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Moyen Orient et Monde - Le Point

Est-ce bien Fini ?

Karima el-Mahroug : le nom ne vous dit rien ? Essayons-en un autre : Ruby Rubacuori, ce qui pourrait se traduire par voleuse de cœurs. Quoi, non plus ? Bon, allons-y d'un bref portrait : blonde peroxydée, 18 ans, milanaise d'adoption puisque née de parents marocains installés dans la Péninsule, et danseuse orientale à ses heures perdues. Épisodiquement donc, car cette flamboyante beauté préfère travailler à domicile, de préférence au domicile de ses compagnons d'un soir. Ses quinze minutes de célébrité datent du 26 octobre, lorsque, quittant l'univers de « toutes ces dames au salon » (pardon Mouloudji), elle a atterri dans les locaux de la police où elle a été interrogée dans le cadre d'une vulgaire affaire de proxénétisme.
Vous êtes en droit de ne pas voir dans tout cela un quelconque rapport avec la crise à rebondissements que connaît l'Italie depuis deux semaines, en fait, mais par intermittence depuis des années. Les enquêteurs, eux, n'ont pas tardé à y voir une relation de cause à effet quand ils se sont souvenus - fort mal à propos, il faut le dire - qu'en mai dernier, la charmante enfant avait été arrêtée pour vol puis relâchée sur intervention du bureau du Premier ministre, une décision entérinée le 2 novembre par le procureur général milanais.
À partir de là, on quitte un incertain milieu pour passer aux extrêmes. La caste politique affiche une moue réprobatrice, l'entourage de Silvio Berlusconi commence à montrer des signes d'inquiétude et Gianfranco Fini franchit un pas dont on le croyait incapable, réclamant la démission d'un président du Conseil dont il est l'allié depuis dix-sept ans. Mieux encore : si aucune suite n'est donnée à sa demande, il menace de retirer ses représentants - un ministre, un vice-ministre, deux sous-secrétaires d'État - au sein de l'équipe en place, après une valse-hésitation qui se poursuit depuis 2008, date qui vit les deux ténors du centre-droit fondre leurs deux formations dans le creuset d'un nouveau parti.
La presse s'en donne à cœur joie : « Une saison de quinze ans est en train de s'achever dramatiquement », écrit le Corriere della sera ; « la fin est imminente », renchérit la Repubblica. L'austère Economist de Londres va jusqu'à se permettre un jeu de mots, parlant de « Burlesqueoni », pendant que l'intéressé se cabre, maladroitement, et s'accroche, pitoyablement, tout comme il l'avait fait l'an dernier, après une autre série de scandales. Il dit préférer courir le guilledou - à 74 ans !... - plutôt qu'être gay, s'attirant quelques ripostes acerbes et poussant Mara Carfagna, sa ministre de l'Égalité des chances à prendre ses distances, elle qui lui doit son maroquin.
Cette fois, le charme semble ne plus jouer. Certes, Sua Emittenza peut se targuer de quelques faits d'armes : Naples a été nettoyée des montagnes d'immondices qui l'avaient envahie, les banques ont résisté à la débâcle mondiale de ces dernières années, l'économie se porte plutôt bien. Mais si, au troisième trimestre de l'année en cours, la croissance a marqué un bond de 0,4 pour cent, le chômage atteint toujours 8,4 pour cent (au plus haut depuis 2003), la dette publique représente un taux de 116 pour cent du produit intérieur brut (le chiffre le plus élevé de la zone euro) et il faudra lever cette année quelque 20 milliards en bons du Trésor pour y faire face. Quant aux ordures ménagères, elles recommencent à bloquer la vue dans la grande métropole du Sud. Enfin, tout occupé à s'octroyer une immunité lui permettant d'échapper aux foudres de la justice, le maître de l'empire Mediaset en a oublié de faire voter des lois : dix textes cette année, si l'on exclut la législation de routine.
Mais aucun des termes de l'alternative - un nouveau cabinet ayant à sa tête soit même homme, soit un autre leader, ou bien des élections anticipées - n'a la préférence des Italiens, encore moins celle de leurs représentants. Plus probablement, on semble s'acheminer vers un blocage, situation qui a toujours arrangé le Cavaliere. Si le président de la Chambre des députés a étonné son monde en claquant la porte, il reste qu'il ne possède pas un véritable électorat. Il finira donc, prédit-on, par se rallier aux thèses du troisième partenaire au sein de la coalition gouvernementale, le leader de la Ligue du Nord Umberto Bossi, lequel prêche pour un armistice d'un mois. Le temps de faire voter un décret modifiant en faveur des siens le système d'imposition, le temps aussi pour Berlusconi d'obtenir de la Cour constitutionnelle une plus longue suspension des procès à son encontre.
Pas question donc de législatives avant terme. Le président de la République, Giorgo Napolitano, a été clair sur ce point : avant tout changement, il faudra faire adopter le projet de budget 2011, en cours d'examen à la Chambre des députés, si l'on veut éviter une crise aux conséquences incalculables.
Quitte pour cela à passer l'éponge sur les dernières en date des frasques de l'incorrigible Silvio. Et en attendant les prochaines.
Karima el-Mahroug : le nom ne vous dit rien ? Essayons-en un autre : Ruby Rubacuori, ce qui pourrait se traduire par voleuse de cœurs. Quoi, non plus ? Bon, allons-y d'un bref portrait : blonde peroxydée, 18 ans, milanaise d'adoption puisque née de parents marocains installés dans la Péninsule, et danseuse orientale à ses heures perdues. Épisodiquement donc, car cette flamboyante beauté préfère travailler à domicile, de préférence au domicile de ses compagnons d'un soir. Ses quinze minutes de célébrité datent du 26 octobre, lorsque, quittant l'univers de « toutes ces dames au salon » (pardon Mouloudji), elle a atterri dans les locaux de la police où elle a été...
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