Certains paysans ont préféré laisser leurs bêtes au village et vont les nourrir tous les jours, faisant fi des mises en garde des autorités indonésiennes. Adek Berry/AFP
Manto Suyatno a préféré laisser ses bêtes dans son village, à sept kilomètres du cratère, alors que d'autres habitants les emmenaient avec eux, à l'abri des nuées ardentes et des cendres incandescentes. Tous les jours, il monte les nourrir. « Je n'ai jusqu'à présent pas eu de problèmes. Les gardes de sécurité (qui bloquent les routes sur le volcan) me laissent passer car ils savent qu'elles doivent manger tous les jours », explique-t-il.
Comme Manto, des milliers de paysans vivent sur le Merapi, bénissant sa terre noire extrêmement fertile, idéale pour la culture de toutes sortes de fruits, légumes et céréales. Au fil des siècles, ils l'ont transformé en un immense potager luxuriant qui a conquis ses flancs les plus ardus, jusqu'à près de 2 000 mètres d'altitude. Mais, environ tous les quatre ans, les habitants doivent accepter les « montées de colère » du volcan, dont les éruptions peuvent s'avérer dramatiques, comme celle de mardi.
Cette année, en organisant l'évacuation des villages situés sur la montagne, les autorités ont réservé quatre zones protégées pour accueillir les animaux, à proximité des camps dévolus aux quelque 50 000 personnes déplacées. Mujirah, âgée de 42 ans, a installé ses six veaux sous une tente de fortune noircie par les cendres. « Ils sont ma seule source de revenus », explique-t-elle en calmant les brûlures de l'un d'eux. « Mes veaux ont perdu leur appétit. Ils ne veulent plus manger car ils sont encore traumatisés par l'éruption », se désole-t-elle. À ses côtés, Kristianti, le vétérinaire, souligne l'importance de sauver les 1 400 animaux évacués. « Ils servent non seulement à faire bouillir la marmite, mais représentent aussi un capital. Ils sont habituellement vendus pour payer les études des enfants. » Wakinah, âgée de 50 ans, a dû se résoudre à vendre ses deux veaux pour un faible prix hier matin. Car elle était incapable de payer le traitement pour soigner l'infection dont ils souffrent depuis l'éruption. « Lorsque la situation reviendra à la normale, j'achèterai de jeunes veaux » pour recommencer, dit-elle.
Après l'émission de nouveaux nuages de cendre et de gaz hier à l'aube, les autorités ont indiqué que le volcan restait « menaçant ». « Nous allons examiner son évolution durant les prochains jours avant de décider d'autoriser ou non les habitants à regagner leurs villages », a indiqué Surono, le volcanologue chargé de sa surveillance.

