De Tripoli à Majdel Anjar en passant par Beyrouth et Saïda, les incidents se multiplient tant la tension est grande sur le terrain. Certes, la situation est toujours sous contrôle et les responsables continuent d'annoncer une trêve verbale, mais, en même temps, des rumeurs alarmantes circulent sur une course aux armements (même légers) et sur d'éventuels préparatifs militaires, sans parler des plans de bataille, comme si le Liban était à la veille d'un grand bouleversement. Si c'est essentiellement vers Tripoli que les regards sont tournés, où les tensions sont les plus perceptibles, la situation n'est guère plus calme dans les ruelles de Beyrouth où les susceptibilités confessionnelles sont vives, mais aussi où, au sein d'un même camp, les divergences commencent à apparaître. Selon une source de l'opposition, c'est surtout la scène sunnite qui ferait l'objet de tiraillements, qui restent encore discrets, tout en étant réels. D'ailleurs, cette scène-là est actuellement la plus intéressante, estiment les observateurs. La scène chiite est contrôlée par le tandem Amal-Hezbollah, alors que les chrétiens sont ouvertement divisés. Mais sur la scène sunnite, affirme la source de l'opposition, la situation est plus complexe.
Les islamistes de Tripoli sont ainsi divisés en plusieurs groupes, souvent rivaux et ayant des sources de financement diversifiées. Le mufti de la ville, le Dr Malek Chaar, qui est un homme sage, tente bien de calmer les différents courants, mais il n'a pas une autorité morale sur tous les groupuscules. Bien entendu, la grande majorité des habitants de la ville ne veut pas de problèmes et, interrogés, les Tripolitains ont cette phrase lucide : « Nous ne voulons pas servir de terrain d'affrontement de rechange à la capitale ». Cela n'empêche pas des cellules islamistes de se préparer, affirment des sources de l'opposition, alors que les islamistes prosyriens et prorésistance se déclarent à leur tour prêts à en découdre avec leurs adversaires . Les alaouites sont aussi sur le qui-vive, d'autant qu'une roquette est récemment tombée à Baal Mohsen blessant quatre femmes, mais ils sont convaincus que cette fois, s'il y a des affrontements, ils ne resteront pas limités entre eux et les Tripolitains, mais ils s'étendront aux ruelles de la ville. Les démentis des députés de la ville, comme Khaled Daher et Mohammad Kabbara, se veulent rassurants, mais les habitants ne sont pas vraiment tranquilles, surtout que nombre d'entre eux considèrent que les tiraillements à Tripoli sont le reflet des divergences entre la Syrie et l'Égypte ou entre des courants en Arabie saoudite et l'Iran, surtout après le retour plus ou moins discret de l'influence syrienne au Nord. D'autres sources évoquent aussi l'existence de préparatifs similaires au Akkar, mais aussi dans le caza de Koura.
À Majdel Anjar, l'incident de jeudi a montré le réveil de l'organisation Fateh al-Islam, puisque les premières informations semblent montrer que ceux qui ont agressé l'armée appartenaient à cette mouvance, en version libanaise...
À Beyrouth, par contre, il n'y a pas de préparatifs militaires à proprement parler, en raison de l'enchevêtrement des quartiers et de l'expérience marquante du 7 mai 2008. Mais les tensions restent vives et des groupes qui avaient pris des pauses ces dernières années sont redevenus actifs. Sous la houlette de l'ancien chef de la garde présidentielle, le général Moustapha Hamdane, les Mourabitoun ont ainsi repris du poil de la bête. Et s'ils continuent à être divisés, un courant proche du Courant du futur face à celui de Hamdane, ce dernier semble désormais plus étendu. Chaker Berjaoui et d'autres figures sont aussi réapparues sur la scène publique et, dans les rues de Beyrouth, le soir, des tracts sont distribués, pour dénigrer le TSL et « les faux témoins »... Interrogé sur ses intentions, Moustapha Hamdane a affirmé récemment qu'il cherche à protéger la communauté sunnite pour qu'elle ne soit pas vaincue en même temps que le projet américain dans la région et, toujours selon Hamdane, pour la ramener vers ses options de base, à savoir les causes arabes et le ralliement autour de Gamal Abdel Nasser. Selon lui, la perte d'influence américaine dans la région est inéluctable et il faudra à ce moment encadrer les jeunes pour qu'ils ne soient pas tentés par les mouvements radicaux, ouverts à tous les services de renseignements de la planète. Dans le camp adverse, des responsables du Courant du futur l'accusent de vouloir semer la discorde dans les rangs sunnites, pour servir les intérêts du Hezbollah ou d'autres.
En dépit des accusations et des contre-accusations, et des conflits sur les options et les ruelles, la scène sunnite est actuellement perturbée, notamment après les nouvelles orientations du Premier ministre Saad Hariri et son ouverture en direction de la Syrie. Tout en étant sournoise, la lutte d'influence n'en est pas moins féroce. Mais des sources « centristes » affirment que l'émergence de ces divergences ainsi que les rumeurs sur des préparatifs militaires sont à mettre dans le cadre des pressions exercées par l'oppposition sur le Premier ministre pour le pousser à ouvrir le dossier des « faux témoins ». Elles constitueraient en quelque sorte un avertissement, qui ne devrait pas se concrétiser, puisque la situation sécuritaire reste contrôlée par le rapprochement syro-saoudien.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve