Un signe qui ne trompe pas à propos de cette visite-surprise : le locataire du Quai d'Orsay a demandé des rendez-vous auprès des différents responsables libanais jeudi dernier, soit 24 heures avant son arrivée à Beyrouth, et ce sans donner la moindre explication à toute cette agitation.
Selon des sources diplomatiques bien informées, Nicolas Sarkozy aurait demandé à Bernard Kouchner de faire un rapport sur la réalité des choses pour pouvoir ensuite, le cas échéant, prendre contact avec les capitales à même de pouvoir contribuer à éviter tout débordement au Liban, notamment à la veille de la publication de l'acte d'accusation du tribunal spécial et des menaces que multiplient à ce sujet plusieurs pôles du 8 Mars.
D'autant plus que Paris ne semble guère satisfait ni de l'évolution ni des résultats des contacts entre Riyad, Damas et Téhéran concernant le Liban - lesquels contacts n'ont pour l'instant aucunement réussi à réduire l'intensité des campagnes médiatiques et autres crispations entre les deux camps, un terreau qui favorise, comme tout le monde le sait, les tensions et les problèmes dans la rue. Et cela, tout le monde le sait aussi, reste toujours incontrôlable.
Quoi qu'il en soit, les sources précitées s'attendent à ce que Nicolas Sarkozy, une fois le rapport Kouchner entre les mains, dessine un plan notamment axé sur des entretiens avec des responsables libanais de tous horizons, ainsi que des contacts plus ou moins intensifs avec l'Arabie saoudite et la Syrie afin de réduire le choc que provoquera(it) l'acte d'accusation. Bernard Kouchner a d'ailleurs tâté le pouls de ses interlocuteurs pour savoir s'ils appuyaient ou pas l'idée d'une médiation française... Et il semblerait bien que la grande majorité des Libanais soutient cette idée, sachant toutefois que Paris ne considère pas nécessaire d'amorcer « un nouveau rôle politique, puisque le pays dispose d'un exécutif en bonne et due forme ». Nicolas Sarkozy serait prêt à recevoir les parties libanaises en conflit et discuter avec elles, à condition que tous les belligérants en acceptent le principe et qu'un ordre du jour bien précis soit instauré.
Enfin, les mêmes sources recommandent de ne pas prendre la visite-éclair du ministre Kouchner à la légère : il a rappelé à toutes les parties l'importance du TSL et insisté sur le fait que ses décisions doivent être respectées, aussi dures soient-elles, parce que le Liban finira par en bénéficier. Il a également expliqué, surtout aux ténors du 8 Mars, pourquoi il est impossible que Paris cesse de soutenir ce tribunal.
Seul problème : il n'a pas réussi à les convaincre.

