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Les manques et perspectives du cinéma et de la littérature au Liban 

À l'initiative de la Fondation LibanCinéma et de l'ESA, et dans le cadre du Salon du livre, une table ronde, animée par Gérard Bejjani et réunissant romanciers, d'une part, et cinéastes, de l'autre, a posé le problème de l'adaptation cinématographique de la littérature libanaise d'expression française et arabe et a fait un juste éclairage sur les manques et les perspectives.

De gauche à droite : Élie Khalifé, Philippe Aractingi, Jocelyne Saab, Gérard Bejjani, Jabbour Douaihy, Vénus Khoury Ghata, Chérif Majdalani et Aimée Boulos. (Photo Michel Sayegh)

Avant que le débat ne commence, Aimée Boulos, présidente de la Fondation LibanCinéma, a évoqué brièvement le travail de la fondation et la collaboration récente avec l'ESA, qui projette entre autres activités de présenter des courts-métrages libanais en présence de leurs réalisateurs au ciné-club de l'ESA. Trois longs-métrages seront aussi présents au programme, tandis qu'une grande manifestation cinématographique libano-française clôturera l'événement.
Par la suite, c'était à Gérard Bejjani, directeur de l'Université pour tous, d'ouvrir le débat en définissant les deux langages, cinématographique et littéraire.
Selon « Stendhal, dira Bejjani, le roman est un miroir que l'on promène tout au long du chemin ». Pour Julien Greene, « le roman est une fenêtre ouverte sur un monde enchanté ». Et au début du film Le Mépris de Jean-Luc Godard, ce dernier cite André Bazin pour qui « le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs ». Il y a dans ces trois définitions donc les termes miroir, fenêtre et regard qui seraient la meilleure entente entre le roman et le cinéma, puisqu'ils sont tous deux porteurs d'une vision du monde. Et ce monde, parce que fictif et imaginaire, « révèle une vérité », selon Mauriac.
 « Ces deux arts entrent constamment en interférence, poursuit Bejjani. Les affinités du film avec le roman consolident entre eux un rapport de solidarité et non de rivalité. Mais quid du Liban ? A priori, la relation ne semble pas solidaire, répond malheureusement le modérateur. Et même d'aller plus loin en disant que le cinéma emprunte très peu, voire pas du tout, des histoires à la littérature. »
 On pourrait ainsi citer La porte du soleil, roman d'Élias Khoury, mais malheureusement le roman a été adapté à l'écran par un réalisateur égyptien, Yousri Nasrallah. Il y aurait également Zinnar al-Nar de Bahig Hojeij, adapté du roman al-Moustabidd de Rachid el-Daïf, mais n'est-ce pas là un maigre constat ?
« Le cinéma boude-t-il ou méconnaît-il la littérature libanaise ? Pourquoi le cinéma ignore-t-il ce patrimoine libanais ? » s'interroge Bejjani. « On constate que certains étudiants semblent être arrivés au cinéma sans être passés par la littérature. Sans aborder le problème de fidélité ou d'authenticité, on va essayer de réfléchir à ce manque et à ce désintérêt », dit-il encore.
 Pour sa part, Vénus Khoury Ghata avoue avoir accepté de se soumettre à cet exercice d'adaptation cinématographique quitte à tuer même ses personnages, mais au bout du compte son roman la Maestra n'a finalement pas été adapté. « Il faudra que le romancier, poursuit Gérard Bejjani, accepte une certaine infidélité au roman », ce à quoi la poétesse et romancière répond « avoir tout accepté, mais en vain ».
 Prenant la parole, la cinéaste Jocelyne Saab, dont le récent film What's Going On prouve la grande fascination qu'a la réalisatrice pour les mots, compare romanciers et cinéastes aux mères biologique et génétique qui vivent un réel problème de maternité. « Le scénariste veut en général s'approprier le roman totalement », dit-elle. « Par ailleurs, c'est injuste de condamner notre cinéma qui est encore jeune et n'a pas les moyens financiers nécessaires pour s'attaquer à des adaptations. On oublie souvent que la guerre a ralenti notre élan. Ceux qui ont fait le plus de films, ce sont ceux qui ont pris l'aide européenne et se sont soumis à ses conditions. Adapter un roman n'est pas chose aisée, conclut-elle, et il faudra donc plus d'expérience et de temps pour atteindre cette étape.»
 Chérif Majdalani (Histoire de la grande maison et Caravansérail), lui, porte un intérêt au métissage. Il est supposé donc accepter cette alliance entre roman et film, mais apparemment le romancier semble avoir des réticences sur ce point. Il trouve en effet « difficile de céder son imaginaire à un scénariste qui va transformer son œuvre littéraire en film ».
 Gérard Bejjani a alors désapprouvé cette méfiance qu'ont les auteurs à livrer leurs romans. « Quoi de plus fabuleux, dit-il, de voir l'écrit devenir un jour images ? »
 Quant à Philippe Aractingi (Sous les bombes), il s'est dit très intéressé d'adapter une œuvre littéraire, mais s'est désolé par ailleurs de l'inexistence d'un vrai cinéma libanais : « Nous produisons tous les ans trois à quatre films alors qu'en Israël, ils en ont douze et au Maroc un peu plus. » Et d'ajouter : « Adapter un livre, c'est être à l'écoute, mais comment être ouvert aux autres quand on est encore fixé sur soi-même et sur ses propres frustrations de guerre ? »
 Prenant la parole, le romancier Jabbour Douaihy a regretté que les cinéastes ne lorgnent pas assez du côté de la littérature libanaise qui est foisonnante ces dernières décades. « Outre les romans, il y a des nouvelles, des "shorts stories" extrêmement intéressantes que les réalisateurs ne sont pas intéressés d'adapter. On me dit d'ailleurs souvent que mes écrits traînent souvent un film derrière eux. »
Élie Khalifé (Yanoosak), lui, a ajouté par la suite que ses films et courts-métrages ont souvent été adaptés de faits divers. « J'avoue qu'en lisant un livre j'adhère au monde de l'auteur, mais je serai tenté d'être infidèle car quoi de plus ennuyeux que de rester totalement sincère à un livre, précise-t-il. Un livre est un livre et un film reste un film.»
 Gérard Bejjani, qui a essayé durant tout ce débat de trouver une certaine convivialité entre romanciers et cinéastes, regrette lui aussi, tout comme Jabbour Douaihy - et nous autres - que cette mine littéraire ne soit pas assez exploitée. « Il faut, répétera-t-il, que ces romanciers consentent à faire des concessions pour qu'il y ait une certaine entente. »
 Cette table ronde très constructive et qui représente comme un premier pas à un débat réel a prouvé qu'il y a un désir très fort de la part des romanciers à revendiquer la maternité de leurs œuvres tandis que les cinéastes affichent une liberté quant aux leurs. Néanmoins, un effort de se rapprocher les uns des autres s'est fait sentir.
 Alors à quand une prochaine adaptation cinématographique de la littérature libanaise qui scellerait cette entente cordiale dont les premiers jalons ont été posés par ce rapprochement, initié par la FLC et l'ESA ?
Avant que le débat ne commence, Aimée Boulos, présidente de la Fondation LibanCinéma, a évoqué brièvement le travail de la fondation et la collaboration récente avec l'ESA, qui projette entre autres activités de présenter des courts-métrages libanais en présence de leurs réalisateurs au ciné-club de l'ESA. Trois longs-métrages seront aussi présents au programme, tandis qu'une grande manifestation cinématographique libano-française clôturera l'événement. Par la suite, c'était à Gérard Bejjani, directeur de l'Université pour tous, d'ouvrir le débat en définissant les deux langages, cinématographique et littéraire. Selon...
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