C'est quoi ce temps pourri? Hein? C'est quoi ce plan foireux? On fait comment, s'il fait beau, pour déprimer et se laisser aller au blues d'automne? On fait comment si le ciel est bleu, qu'on porte toujours des sandales, qu'on peut encore aller bronzer pour pester contre cette année qui se termine? On est le 13 novembre, il fait beau, il fait chaud et dans un mois c'est Noël. On ne se rend pas bien compte du temps qui passe, à cause du temps, justement. Pourtant les symptômes sont là. Petite déprime due au changement de saison, baisse de régime. Grippe, labyrinthite, maux de ventre. Tout y est, sauf le climat. Ce foutu climat qui perturbe toutes les données. Pas besoin de s'étendre sur le réchauffement climatique, la planète qui va mal et l'homme qui s'en contrefout, ça, ça se saura. The point is que là, en ce moment, on est en train de devenir comme Dubaï. D'ici peu, on ne saura plus à quel mall se vouer. C'est quoi ce temps? Ces températures? Est-ce qu'on range les habits d'été? Est-ce qu'on sort les habits d'hiver? Et nos nouvelles acquisitions, on les met où dans le placard? Ça valait le coup d'investir dans des bottes depuis la fin du mois d'août et l'arrivée des nouvelles collections. Les soldes auront déjà commencé qu'on ne les aura même pas portées ces foutues bottes. D'ailleurs, tout le monde attend les soldes. À quoi cela peut-il bien servir de s'acheter des fringues d'hiver quand on lézarde encore au soleil. Pas même des prémices d'automne. Pas une feuille d'arbre qui ne rougit ou qui ne tombe sur le trottoir. Pas même une brise légère. On n'est même pas en demi-saison. Ni automne, ni hiver, ni été. Saison morte? Saison point mort surtout. Y'a rien. On a l'impression qu'on attend quelque chose, un truc. Mais on ne sait pas quoi. C'est comme si tout le pays était coincé dans une espèce de sas, un entre-deux portes, à l'entresol. Est-ce qu'il va pleuvoir? Est-ce qu'il y aura une guerre? Est-ce qu'il va neiger? Est-ce que le pays va s'embraser? Est-ce que les plages sont encore ouvertes? Tant de questions aussi existentielles que futiles, aussi inquiétantes qu'accessoires. Des questions pour la plupart sans réponses. Niveau moral, ça n'aide pas des masses. On a un peu le cul entre deux chaises. Mais à l'aube de 2011, on en a un peu l'habitude au Liban. On sait y faire, nous, dans le genre incertitude et inertie. On est même passé maîtres ès la matière. Alors ce n'est pas une stagnation de saison qui va nous faire vaciller. On se fait violence et on positive. De toutes les manières, on n'a pas le choix. Il fait encore chaud? C'est pas bien grave, on enfourche quand même nos boots. Le manteau de fourrure fait grise mine dans la penderie? Prenons-nous pour Grace Jones et sortons notre peau de bête pour couvrir notre maillot de bain. On se fout un peu du qu'en dira-t-on, l'excès est dans notre mesure. Alors oui, on déprime sous le ciel azuré, ça fait top classe. On porte ses UGG avec un short, ça fait sexy Carrie Bradshaw. On enfile des bas, un pull, un foulard... c'est que le climatiseur tape fort. La mode est aux Moon Boots et au vison? On fera avec. Voilà. Et même si nos pieds sont encore en éventail dans nos tongs, on organise le Nouvel An. Montagnou? Réservé pour le 30 au soir. Et ce, depuis le 15 août dernier. Faut pas déconner quand même. On ne va pas contrarier nos plans habituels. Alors, qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il canicule, on fait comme d'habitude. Faut rentabiliser le chalet, les fringues et tout le toutim. Et si Faqra a prévu du ski sur gazon, on peut bien essayer le snowboard sur gravier. Faut voir le verre à moitié plein. Malgré tout. On est mi-novembre et il y a déjà des rabais. Du 20, du 30%. Parfait. Surtout que tout est encore dispo. Dans toutes les tailles et les couleurs. On ne met plus le climatiseur (moins d'électricité consommée) et on ouvre la fenêtre. Plus besoin de se prendre la tête à se demander ce qu'on va faire pendant le week-end, on peut faire plein de trucs. Je ne sais pas moi, visiter du pays, faire de l'escalade, des randonnées, du vélo, un pique-nique. On peut organiser un dîner, une soirée, une beuverie automnale. Faut en profiter, personne ne fait de fête en «low season». Et puis mardi, c'est férié. Donc lundi soir... champagne pour tout le monde.
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