S&P, qui évalue la qualité de crédit des emprunteurs, a justifié le maintien de la note accordée au Liban il y a presque un an par « les progrès, lents mais constants, réalisés au niveau de l'ajustement structurel ». L'agence a insisté à cet égard sur la nécessité d'avancer davantage sur le front des « réformes structurelles », qu'elle a qualifiées de « vitales pour réduire les déficits fiscaux et maintenir la confiance dans le système bancaire à moyen et long terme », soulignant le niveau toujours élevé du ratio de la dette au PIB et les nombreux déséquilibres externes.
« Le ratio de la dette au PIB, qui s'élève actuellement à 130 %, est parmi les plus élevés au monde et constitue une contrainte majeure pour la flexibilité fiscale. Cependant, ce ratio, qui avait atteint un pic de 183 % en 2005, est en train de reculer rapidement, notamment grâce à la croissance importante du PIB », a ainsi noté S&P. Autre élément de vulnérabilité : le déficit de la balance courante qui s'élève à plus de 20 % du PIB.
Le rapport a déploré en outre le fait que plusieurs chantiers de réformes structurelles tardent à avancer. Ainsi, « le projet de loi relatif à la restructuration du secteur de l'énergie a été approuvé par le Conseil des ministres et le Parlement, mais tarde à être réellement mis en route. De plus, d'autres initiatives comme les réductions de subventions aux secteurs de l'électricité et du blé, ainsi que la rationalisation du processus budgétaire n'ont pas encore été appliquées ».
Sur un autre plan, l'agence de notation internationale a mis en garde contre une détérioration de la situation politique au Liban et un éclatement du gouvernement d'union nationale, à l'ombre des derniers rebondissements liés au Tribunal spécial pour le Liban. « Nous pensons que les allégations impliquant le Hezbollah dans le meurtre de l'ex-Premier ministre, Rafic Hariri, pourraient causer le retrait du parti de Dieu du gouvernement, ce qui saperait les perspectives d'une croissance durable », a souligné le rapport, cité par le Lebanon this Week de la Byblos Bank.
Perspective positive ?
Malgré ce tableau plutôt pessimiste, l'agence a maintenu ses perspectives à « positives », justifiant cela par une baisse du déficit fiscal qui devrait représenter 7 % du PIB cette année, contre 13,5 % en 2006. « Cette baisse s'explique par la hausse des revenus générés par l'importante croissance économique, la restauration de la taxe sur l'essence, la baisse des dépenses suite au retard de l'approbation du budget 2010, et par des taux d'intérêt bas qui ont réduit les coûts de financement », explique le communiqué.
S&P a justifié, en parallèle, le maintien des perspectives positives par l'important niveau de dépôts, qui permet au secteur bancaire de couvrir les besoins de financement du gouvernement. « Les dépôts du secteur bancaire s'élèvent à 104 milliards de dollars, ou 263 % du PIB, ce qui est un niveau largement suffisant pour refinancer la dette publique » conclut le communiqué.
Merrill Lynch prévoit
une croissance de 8 % en 2010
Par ailleurs, la banque d'investissement américaine Merrill Lynch a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour le Liban, à 8 % en 2010 et 5,9 % en 2011, contre 6,5 % et 5,1 % dans son précédent rapport. La banque a indiqué en outre que la croissance cumulée au Liban a fluctué entre 25 et 30 % depuis 2008.
Outre l'essor des secteurs de l'immobilier et du tourisme, ces taux de croissance élevés ont été rendus possibles grâce à l'important flux de capitaux dont a bénéficié le pays. En conséquence, la balance des paiements a enregistré un excédent de 3,5 milliards de dollars en 2008, 7,9 milliards en 2009, et devrait afficher un surplus de près de 5 milliards en 2010, a prévu la banque d'investissement.
Le gouvernement d'union nationale en place depuis un an a été incapable de mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires, a souligné, par ailleurs, la banque, mais la relative stabilité politique a été suffisante pour augmenter la confiance dans l'économie libanaise. La résurgence des tensions politiques a entraîné un ralentissement de l'activité en août et en septembre derniers, mais cela ne devrait pas se prolonger si l'affaire du Tribunal spécial pour le Liban est réglée sans déstabilisation majeure, a noté le rapport.
La parution de l'acte d'accusation pourrait poser quelques risques sur les marges d'intérêt à court terme, mais les conséquences devraient être limitées comme l'a montré l'expérience de juillet 2006, conclut le rapport.

