Le général Michel Aoun a décidé de prendre le parti de la communauté chiite, a-t-on dit. C'est son droit le plus absolu, à condition qu'il garde à l'esprit que la communauté chiite et le Hezbollah sont deux choses distinctes, et qu'il défende, quand il le faut, la communauté chiite contre la dérive totalitaire du Hezbollah. On comprend volontiers l'acceptation sélective, par le Hezbollah, de la modernité venue d'Occident, y compris sur le plan vestimentaire, mais non sa dérive idéologique, ni sa volonté de conquérir l'Occident et de le soumettre à son idéologie.
Sur le rapport des chrétiens avec l'Occident, une méprise doit être levée une fois pour toutes. Si les chrétiens d'Orient ont quelque chose de commun avec l'Occident, c'est d'abord quelque chose qu'ils lui ont donné. Et ce quelque chose, c'est la liberté - liberté par rapport à la lettre de la religion. « Liberté des enfants de Dieu », dit saint Paul - liberté d'enfants qui se sont habitués à appeler Dieu leur père. C'est cette liberté que les chrétiens ont donnée au monde, et dont la civilisation latine s'est saisie et qu'elle a poussée jusqu'à ses extrêmes conséquences.
Aujourd'hui, nous voyons cette liberté pantelante, détournée de son objet, qui est le service de la vérité, et instrumentalisée par l'homme au service de ce qui en lui n'est que « charnel ». Coupée de sa finalité, cette liberté a suivi une courbe fascinante qui a conduit l'homme au bord de l'autodestruction. Mais ce que nous en voyons, ce n'est plus la liberté que le Christ a donné aux hommes, mais sa caricature laïque. Michel Aoun assume une grave responsabilité vis-à-vis du Hezbollah, auquel le lie une charte, celle de lui montrer cette liberté, telle qu'elle est née du Verbe. Il assume en principe, vis-à-vis de ce parti, une sorte de responsabilité pédagogique. L'assume-t-il en fait ?
On fait parfois à Michel Aoun un procès financier. Pourtant, sa probité ne fait pas de doute. Elle va avec son personnage, son caractère. Encore que, de la race des hommes, personne ne soit vraiment complètement transparent. Non, ce qui dérange dans Michel Aoun ce sont ses choix politiques, où le souci de sa personne l'emporte sur le souci de l'État, et surtout sur l'intérêt du Liban.
La grandeur du Liban est dans son pluralisme, dont la pierre angulaire est cette précieuse liberté dont il est question plus haut, non dans son économie, ni dans quoi que ce soit d'autre. C'est ce modèle de vie pluraliste qui fait notre grandeur, notre unicité. C'est donc lui en toute logique que nous devons servir, protéger. C'est notre capital de base. Allons plus loin : c'est notre identité.
C'est pourquoi l'erreur sur le combat de Michel Aoun était si grave, après l'assassinat de Rafic Hariri. D'un homme d'État avec ses grandes qualités et ses défauts non moins grands, sa mort avait fait un héros, et le symbole de ralliement de toute une communauté, ou peu s'en faut, à l'idée libanaise.
Aux vivants, il revenait de choisir laquelle des deux images de Rafic Hariri était la plus précieuse, pour bâtir notre identité nationale, pour continuer à bâtir une identité nationale encore fragile. Et le choix n'était pas difficile à faire. Michel Aoun, pour notre malheur, a choisi de partir en guerre contre l'homme d'État disparu et de lui demander des comptes. Et d'accuser de détournements de fonds et d'enrichissement illicite celui dont la mort avait cimenté à tout jamais l'appartenance de sa communauté au modèle de pluralisme libanais. Quel gâchis !
PS : Notre pluralisme fait notre originalité, disions-nous plus haut. Mais il est - il était - une autre chose précieuse qui nous distinguait : notre climat, et voici qu'il ne pleut plus sur notre coin de planète. Nos véritables ennemis, aujourd'hui, ce ne sont ni l'Iran ni la Turquie... Ce sont les prédateurs économiques comme les États-Unis et la Chine, qui refusent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Intéressons-nous un peu moins à l'accord de Doha et un peu plus à celui de Kyoto.Les tropismes religieux et culturels ont leur place au Liban, pourvu qu'à l'extrémité des bras qui se lèvent et des mains qui s'agitent, il n'y ait pas une arme à feu !


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve