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Nos lecteurs ont la parole

Clarté et cohérence dans le dialogue interculturel

Antoine MESSARRA
La 5e réunion du Conseil consultatif de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures (FAL), tenue à Rabat (Maroc) les 9-10 octobre 2010 pour l'étude de la stratégie de la FAL pour la phase III (2011-2014), débouche sur une vision cohérente et prospective à mettre en œuvre par les 43 réseaux nationaux de l'espace euro-méditerranéen (voir L'Orient-Le Jour du mercredi 3 novembre 2010).
Après le forum organisé à Barcelone les 4-7 mars 2010 et la consolidation institutionnelle de la FAL, chargée de la mise en œuvre du volet culturel du processus euro-méditerranéen, le nouveau programme se propose d'« inverser des tendances », de « travailler dans une perspective durable », de « revisiter la démarche », d'engager une « pollinisation mutuelle », d'éviter la « culturalisation de conflits qui ne sont pas d'origine culturelle » et, de la sorte, devenir une référence et facteur de changement en vue de la solidarité et de la paix juste et durable.
Deux idées-forces ressortent des débats : une exigence de clarté et le besoin d'un vade-mecum, guide pragmatique pour s'orienter dans la phase à venir.
1. Un dialogue interculturel clair et cohérent : on déplore dans la mode ambiante la propension à l'affairement culturel. Sur le plan religieux, se propage l'instrumentalisation des religions à des fins de pouvoir. Quels sont cependant les moyens et techniques de cette instrumentalisation ? Pour y faire face, il faudra que tout fait religieux sans exception, quand il entre ou quand on le fait entrer dans la sphère publique, soit soumis à un doute systématique, car il camoufle le plus souvent des intérêts sordides et privés. Sur ce point, les experts en mobilisation conflictuelle sont bien en avance sur les académiques. En outre le recul des idéologies d'autrefois fait émerger des manipulateurs qui exploitent le besoin et la soif de sens chez tout être humain, et la jeunesse en particulier, pour propager des slogans simplistes, couverts d'un halo d'intellectualisme, sorte de néonazisme sophistiqué où des valeurs fondamentales d'urbanité et de cité sont bafouées et banalisées.
On pose ces questions : quel est le réel dans la réalité médiatique télévisée ? Pour qu'un fait soit un événement faut-il nécessairement qu'il soit, de façon manifeste, sensationnel ? Le président de la FAL, André Azoulay, déplore « ce qui fabrique et défabrique les valeurs ».
Le directeur exécutif de la FAL, André Claret, relève en conséquence : « Éveiller l'esprit critique est plus important que jamais. » On cite des exemples d'assemblées « où tout est mis en scène exclusivement pour se réunir et fonctionner à vide ». Il faudra donc « parler avec clarté ; appeler les choses, camouflées par un immense iceberg, par leur nom ; nourrir un discours radical par sa clarté. »
Dans cette perspective, on distingue trois sphères à ne pas confondre dans le dialogue interculturel, celle du culturel (connaissance mutuelle, images, stéréotypes, échanges...), celle du juridique (les normes qui régissent l'espace public partagé), et le politique qui comporte des enjeux de pouvoir. La partie du programme de la FAL pour les années 2011-2014, relative à l'urbanité et au lien social, est donc centrale pour la promotion d'une convivialité vécue et assumée, là où on peut relever « l'abc de la civilité ». La distinction des sphères du dialogue permet d'éviter la « culturalisation abusive du politique et la culturalisation de conflits qui ont une autre source que religieuse ».
2. Quel vade-mecum pour les programmes ? Le président de la FAL, André Azoulay, relève : « Ce qu'on ne peut pas être, principalement un non au confort des petits accommodements ». Il appartiendra aux 43 réseaux nationaux de la FAL de se « réapproprier la plate-forme du programme et de reconquérir ce que fait la maison mère. »
Le programme de la FAL implique donc un changement des « grilles programmées d'analyse », et un effort sur le plan des médias télévisés en vue d'une « information pour comprendre ».
Dans la prochaine phase 2011-2014, il est attendu des 43 réseaux nationaux de produire des modèles d'action qui ont des chances de durabilité (sustainability). Une opération est durable quand elle opère un changement valoriel et comportemental dans les rapports intergénérationnels, le plus souvent par le canal de l'éducation. On souhaite principalement l'émergence, après les premières années de consolidation institutionnelle de la FAL, une « culture Anna Lindh », avec un « vocabulaire usuel sur les principes fondamentaux, souvent pollués dans la vie publique ». Quant à l'éducation à la paix, elle implique, face à de nouvelles techniques de conflits armés par procuration, une « culture d'immunité et de prévention ».
On propose que le programme de la FAL pour les années 2011-2014 soit concrétisé, après l'approbation par le Conseil des gouverneurs des 43 pays, et lors de sa mise en application, en « alternatives d'actions ciblées ». La difficulté, selon le président André Azoulay, devient ainsi « un atout plutôt qu'un obstacle. »

Antoine MESSARRA
Membre du Conseil constitutionnel, professeur à l'USJ, membre du Conseil consultatif de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures
La 5e réunion du Conseil consultatif de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures (FAL), tenue à Rabat (Maroc) les 9-10 octobre 2010 pour l'étude de la stratégie de la FAL pour la phase III (2011-2014), débouche sur une vision cohérente et prospective à mettre en œuvre par les 43 réseaux nationaux de l'espace euro-méditerranéen (voir L'Orient-Le Jour du mercredi 3 novembre 2010).Après le forum organisé à Barcelone les 4-7 mars 2010 et la consolidation institutionnelle de la FAL, chargée de la mise en œuvre du volet culturel du processus euro-méditerranéen, le nouveau programme se propose d'« inverser des tendances », de...
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