée à la Toussaint car en Irlande, on disait «All Hallows Eve»... mais Halloween, c'est surtout la «fête» de Jack-O'-Lantern, personnage d'un vieux conte irlandais, un avare, ivrogne, méchant et égocentrique. Qui vendit son âme au diable pour un dernier verre et à qui il joua une multitude de tours. À force de «jouer avec le feu», lorsqu'il décéda, on dit que l'entrée au paradis lui fut refusée, idem pour l'enfer. Depuis, il erre entre les deux mondes et c'est le jour de sa mort qu'on célèbre le 31 octobre. Le rapport avec le Liban? Euh, aucun. À moins que l'ironie du sort nous pousse à festoyer à l'avance le destin de tous ceux qui ont vendu leur âme et celle de leur pays à Satan le terrible... Halloween a damé le pion à Barbara. Et c'est terriblement triste. Tout simplement parce que la légende de ce crétin de Jack-O'-Lantern ne pèse pas un gramme face à la belle histoire de sainte Barbe. Qui est née à Baalbeck, qui dut fuir son père (un païen qui adorait ses idoles - tiens, encore un) et qui fut décapitée par ce dernier pour avoir embrassé la religion chrétienne. Si, depuis aussi longtemps que nos traditions s'en souviennent, les enfants se déguisent le 4 décembre, c'est parce que la jeune femme n'aurait pas pu s'échapper sans l'aide de ses amies qui lui conseillèrent de se travestir. Et si on plante du blé et qu'on en offre également ce jour-là, c'est parce qu'on dit que la jeune femme s'était nourrie uniquement de blé pendant sa fuite. Et c'est une 2am7ié (bouillie à base de blé, de sucre et d'anis) qu'on est censé offrir aux enfants et aux visiteurs qui tapent à nos portes... Il n'y a rien à dire, c'est une fête qui, pour nous, a bien plus de sens que n'importe quelle Halloween Party... Heureusement qu'on n'a pas tout bradé. Heureusement qu'on s'accroche encore à certaines de nos traditions pour ne pas voir notre culture disparaître. Pour ne pas nous voir disparaître. D'accord, c'est sympa Thanksgiving, la Saint-Valentin et tout le toutim, mais faut arrêter un peu. On en a tellement des fêtes ici. Des jours fériés, des occasions de festoyer. On a nos rituels, nos traditions, nos coutumes, nos processions, nos menus, nos desserts festifs. Alors une dinde de «remerciement» à côté de nos maamouls, de nos kellages, de nos maacrouns, de nos tamriyés... ça fait pâle figure. Ailleurs, il y a peut-être des babys showers, nous on a du meghlé et de la snayniyyé, y'a Mardi gras, nous on a Khamis skara, y'a des dindes, nous on a des moutons, y'a des Celebrations Days, nous on a nos Eids. Et ce soir, il y aura des bonbons, des caramels et des nougats qui attendront les enfants derrière les portes et on plantera du blé pour que la moisson soit prospère... In'challah.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Aujourd'hui, c'est la Sainte-Barbe (Barbara). Berbaaara en version originale. Une fête que l'on célèbre depuis la nuit des temps. Enfin, qu'on célébrait. Eh oui, il y a de plus en plus de choses qui se perdent. Qui s'inclinent devant l'hégémonie culturelle mondiale, et américaine surtout. Bien sûr, au Liban, on résiste. Les snacks de falafel côtoient les chaînes de fast-food, le trictrac danse avec le poker et notre café trinque avec celui de Starbucks. Le problème n'est pas tant la mondialisation comme partout sur la planète, mais l'abandon de certaines de nos traditions. Certes, on a gardé nos attaches culinaires (que le monde nous envie d'ailleurs), un peu de dabké ici et là, la zaffé parfois en début...