C'est en ce jeudi, férié au Liban, que s'est imposé sur les écrans du monde l'avant-dernier épisode de la saga de l'entre-deux millénaires : Harry Potter and the Deathly Hallows, première partie du tome 7 de l'œuvre de J.K. Rowling. Une saga gargantuesque (ultime ?) : universelle, atemporelle et globale, elle résume en la redessinant et la reconstruisant, comme jamais avant, toute l'histoire de l'humanité ; une dialectique et une dynamique où Kant, Dostoïevski, Shakespeare, Céline, Hegel et la comtesse de Ségur se seraient donné la main dans une immense déflagration, une désintégration : le ricanement se suicide sous les coups de boutoir d'une certaine forme du beau et du bon. Une saga qui raconte, exactement, l'histoire des peuples.
Filmé comme si Ingmar Bergman et Eric Rohmer avaient invité James Cameron et Tim Burton à signer une œuvre à huit mains, Harry Potter and the Deathly Hallows (part I) a naturellement assimilé l'individuel, l'anecdotique, la petite historiette (Harry entre à Hogwarts ; Harry prend conscience de sa mythique différence ; Harry se fait un prénom ; Harry accepte lentement sa destinée de leader en apprivoisant la douleur et le deuil ; Harry a ses premières érections ; Harry comprend qu'il est le Survivant, l'Élu, et, violemment, apprend à distinguer le bien du mal, savamment greffés en lui...) pour atteindre le collectif, le planétaire, dans ce qu'ils ont à la fois de plus urgent, de plus pathétique, de plus noble et de plus trivial : la bataille à mort pour le droit et la loi, la bataille à mort pour l'indépendance et la souveraineté, la bataille à mort pour les libertés et la démocratie, la bataille à mort pour la vie, l'amour, l'acceptation de l'autre, et, par-dessus tout, la coexistence. La convivialité.
Harry Potter and the Deathly Hallows (part I) est un point d'inflexion, le moment où tout bascule, où, après l'assassinat d'Albus Dumbledore par un Avada Kedavra équivalent à une tonne de TNT, le ministère de la Magie (l'État, noyé dans tous ses défauts, ses tares, ses vicissitudes, sa gabegie, sa corruption, l'ubuesque de son administration...) est dynamité par les forces du Mal (la milice parfaite, celle dont n'importe quels fascisme, dictature, auto/théocratie, n'importe quelle extrême-droite/gauche s'inspirerait les yeux fermés) ; le moment où l'ordre du Phénix (les défenseurs de l'État de droit) entre en une absolue résistance (militaire, morale, culturelle...) avant que de se lancer dans la bataille finale, à l'issue de laquelle l'un des deux, pour survivre, doit tuer l'autre.
Entre les deux, l'immensité, l'infinitude des doutes, de la peur, des désillusions, du découragement,
À moins que les regrets, le remords ne poussent les Deatheaters, ces miliciens disciplinés jusqu'à la moelle, jusqu'à la marque tatouée sur leur bras gauche, à se repentir, à s'amender - sans promesses, sans surenchères, sans conditions, juste par les actes : à mettre leurs armes au service de la nation, à céder à la logique de l'État, à entrer dans la légalité.
Toute ressemblance avec tout personnage, tout pays ou tout peuple déjà existants serait purement fortuite. Naturellement.
Le hasard auquel sied visiblement l'air du Liban engendre parfois de ces monstruosités...


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