La cérémonie d’ouverture du séminaire régional de l’Unicef, au Caire.
Au sein des familles, à l'école, dans les associations, à la télé
Soucieuse de faire la lumière sur la violence contre l'enfance, l'organisation onusienne a placé ce thème au cœur du prix régional de journalisme de l'Unicef, pour l'année 2011. « La violence est un véritable fléau dans le monde arabe. 90 % des enfants sont victimes de violence physique et morale dans cette région », a affirmé le directeur régional de la communication au sein de l'Unicef, Abdel Rahman Ghandour. Il a précisé que les mariages forcés des mineures, le travail des enfants et l'excision des fillettes sont des formes de violence contre l'enfance. « Pour changer les comportements, nous devons commencer aujourd'hui », a-t-il insisté, souhaitant que le bilan s'améliore en 2011. « Le défi est de taille, mais nous sommes certains de réussir », a-t-il conclu.
La violence dans la région MENA a pris une place de taille dans les débats. Elle est présente, non seulement sur le petit écran, mais au sein des familles, dans les écoles et les associations, sous forme de maltraitance ou d'abus, alors que les gouvernements rechignent à mettre en place des politiques fermes de lutte contre la violence à l'égard de l'enfance. Les exemples foisonnent. Les intervenants dénoncent le viol d'un élève, par un enseignant, dans une école égyptienne. Ils constatent aussi que les parents pratiquent toujours la sanction physique, en Égypte. Ils observent qu'au Maroc, la violence physique et morale envers les enfants est très répandue et que la maltraitance est plus importante envers les enfants placés dans des associations. Ils ajoutent qu'en Jordanie, la violence est constatée principalement dans les familles à revenus limités et qu'en Arabie saoudite, ce sont les enfants des familles démembrées qui sont les premières victimes de violence. Ils soutiennent qu'en Algérie, la violence envers l'enfance est liée à la montée du terrorisme et que les enfants du Yémen, forcés d'aller travailler dans d'autres pays, sont également victimes de violence. Tous les pays arabes, sauf la Somalie, ont pourtant ratifié la Convention internationale des Nations unies des droits de l'enfance.
« Les médias poussent les enfants à la violence », accusent aussi des intervenants, invitant les médias arabes « à signer un pacte pour protéger l'enfance contre la violence ». L'assistance est toutefois consciente de la difficulté de mettre un terme à la violence diffusée sur les médias. D'où la nécessité de sensibiliser l'enfant, ses parents et ses éducateurs, pour les armer contre la violence. « Mais à quoi sert la sensibilisation dans des sociétés qui ne respectent ni les droits ni la liberté d'expression ? » demande un intervenant.
Le mariage des mineures
Les constatations se veulent réalistes : « La violence est en augmentation dans la région et entraîne une baisse du niveau de vie. » Pire, « les gouvernements arabes n'interviennent pas au sein des familles, mais se limitent à distribuer des aides financières et sociales », note encore un intervenant, invitant les médias à dénoncer les négligences des gouvernements dans la protection de l'enfance. « Des gouvernements qui traitent les problèmes de l'enfance de manière partielle et superficielle, sans envisager la moindre prévention », constate-t-il, estimant que les droits de l'enfant ne sont pas envisagés par les pays arabes dans leur concept global. Et pourtant, la Convention des droits de l'enfance est claire à ce niveau.
Certes, les initiatives existent, comme les documentaires réalisés en Jordanie par Ghada Saba, sur les ateliers de théâtre destinés aux enfants des rues, comme aussi le programme égyptien Ismahouna de sensibilisation aux droits de l'enfant, ou comme un feuilleton égyptien, écrit par la journaliste Mona Ragab, qui traite de sujets comme l'excision, l'éducation des filles ou les droits de la femme. Mais le financement de tels programmes est souvent difficile, sans compter qu'ils bénéficient rarement de la visibilité adéquate.
Parmi les atteintes aux droits de l'enfance, figure le mariage des mineures, très fréquent en Égypte, en Arabie saoudite ainsi qu'au Yémen. Le journaliste saoudien, Saoud Kateb, précise que « le mariage des mineures est en augmentation constante en Égypte où il a atteint les 26 % en 2006, alors qu'il était de 14 % quelques années auparavant ». « Contraire à la Convention des droits de l'enfant, le mariage des mineures a des conséquences dramatiques », affirme-t-il. Il précise à ce propos qu'il peut entraîner « la mort des fillettes », provoque « des déchirures de leurs parties génitales », sans oublier que « leur scolarité est interrompue ». M. Kateb évoque aussi « les dangers des grossesses précoces », ainsi que « l'important déséquilibre d'âge entre l'homme et sa jeune épouse ». « Il n'existe absolument aucun point positif au mariage des mineures », martèle-t-il, constatant qu'il ne peut y avoir de solution au problème, en l'absence d'une volonté réelle des gouvernements concernés et de la mise en place de sanctions à l'égard du père et de l'époux de la fillette. Il préconise surtout une « prise de position ferme des médias pour faire pression sur les gouvernements ».
Les réactions de l'assistance ne se font pas attendre. « Le problème existe également au Soudan », tient à indiquer un intervenant soudanais, qui affirme que dans son pays des fillettes de moins de cinq ans sont données en mariage. On apprend aussi qu'au Maroc, pas moins de 30 000 cas de mariages de mineures ont été dénombrés. On dénonce aussi l'influence des croyances religieuses sur la persistance d'une telle pratique et sur la grande frilosité des autorités à envisager des solutions radicales. La réalité est certes consternante. Mais certaines interventions auraient gagné à mieux traduire cette réalité. L'assistance est d'ailleurs restée plus d'une fois sur sa faim. Comment les médias égyptiens ont-ils traité le cas du viol d'un enfant ? Ces médias ont-ils respecté le droit et l'anonymat de la jeune victime ? Comment ont réagi les autorités égyptiennes ? L'agresseur de l'enfant a-t-il été sanctionné ? Le sujet, d'actualité, a malheureusement été survolé, évoqué à demi-mots, comme il est de coutume dans nos sociétés arabes.

