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Lifestyle - Rencontre

Les mots et les maux de Tarek Mitri

Au service de l'État. Voilà comment aime à se définir Tarek Mitri, aujourd'hui ministre de l'Information, sans jeux de mots, mais avec les mots qu'il aime et en toute sincérité. Au service, précise-t-il, d'une notion de la politique plus citoyenne que partisane.

Tarek Mitri, un homme politique indépendant. Photo Michel Sayegh

Il a un visage calme, serein, qui rassure, même si inquiet, même si amer. Une colère retenue et civilisée que certains lui ont reprochée, mais qu'il assume en précisant : « Si je répondais de la même manière que mes détracteurs, je me trahirais moi-même. Je ne veux pas leur ressembler. C'est ma façon de les mépriser. » Et d'ajouter : « Il y a une ambivalence entre ce que l'on est et l'image que l'on projette. Parfois on se sent incompris ». Son sourire, souvent affiché même derrière une sourde révolte, cache les tourments et les déceptions qui le traversent, surtout lorsqu'il s'agit de faire un bilan objectif de ces dernières années et de ces derniers mois. « Je suis inquiet sans être désespéré, mais certaines réalités me mettent en colère », avoue-t-il.
Tarek Mitri a été, avec autant de discrétion efficace, ministre de l'Environnement et ministre d'État au Développement administratif au sein du gouvernement Mikati, puis ministre des Affaires étrangères par intérim et ministre de la Culture dans l'équipe de Fouad Siniora, et aujourd'hui, ministre d'une information qu'il voudrait libre. Libre de toute censure, mais également capable de censurer ce lot d'injures qui fait figure de pâle discours politique. Lui, l'intellectuel qui aime le mot, sa valeur, son pouvoir, qui a beaucoup lu et écrit, qui a longtemps participé à de nombreux dialogues interreligieux et enseigné à l'Université de Harvard, aime à penser que les mots sont à présent utilisés pour dissimuler quelque chose. « Il y a une telle violence symbolique dans le mot. Un mimétisme de violence... Aujourd'hui, on ne parle pas les uns avec les autres, mais les uns contre les autres. Et pourtant, c'est avec les mots qu'on refait le monde », précise-t-il. Durant les pires heures des années post-Rafic Hariri, Tarek Mitri a défendu toutes les valeurs d'une société civile si peu représentée par la politique politicienne, devenue d'usage dans notre pays. « Dans une société plurielle, la liberté de pensée est une valeur qui occupe une place très élevée dans les hiérarchies de valeurs auxquelles je crois. Elle passe avant l'appartenance communautaire ou le conformisme social. ».

Caméléon
Tous les postes qu'il a occupés lui allaient comme un gant, mus par ce même souci de contribuer à édifier un pays solide, moderne et ouvert. En 2006, alors ministre des Affaires étrangères par intérim, il a la lourde tâche, devant le conseil de sécurité de l'ONU, de « rendre au Liban son statut de victime d'une agression dont on l'accusait d'être l'agresseur. Je sentais que ce que je faisais, je le faisais pour tout le Liban dans un pays fort divisé », dira-t-il. Dans la culture, il met en plan une série de projets de loi portant sur la protection de la diversité culturelle, des droits d'auteur et des sites archéologiques. Il entreprend également des chantiers importants, l'édification d'un centre de la culture et des arts, la réhabilitation de la bibliothèque nationale et les préliminaires à l'organisation des jeux francophones et de « Beyrouth capitale mondiale du livre », qui ont eu lieu en 2009.
De tous ces moments vécus, intenses et souvent difficiles, Tarek Mitri retient l'ensemble et les détails. Sur son bureau traîne un grand cahier, témoin et complice, sur lequel, confesse-t-il, « je note mes réflexions personnelles sur une réunion ou une entrevue ». Et, sortant de sa poche un petit carnet privé, il poursuit, nous confiant les « secrets de son travail » : « Dans celui-ci, je note mes réflexions en amont, pour retenir quelque chose de cet instant ». Au fil de ces pages, de ces cahiers, aujourd'hui au nombre de 200, au détour des phrases, figurent sans doute les victoires, personnelles et nationales, les déceptions et les attentes intimes. Le tout dans un langage où les mots sont réfléchis et les maux ont leur poids.
La politique, qu'il continue à apprivoiser, ou est-ce le contraire, l'aura convaincu de rester indépendant. « J'assume, précise-t-il, mon rôle d'homme politique tout en étant un peu en retrait avec lui ». Elle lui aura également appris à être patient, mais aussi impatient quand il le faut. « Me mettre en colère, poser un certain acte d'autorité pour que certaines choses avancent. J'ai désappris certaines choses aussi ! ».
« Moi, conclut-il enfin, au bout d'une délicieuse entrevue de deux heures, et avec des nuances à saisir entre les lignes, je fais ce qu'on me dit de faire. Je suis un serviteur de l'État ».
Il a un visage calme, serein, qui rassure, même si inquiet, même si amer. Une colère retenue et civilisée que certains lui ont reprochée, mais qu'il assume en précisant : « Si je répondais de la même manière que mes détracteurs, je me trahirais moi-même. Je ne veux pas leur ressembler. C'est ma façon de les mépriser. » Et d'ajouter : « Il y a une ambivalence entre ce que l'on est et l'image que l'on projette. Parfois on se sent incompris ». Son sourire, souvent affiché même derrière une sourde révolte, cache les tourments et les déceptions qui le traversent, surtout lorsqu'il s'agit de faire un bilan objectif de ces dernières années et de ces derniers...
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